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Philippe D'Ornano, co-président du METI et PDG de Sisley – 09/06

Economie · · Par Julie MOREAU

Philippe D'Ornano, co-président du METI et PDG de Sisley – 09/06

Philippe d’Ornano, le patron de Sisley, alerte sur la compétitivité industrielle française Le 9 juin, Philippe d’Ornano, co-président du Mouvement des Entrepris

Philippe d’Ornano, le patron de Sisley, alerte sur la compétitivité industrielle française

Le 9 juin, Philippe d’Ornano, co-président du Mouvement des Entreprises de Taille Intermédiaire (METI) et PDG du groupe de cosmétique de luxe Sisley, était l’invité de l’émission La Grande Interview sur BFM Business, présentée par Hedwige Chevrillon. À cette occasion, le dirigeant a livré une analyse sans détour sur les défis structurels auxquels sont confrontées les ETI (entreprises de taille intermédiaire) en France, mêlant enjeux de souveraineté industrielle, fiscalité et innovation. Son intervention, diffusée en podcast, intervient dans un contexte où la réindustrialisation du pays reste un serpent de mer politique et économique.

Un plaidoyer pour les ETI, « colonne vertébrale » de l’économie

Philippe d’Ornano, à la tête de Sisley depuis plusieurs décennies, incarne une figure de l’entrepreneuriat familial français. Lors de son passage sur BFM Business, il a insisté sur le rôle crucial des ETI, ces entreprises de 250 à 5 000 salariés, qu’il qualifie de « colonne vertébrale » du tissu productif hexagonal. Selon lui, ces structures, souvent familiales et ancrées dans les territoires, sont les plus à même de créer des emplois durables et de porter l’innovation, mais elles souffrent d’un manque de reconnaissance et de soutien politique. Le co-président du METI a souligné que la France compte environ 5 600 ETI, représentant un quart de l’emploi salarié privé, mais que leur poids dans le PIB pourrait être accru si les conditions cadres étaient améliorées. Il a notamment pointé du doigt la complexité administrative et la volatilité fiscale, qui freinent les investissements de long terme.

Le cas Sisley : un modèle d’exportation et de recherche

Dans le détail, Philippe d’Ornano a illustré son propos par l’exemple de Sisley. Le groupe, spécialisé dans la dermo-cosmétique de haute gamme, réalise plus de 80 % de son chiffre d’affaires à l’international, ce qui en fait un ambassadeur du savoir-faire français. Le PDG a rappelé que l’entreprise investit massivement dans la recherche et développement, avec un budget annuel représentant environ 3 % de son chiffre d’affaires, afin de maintenir son avance technologique en matière de formulations végétales et de principes actifs. Toutefois, il a mis en garde contre la tentation de délocaliser certaines productions, estimant que la « marque France » est un atout commercial irremplaçable. Il a également évoqué la nécessité de former davantage de talents dans les métiers de la chimie et de la biologie, secteurs clés pour la filière cosmétique.

Un contexte de défiance et de mutations réglementaires

L’entretien s’inscrivait dans une semaine chargée pour La Grande Interview, qui avait également reçu Marc Ferracci, ancien ministre de l’Industrie, ou encore des représentants syndicaux. Philippe d’Ornano n’a pas manqué de réagir aux évolutions réglementaires européennes, notamment le règlement REACH sur les substances chimiques et les nouvelles directives sur le greenwashing. Si le dirigeant se dit favorable à une transition écologique ambitieuse, il a regretté que les normes soient parfois conçues sans concertation suffisante avec les industriels, ce qui pourrait pénaliser les entreprises françaises face à des concurrents asiatiques ou américains moins contraints. Il a plaidé pour une « simplification massive » et une stabilité des règles, condition sine qua non pour que les ETI puissent continuer à innover et à exporter.

Une perspective de résilience et d’engagement

En conclusion, Philippe d’Ornano s’est montré confiant dans la capacité des entreprises françaises à rebondir, à condition que les pouvoirs publics cessent de les considérer comme des « variables d’ajustement » budgétaires. Le co-président du METI a appelé à un « New Deal » industriel, fondé sur la confiance, la baisse des charges et une fiscalité plus incitative pour l’investissement productif. Alors que le débat sur la réindustrialisation reste vif, son témoignage rappelle que les ETI, comme Sisley, sont en première ligne pour conjuguer performance économique, innovation et ancrage territorial. Reste à savoir si les annonces gouvernementales à venir sauront répondre à ces attentes, dans un climat politique marqué par les incertitudes.