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Pierre Constant, mort d’un funambule de la scène

Culture · · Par Emma ROUSSEAU

Pierre Constant, mort d’un funambule de la scène

## Pierre Constant, mort d’un funambule de la scène Le comédien, acrobate et metteur en scène Pierre Constant s’est éteint le 16 septembre, à l’âge de 93 ans. F

## Pierre Constant, mort d’un funambule de la scène Le comédien, acrobate et metteur en scène Pierre Constant s’est éteint le 16 septembre, à l’âge de 93 ans. Figure singulière du spectacle vivant français, il laisse derrière lui une œuvre où le corps, le texte et le risque n’ont cessé de dialoguer. Sa disparition, rapportée par *Le Monde Culture*, referme un chapitre d’un théâtre qui ne séparait jamais la performance physique de l’exigence littéraire. ## Un artiste au corps-texte Difficile de réduire Pierre Constant à une seule discipline. Comédien, il l’était assurément, mais son jeu portait la marque d’une formation acrobatique qui faisait de chaque apparition un exercice d’équilibre. L’acrobatie, chez lui, n’était pas un ornement : elle constituait une grammaire, une manière de dire le texte avec le corps tout entier. Cette double compétence — la scène et le geste — lui a permis de traverser les frontières entre théâtre, cirque et opéra, à une époque où ces mondes se fréquentaient peu. On retiendra de lui cette capacité rare à faire tenir ensemble la précision du mouvement et la densité du verbe, sans jamais sacrifier l’une à l’autre. ## « Le Funambule », texte fétiche Parmi les pièces qui ont compté dans son parcours, l’adaptation du *Funambule* de Jean Genet occupe une place à part. Ce texte, Genet l’avait écrit pour son amant acrobate Abdallah, comme une lettre adressée à un corps en danger. Pierre Constant en avait fait une œuvre scénique, prolongeant ainsi la réflexion de l’écrivain sur la corde raide, la chute et la beauté du risque. Que ce texte soit devenu son fétiche n’a rien d’anodin : il y a dans le funambulisme une métaphore exacte du métier de comédien, cet exercice permanent de l’équilibre au-dessus du vide. En adaptant Genet, Constant ne montait pas seulement un spectacle : il donnait une forme visible à sa propre conception de la scène. ## Un passeur entre les arts La carrière de Pierre Constant ne se limite pas à l’interprétation. Il a également mis en scène des opéras et des pièces, confirmant un appétit pour les formes ambitieuses, là où le chant, le jeu et le mouvement exigent une direction précise. Ce parcours de passeur — entre les disciplines, entre les générations — témoigne d’une époque où l’on pouvait encore circuler librement d’un art à l’autre. Sa longévité, 93 ans, lui aura permis de traverser plusieurs décennies de bouleversements esthétiques sans jamais renoncer à une certaine idée de l’exigence. Les hommages devraient se multiplier dans les prochains jours, à la mesure d’une figure qui a marqué ceux qui l’ont vu travailler. ## Conclusion Avec Pierre Constant, c’est une certaine idée du théâtre qui s’éteint : celle où le comédien est aussi un athlète, où le texte se porte jusqu’au bord du vertige. Son *Funambule* reste, pour ceux qui l’ont vu, la trace d’un artiste qui aura fait de sa vie entière un exercice d’équilibre.