Pour économiser "8 milliards de frais de gestion inutiles": un collectif de politiques de gauche et d'économistes (dont Piketty et Zucman) appelle à créer une mutuelle complémentaire gérée par la Sécu

Un collectif de personnalités politiques, d'économistes et de médecins, parmi lesquels Gabriel Zucman, Thomas Piketty, Marine Tondelier et Karine Lacombe, a lan
Un collectif de personnalités politiques, d'économistes et de médecins, parmi lesquels Gabriel Zucman, Thomas Piketty, Marine Tondelier et Karine Lacombe, a lancé une pétition appelant à la création d'une mutuelle complémentaire gérée par la Sécurité sociale. Selon des informations rapportées par BFM Business, cette initiative, mise en ligne mardi sur Mediapart et destinée à être signée sur le site de l'Assemblée nationale, vise à économiser près de 8 milliards d'euros de frais de gestion considérés comme « inutiles ».
### Une proposition portée par un large spectre d'acteurs de la santé et de l'économie
La pétition réunit des signatures issues d'horizons variés, incluant des économistes de renom comme Gabriel Zucman et Thomas Piketty, des élus tels que Marine Tondelier (Écologistes) et Jérôme Guedj (Parti socialiste), ainsi que des médecins hospitaliers dont Karine Lacombe et Rémi Salomon. Le texte est également soutenu par deux anciens dirigeants de Santé publique France (SpF) et par Pierre-Louis Bras, ex-directeur de la Sécurité sociale. Cette diversité de profils témoigne d'une convergence de points de vue sur la nécessité de repenser l'organisation de la couverture santé complémentaire en France, dans un contexte où les dépenses de santé constituent un enjeu majeur pour les finances publiques et le pouvoir d'achat des ménages.
### Des frais de gestion jugés excessifs face à une efficacité limitée
Selon les auteurs de la pétition, les complémentaires santé privées présenteraient plusieurs défauts structurels. D'après le texte, elles seraient « moins égalitaires que la Sécu », leurs prestations dépendant du niveau de contrat souscrit, qu'il soit de base, intermédiaire ou optimum. Elles seraient également « moins solidaires », les retraités les plus modestes consacrant plus de 10 % de leurs revenus aux soins restant à leur charge, contre 4 % pour les plus aisés. Par ailleurs, les assurances complémentaires ne rembourseraient que 12,5 % des soins, tandis que leurs frais de gestion auraient atteint, en 2024, la somme de 8,7 milliards d'euros. En comparaison, la Sécurité sociale rembourserait 80 % des soins pour environ 7 milliards d'euros de frais de gestion. Ainsi, pour 100 euros cotisés à la Sécu, plus de 95 euros iraient directement aux soins, contre 80 euros pour les complémentaires privées.
### Une hausse continue des cotisations qui pèse sur les ménages
Le collectif souligne également que « la cotisation aux assurances santé complémentaires ne cesse d'augmenter », avec une progression de 25 % en trois ans. Cette inflation des tarifs intervient dans un contexte où les franchises médicales et les restes à charge font l'objet de débats récurrents, comme l'illustre l'échange entre Emmanuel Lechypre et Jean-Marc Daniel sur la question de la privatisation de la Sécu, diffusé en août. Les économies potentielles, estimées à 8 milliards d'euros, pourraient, selon les signataires, être « utilisées pour améliorer l'accès aux soins », un argument qui pourrait trouver un écho auprès des décideurs politiques dans la perspective des prochains débats budgétaires consacrés à la santé.
### Un débat relancé sur le rôle respectif de la Sécu et des acteurs privés
Cette initiative relance le débat de fond sur l'articulation entre la Sécurité sociale et les organismes complémentaires privés dans le financement du système de santé français. Alors que les complémentaires couvrent une part significative des dépenses restant à la charge des patients, leur efficience est ici questionnée au regard de leurs frais de gestion. La proposition d'une mutuelle unique gérée par la Sécu, si elle devait être examinée par les pouvoirs publics, soulèverait des questions complexes concernant le rôle des acteurs privés, l'emploi dans le secteur de l'assurance et la capacité de l'État à absorber une telle mission. L'issue de cette pétition, qui pourrait recueillir un nombre significatif de signatures, dépendra également de la réceptivité des parlementaires à une réforme d'une telle ampleur, dans un paysage politique où les questions de protection sociale demeurent structurantes.