Pour éviter "d'aller dans le mur", l'économiste Xavier Jaravel préconise de ralentir les dépenses publiques "pour qu'elles n'augmentent pas plus vite que le PIB"

Le gouvernement esquisse ses premières pistes budgétaires pour 2027, et l’économiste Xavier Jaravel, président du Conseil d’analyse économique, apporte un éclai
Le gouvernement esquisse ses premières pistes budgétaires pour 2027, et l’économiste Xavier Jaravel, président du Conseil d’analyse économique, apporte un éclairage tranché sur la stratégie à adopter. Invité sur BFM Business ce lundi, il a mis en garde contre une trajectoire insoutenable des finances publiques, plaidant pour un ralentissement des dépenses plutôt qu’une baisse brutale. Selon lui, l’objectif doit être clair : empêcher la dépense publique de progresser plus vite que le produit intérieur brut (PIB), sous peine de « d’aller dans le mur » à long terme. Une position qui rejoint les alertes récentes de la Cour des comptes, alors que le débat parlementaire sur le budget 2027 s’annonce tendu.
### ### Une maîtrise de la dépense, pas une austérité
Xavier Jaravel a été explicite sur sa feuille de route : « Il ne faut pas baisser les dépenses mais il faut ralentir les dépenses pour qu'elles n'augmentent pas plus vite que le PIB ». Cette distinction est cruciale dans le débat économique actuel. L’économiste ne prône pas un choc d’austérité, mais une discipline progressive, ciblée en priorité sur les postes les plus dynamiques. Il cite nommément les dépenses de retraites et de santé, qualifiées de « très dynamiques ». Ces deux secteurs représentent à eux seuls environ la moitié de la dépense publique totale en France, ce qui en fait des leviers structurels incontournables pour toute tentative de redressement des comptes. L’enjeu est d’autant plus majeur que ces dépenses sont aujourd’hui largement indexées sur l’inflation, un mécanisme qui, dans un contexte de prix élevés, accroît mécaniquement la facture pour l’État.
### ### L’équation inflation, croissance et indexation
Le cœur du problème réside dans le décalage entre l’inflation et la croissance. Les projections actuelles, rapportées par BFM Business, indiquent une évolution moyenne des prix à la consommation proche de 2% en 2026. Dans le même temps, le gouvernement table sur une augmentation du PIB de seulement 0,7% pour cette même année. Si les dépenses sociales, comme les pensions de retraite, sont revalorisées en suivant l’inflation, elles augmenteront donc mécaniquement beaucoup plus vite que la richesse nationale créée. L’économiste suggère, de fait, de réfléchir à une indexation sur la croissance, ce qui serait « moins onéreux » pour les finances publiques. Il est à noter qu’en 2025, cette équation était plus équilibrée, l’inflation et la croissance ayant progressé au même rythme (0,9%), ce qui avait limité les dégâts. Mais l’écart qui se creuse en 2026 rend la situation plus périlleuse.
### ### Un alignement avec la Cour des comptes et Lecornu
La proposition de Xavier Jaravel s’inscrit dans une convergence d’analyses. D’une part, elle coïncide avec les préconisations de la Cour des comptes qui, dès juin, rappelait que si 2025 avait réservé une « bonne surprise » sur le plan budgétaire, la vigilance restait de mise. D’autre part, le Premier ministre Sébastien Lecornu a déjà posé le cadre politique en excluant toute hausse d’impôts, comme il l’a déclaré dans Le Parisien ce week-end. L’effort devra donc porter sur la dépense, un choix que Xavier Jaravel juge « bienvenu ». Le gouvernement semble ainsi vouloir verrouiller le débat sur le périmètre de la réduction du déficit, en écartant l’option fiscale. Reste à savoir si la majorité parviendra à traduire cette intention en actes concrets dans le projet de loi de finances, sans provoquer de tensions sociales sur des sujets aussi sensibles que les retraites ou la santé.
### ### Un calendrier politique sous tension
À quelques semaines de l’ouverture du débat parlementaire, l’équation budgétaire s’annonce complexe. La marge de manœuvre est étroite : il s’agit de ralentir des dépenses structurellement dynamiques tout en évitant une récession ou une crise sociale. Les déclarations de Xavier Jaravel, rapportées par BFM Business, ont le mérite de clarifier le débat en fixant un cap chiffré et simple : faire en sorte que la dépense publique n’excède pas la croissance du PIB. Ce principe, s’il était appliqué strictement, représenterait une rupture avec les années passées, marquées par une progression régulière de la dépense sociale. La trajectoire proposée devra néanmoins composer avec les réalités démographiques et le vieillissement de la population, qui tirent naturellement les coûts de santé et de retraite vers le haut. L’avenir dira si la majorité saura transformer cette recommandation économique en loi, et si le pays pourra ainsi éviter le mur budgétaire évoqué par l’économiste, sans sacrifier la qualité des services publics.