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Pour qu'un salarié au Smic gagne 100 euros, l'employeur paie 400: les économistes qui conseillent Matignon veulent en finir avec un système qui pénalise les augmentations

Economie · · Par Julie MOREAU

Pour qu'un salarié au Smic gagne 100 euros, l'employeur paie 400: les économistes qui conseillent Matignon veulent en finir avec un système qui pénalise les augmentations

## Le coût réel d'un salarié au Smic : 400 euros déboursés pour 100 euros nets Le Conseil d'analyse économique (CAE), instance chargée de conseiller Matignon, a

## Le coût réel d'un salarié au Smic : 400 euros déboursés pour 100 euros nets Le Conseil d'analyse économique (CAE), instance chargée de conseiller Matignon, a présenté ce jeudi des orientations de politique économique qui remettent en cause un pilier du modèle français : la concentration des allègements de cotisations patronales sur les bas salaires. Selon les économistes de cette institution, le système actuel coûte 77 milliards d'euros par an et ne remplit plus les objectifs qui étaient les siens il y a trente ans. ## Un constat chiffré qui interpelle Pour qu'un salarié au Smic perçoive 100 euros nets, son employeur doit débourser environ 400 euros, selon les données mises en avant par le CAE. Cette disproportion s'explique par l'architecture des allègements de charges, maximaux au niveau du salaire minimum, puis dégressifs jusqu'à trois Smic. Or, relève l'institution, le coût du travail au niveau du Smic ne représente plus que 44 % du coût du salaire médian, contre près de 60 % il y a trente ans. Fait notable : ce coût serait désormais inférieur à celui observé en Allemagne ou au Royaume-Uni. ## Une politique jugée inadaptée au monde du travail actuel Alexandra Roulet, économiste professeure à l'Insead et coauteure des travaux, souligne que cette politique d'allègements concentrée sur le travail peu qualifié « avait du sens » dans les années 1990, mais que « le monde du travail a changé ». Les économistes du CAE estiment que ce dispositif participe au ressenti selon lequel « le travail ne paie plus », car le barème actuel des allègements contribue à freiner les augmentations salariales. En clair, un employeur peut avoir intérêt à maintenir un salarié à un niveau de rémunération proche du Smic plutôt qu'à l'augmenter, puisque toute hausse entraîne une perte progressive d'allègements. ## Quelles alternatives envisagées ? Le CAE préconise une nouvelle politique de l'emploi davantage tournée vers l'insertion des jeunes et le maintien des seniors dans l'activité. L'institution plaide pour une stratégie complète de « ruptures », touchant également l'école, la productivité, l'écologie et la fiscalité. Ces propositions interviennent dans un contexte où les politiques menées depuis trente ans sont jugées « plus tenables » par ces experts. Reste à savoir si Matignon suivra ces recommandations, tant la question des allègements de charges demeure politiquement sensible et budgétairement lourde. ## Un enjeu budgétaire et social majeur Les 77 milliards d'euros annuels consacrés aux allègements de cotisations représentent un effort considérable pour les finances publiques. Si le diagnostic des économistes du CAE est partagé par une partie de la classe politique, sa traduction concrète soulève des questions délicates : comment réorienter ces sommes sans pénaliser l'emploi peu qualifié, ni fragiliser les entreprises des secteurs à faible marge ? Le débat sur la réforme du financement de la protection sociale et sur la progressivité des allègements promet d'être central dans les mois à venir.