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"Plus il fait bouger les marchés, plus l'abonnement devient rentable": Donald Trump vend désormais ses annonces officielles sur Truth Social en avant-première aux investisseurs (et va empocher des centaines de milliers de dollars au passage)

Economie · · Par Julie MOREAU

Donald Trump monétise désormais ses publications sur Truth Social. La société Trump Media a lancé un service payant, "Truth API", facturé jusqu'à 100.000 dollar

Donald Trump monétise désormais ses publications sur Truth Social. La société Trump Media a lancé un service payant, "Truth API", facturé jusqu'à 100.000 dollars par mois, qui permet à des fonds financiers et à des algorithmes de trading haute fréquence de recevoir les messages du président américain quelques fractions de seconde avant le grand public. Un avantage concurrentiel potentiellement considérable, alors que les publications de Donald Trump ont un impact mesurable sur les marchés financiers. ### Un accès prioritaire facturé entre 60.000 et 100.000 dollars Annoncé mi-juillet, le service a été mis en route samedi par Trump Media, dont le président américain est le principal actionnaire. Selon le site Axios, l'abonnement mensuel est proposé entre 60.000 et 100.000 dollars. Le Wall Street Journal rapporte que cinq entreprises financières avaient déjà souscrit à "Truth API" peu après son lancement. L'objectif est clair : "donner aux investisseurs les plus rapides et aux algorithmes un avantage qui se mesure en fractions de seconde", explique Art Hogan, analyste pour le gestionnaire de fortune B. Riley Wealth Management, interrogé par l'AFP. Le mécanisme repose sur la vitesse d'exécution. Les abonnés reçoivent les publications avant leur diffusion publique, ce qui leur permet d'anticiper les mouvements de marché déclenchés par les annonces présidentielles. Dans un environnement où les transactions haute fréquence se jouent à la milliseconde, cette avance, même infime, peut représenter un gain substantiel. ### Des accusations de corruption et un projet de loi Cette initiative suscite de vives critiques à Washington. Le sénateur démocrate Mark Warner a annoncé mardi sur X son intention de déposer un projet de législation pour "couper court à cette corruption et assurer que tous les Américains aient un accès libre et équitable aux annonces publiques faites par des responsables gouvernementaux". Ses collègues Elizabeth Warren et Adam Schiff avaient déjà réclamé, dans un communiqué paru le 29 juillet, une enquête de la SEC, l'autorité de régulation des marchés boursiers, sur ce qu'ils décrivent comme un "abus de pouvoir". Les critiques portent sur l'équité d'accès à l'information. Vendre l'information présidentielle à des fonds privés créerait un déséquilibre entre les investisseurs institutionnels et le grand public, qui ne dispose pas des mêmes outils ni des mêmes ressources. La question de la légalité du dispositif reste posée, mais Trump Media semble jouer sur une zone grise réglementaire. ### Une fortune qui a presque triplé depuis le retour au pouvoir Selon BFM Business, la fortune de Donald Trump a presque triplé depuis son retour à la Maison-Blanche. Le lancement de "Truth API" devrait accélérer cette dynamique. Avec un tarif mensuel allant de 60.000 à 100.000 dollars, les revenus potentiels pour Trump Media se chiffrent en centaines de milliers de dollars, voire en millions si la clientèle s'élargit. Le président américain, en tant qu'actionnaire principal, bénéficie directement de ces recettes. Le service pourrait également renforcer l'attractivité de Truth Social, dont la valorisation boursière dépend en partie de l'activité générée par son fondateur. Plus les publications de Donald Trump ont un impact sur les marchés, plus l'abonnement devient rentable pour les investisseurs, et plus la plateforme gagne en valeur. Un cercle vertueux pour Trump Media, mais une source de préoccupation croissante pour les régulateurs et les élus démocrates. La bataille juridique et politique ne fait que commencer. La SEC pourrait être saisie, et le projet de loi de Mark Warner, s'il aboutit, pourrait encadrer strictement ce type de services. En attendant, le précédent est posé : un président américain vend un accès prioritaire à ses communications officielles, et en tire un profit direct.