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Plus de 19 euros de l'heure: les livreurs Uber Eats australiens vont toucher une rémunération plancher près de 20% supérieure au salaire minimum du pays

Economie · · Par Julie MOREAU

Plus de 19 euros de l'heure: les livreurs Uber Eats australiens vont toucher une rémunération plancher près de 20% supérieure au salaire minimum du pays

L’Australie franchit une étape inédite dans la régulation de l’économie des plateformes. À compter de ce lundi, les livreurs affiliés à des services comme Uber

L’Australie franchit une étape inédite dans la régulation de l’économie des plateformes. À compter de ce lundi, les livreurs affiliés à des services comme Uber Eats ou DoorDash bénéficient d’une rémunération minimale garantie de 31,30 dollars australiens de l’heure, soit environ 19,15 euros. Ce montant, fixé par la Fair Work Commission, le tribunal australien du travail, dépasse de près de 20 % le salaire minimum national, établi à 26,44 dollars australiens. Cette décision, approuvée par les syndicats et le gouvernement, s’accompagne également d’une couverture contre les accidents du travail pour ces travailleurs, qui conservent néanmoins leur statut d’indépendants. ### Un statut de « quasi-employé » pour encadrer les livreurs La mesure repose sur la création d’une catégorie juridique inédite en Australie : le statut de « quasi-employé ». Ce dernier vise à combler le vide juridique dans lequel évoluent les livreurs des plateformes numériques, qui ne disposaient jusqu’ici ni des garanties d’un contrat de travail classique, ni d’une protection sociale adaptée. Selon la Fair Work Commission, ce statut hybride justifie une rémunération horaire supérieure au salaire minimum légal, dans la mesure où il n’offre pas les mêmes avantages qu’un emploi salarié traditionnel, comme les congés payés ou la contribution à la retraite. Les livreurs concernés, estimés à plusieurs centaines de milliers sur le territoire, vont ainsi voir leurs revenus évoluer de manière significative, même s’ils conservent une flexibilité dans l’organisation de leurs tournées. ### Réactions syndicales et gouvernementales La nouvelle a été saluée par les principaux acteurs du monde professionnel australien. Michael Kaine, secrétaire national du Syndicat des travailleurs des transports, a déclaré que « les travailleurs des plateformes en Australie ont été laissés à l’écart trop longtemps », ajoutant qu’à partir de ce lundi, « ils auront droit à un ensemble de normes de référence au niveau mondial, que nous continuerons à renforcer au fil du temps ». De son côté, la ministre de l’Emploi, Amanda Rishworth, a qualifié cette réforme d’« avancée majeure dans la mise en place de protections plus solides et d’un filet de sécurité plus équitable » pour les travailleurs de l’économie des petits boulots. Ces déclarations interviennent alors que le gouvernement travailliste australien a fait de la protection des travailleurs précaires l’un de ses axes prioritaires. ### Les plateformes se disent satisfaites, l’OIT en toile de fond Uber Eats et DoorDash ont publié un communiqué commun pour saluer cette mesure, y voyant un « filet de sécurité à l’échelle de l’industrie » qui préserve « la flexibilité qui est au cœur du travail à la demande ». Cette position contraste avec les tensions observées dans d’autres pays, où les plateformes contestent régulièrement les revalorisations salariales imposées par les régulateurs. Par ailleurs, cette décision australienne s’inscrit dans un mouvement plus large : en juin dernier, les membres de l’Organisation internationale du travail (OIT) ont adopté le premier traité international visant à protéger tous les travailleurs indépendants. Ce texte, bien que non contraignant, pourrait inspirer d’autres législations nationales, alors que la question de la rémunération des livreurs reste un sujet brûlant dans de nombreuses économies développées. ### Une avancée qui pourrait faire école L’Australie devient ainsi un laboratoire à l’échelle mondiale pour la régulation des plateformes de livraison. En fixant un plancher de rémunération supérieur au salaire minimum, le pays envoie un signal fort aux autres juridictions, notamment européennes, où des débats similaires sont en cours. Reste à observer comment cette mesure sera appliquée sur le terrain, et si elle parviendra à concilier protection des travailleurs et viabilité économique des plateformes, qui dénoncent régulièrement des marges déjà faibles. Pour l’heure, les livreurs australiens entament une nouvelle ère, avec des revenus mieux garantis et une couverture sociale renforcée, mais aussi des interrogations sur l’évolution des tarifs pour les consommateurs finaux.