«Plus jamais ça !» : des milliers de personnes rendent hommage à Lyhanna lors d’une marche blanche à Fleurance

Des milliers de personnes ont rendu hommage ce dimanche à Lyhanna, 11 ans, retrouvée morte jeudi dernier, lors d’une marche blanche organisée à Fleurance, dans
Des milliers de personnes ont rendu hommage ce dimanche à Lyhanna, 11 ans, retrouvée morte jeudi dernier, lors d’une marche blanche organisée à Fleurance, dans le Gers. Sous le slogan « Plus jamais ça ! », la foule a défilé dans un silence pesant, en présence des parents et du frère de la collégienne, alors que l’affaire suscite une vive polémique sur le traitement judiciaire des plaintes pour viols sur mineurs.
## Un cortège massif et émouvant
Selon des informations rapportées par l’AFP, relayées par Le Figaro, au moins 6 000 personnes ont participé à cette marche blanche, un chiffre considérable pour une commune rurale de 6 000 habitants. Le cortège s’est élancé depuis la base de loisirs de Fleurance, avec en tête les parents et le frère de Lyhanna, derrière une banderole portant l’inscription : « Plus jamais ça ! On t’aime. Tu nous manques ». Les participants, vêtus de blanc et tenant pour certains des fleurs blanches à la main, ont parcouru les rues dans un silence recueilli, ponctué par quelques slogans contre les violences faites aux enfants.
Céline Camus, 41 ans, une habitante de la région interrogée par l’AFP, a confié son émotion : « Je me sens concernée, j’ai deux enfants, une fille de 12 ans et un fils de 13 ans. Ça aurait pu arriver à ma famille, à mon fils, ma fille ». Elle-même victime de violences sexuelles pendant dix ans, elle a tenu à être présente pour soutenir la famille. La marche a été sécurisée par un dispositif de 150 gendarmes, mobilisés pour encadrer ce rassemblement d’ampleur.
## Un contexte judiciaire sous tension
Cette marche blanche intervient dans un climat de forte émotion et de colère, alors que l’enquête sur la mort de Lyhanna se concentre sur un suspect déjà connu des services de justice. Selon des sources judiciaires citées par Le Figaro, l’homme mis en cause aurait fait l’objet de plusieurs plaintes pour viols sur mineurs par le passé, sans que celles-ci n’aient abouti à des poursuites pénales. Cette situation a relancé le débat sur l’efficacité du système judiciaire français dans le traitement des affaires de violences sexuelles sur enfants, notamment dans les zones rurales où les ressources et les expertises peuvent être limitées.
Des associations de défense des droits des enfants, comme La Voix de l’Enfant ou Innocence en Danger, ont appelé à une réforme en profondeur des procédures. Elles dénoncent un « déni de justice » qui aurait pu, selon elles, être évité si les plaintes antérieures avaient été prises au sérieux. Le parquet de Auch, en charge de l’enquête, n’a pas souhaité commenter ces accusations, évoquant le secret de l’instruction.
## Une mobilisation citoyenne et politique
La marche blanche de Fleurance a également attiré l’attention de plusieurs élus locaux et nationaux. La maire de la commune, présente lors du rassemblement, a exprimé sa « solidarité totale » avec la famille de Lyhanna, tout en appelant à « ne pas instrumentaliser ce drame à des fins politiciennes ». De son côté, la secrétaire d’État chargée de l’Enfance, interrogée par l’AFP, a déclaré que le gouvernement suivait « avec une attention particulière » l’évolution de l’enquête et qu’il entendait « renforcer les dispositifs de protection de l’enfance ».
Des associations féministes et de défense des droits de l’enfant ont profité de cette mobilisation pour organiser des rassemblements similaires dans d’autres villes de France, notamment à Toulouse, Bordeaux et Paris, afin de maintenir la pression sur les autorités judiciaires et politiques. Plusieurs pancartes brandies lors de la marche à Fleurance portaient des messages comme « Justice pour Lyhanna » ou « Protégeons nos enfants ».
## Perspectives et questions en suspens
Si l’enquête se poursuit pour déterminer les circonstances exactes de la mort de Lyhanna, cette affaire soulève des interrogations plus larges sur la capacité du système judiciaire à protéger les mineurs victimes de violences sexuelles. Selon des données de l’Observatoire national de la protection de l’enfance, près de 7 000 plaintes pour viols sur mineurs sont déposées chaque année en France, mais seulement une minorité aboutit à des condamnations. Les associations pointent du doigt un manque de formation des magistrats, des délais d’instruction trop longs et une culture de la minimisation des violences intra-familiales.
La famille de Lyhanna, soutenue par un collectif d’avocats, a annoncé son intention de porter plainte contre X pour « non-assistance à personne en danger » et « déni de justice », si les éléments de l’enquête venaient à confirmer que les plaintes antérieures contre le suspect avaient été négligées. Une information judiciaire a été ouverte pour « viol sur mineur de 15 ans » et « homicide volontaire », confiée à un juge d’instruction de Toulouse.