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**Philippe Lazar : Un pilier de la santé publique française s'éteint à 90 ans**

Santé · · Par Claire BERNARD

**Philippe Lazar : Un pilier de la santé publique française s'éteint à 90 ans**

## L'essentiel Philippe Lazar : Un pilier de la santé publique française s'éteint à 90 ans Le 1er mai 2023, Paris a perdu l'une de ses figures emblématiques en

L'essentiel

Philippe Lazar : Un pilier de la santé publique française s'éteint à 90 ans

Le 1er mai 2023, Paris a perdu l'une de ses figures emblématiques en matière de santé publique. Philippe Lazar, ancien directeur général de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), est décédé à l'âge de 90 ans. Sa carrière, marquée par un engagement indéfectible envers la recherche et l'enseignement de l’épidémiologie moderne, a laissé une empreinte indélébile sur le paysage scientifique et sanitaire français.

Né en 1933, Philippe Lazar a grandi dans un contexte où la médecine et la recherche commençaient à prendre une place prépondérante dans la société. Diplômé en médecine, il s'est rapidement orienté vers la recherche, où il a su allier ses connaissances médicales à une vision innovante de la santé publique. Son parcours professionnel l’a mené à l’Inserm en 1990, où il a exercé les fonctions de directeur général jusqu'en 1996. C'est durant cette période qu’il a joué un rôle déterminant dans le développement des programmes de recherche en épidémiologie, une discipline qui, à cette époque, était encore en pleine maturation en France.

Sous sa direction, l’Inserm a vu l’émergence de projets ambitieux qui ont contribué à façonner la recherche en santé. Lazar a notamment encouragé les collaborations interdisciplinaires, réunissant des chercheurs de divers horizons pour aborder des problématiques complexes telles que les maladies chroniques, les infections et la santé publique. Selon certaines sources, il a plaidé pour une approche intégrée de la santé, reconnaissant l'importance des déterminants sociaux et environnementaux sur la santé des populations.

Philippe Lazar n'était pas seulement un administrateur ; il était également un communicateur passionné. Son engagement pour l’éducation et la diffusion des connaissances l'a amené à participer activement à des conférences et à des séminaires, où il a partagé ses visions sur l'avenir de la recherche en santé. Ses interventions ont souvent été saluées pour leur clarté et leur capacité à rendre accessibles des concepts parfois complexes.

Au-delà de son rôle à l'Inserm, il a également été impliqué dans de nombreuses instances nationales et internationales, contribuant à des réflexions sur les politiques de santé. Les professionnels de santé et les chercheurs qui ont eu l'occasion de travailler à ses côtés témoignent de son ouverture d'esprit et de sa capacité à inspirer les autres. Un ancien collaborateur a évoqué, sous couvert d’anonymat, son « enthousiasme contagieux pour la recherche et son désir constant d'améliorer la santé des populations ».

Lazar a également été un observateur engagé des enjeux de santé publique contemporains. À l’ère de la mondialisation et des crises sanitaires, il a souvent rappelé l'importance de la solidarité internationale dans la lutte contre les épidémies. Ses réflexions sur la nécessité d'une coopération accrue entre les nations pour faire face à des menaces sanitaires communes résonnent particulièrement aujourd’hui, alors que le monde continue de naviguer dans les défis posés par des crises telles que la pandémie de COVID-19.

La communauté scientifique et les acteurs de la santé publique ont réagi avec émotion à l'annonce de son décès. Nombreux sont ceux qui ont partagé leurs hommages sur les réseaux sociaux, soulignant son rôle majeur dans la transformation de la recherche en santé en France. Des personnalités politiques ont également exprimé leur tristesse, rappelant l'impact de son travail sur le système de santé français.

La perte de Philippe Lazar laisse un vide dans le secteur de la santé publique, mais son héritage perdurera à travers les nombreuses initiatives qu'il a soutenues et les esprits qu'il a inspirés. La France, et plus largement la communauté internationale, doit maintenant continuer à avancer dans la voie qu'il a tracée, en renforçant la recherche et l’enseignement en épidémiologie, et en plaçant la santé des populations au cœur des préoccupations politiques.

En conclusion, Philippe Lazar reste une figure emblématique dont l'engagement pour la santé publique continuera d'inspirer les générations futures. Sa vision et son dévouement à la science et à la santé demeurent des modèles à suivre pour tous ceux qui œuvrent dans ce domaine crucial.

Claire BERNARD
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Contexte

La disparition de Philippe Lazar intervient dans un moment où la santé publique française traverse une phase de questionnements profonds. L'édifice institutionnel qu'il a contribué à consolider, notamment au sein de l'Inserm, fait aujourd'hui face à des défis inédits : vieillissement de la population, augmentation des maladies chroniques, et nécessité de repenser les liens entre recherche fondamentale et application clinique. Lazar a dirigé l'Inserm de 1990 à 1996, une période charnière marquée par l'essor de l'épidémiologie comme discipline autonome en France, longtemps restée en retrait par rapport aux pays anglo-saxons. La création de l'Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS) en 1988 et les premiers programmes de santé publique structurés autour des infections nosocomiales ou des cancers témoignaient alors d'une prise de conscience politique accrue.

Sur le plan international, les années 1990 ont vu émerger les premières grandes mobilisations contre le tabagisme, l'alcoolisme et les inégalités sociales de santé. Des figures comme le professeur Albert Hirsch, à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, ou le sociologue Didier Fassin, ont contribué à enrichir ce champ de réflexion. Lazar s'inscrivait dans cette mouvance, insistant sur la nécessité d'une approche pluridisciplinaire. Son mandat à l'Inserm a coïncidé avec le développement de grandes cohortes épidémiologiques, telles que la cohorte GAZEL, lancée en 1989, et les premiers travaux sur les liens entre environnement et santé. Ces initiatives ont posé les bases de ce qui deviendra, au début des années 2000, l'Institut de veille sanitaire (InVS), puis Santé publique France.

Le contexte politique de l'époque, marqué par les gouvernements successifs de François Mitterrand puis Jacques Chirac, a également favorisé une certaine autonomie de la recherche publique, même si les budgets demeuraient contraints. Lazar a su naviguer dans ces eaux complexes, défendant une vision de la science comme bien commun, loin des logiques marchandes qui commençaient à imprégner les laboratoires pharmaceutiques. Son départ de l'Inserm en 1996, à l'âge de 63 ans, n'a pas marqué la fin de son influence : il a continué à siéger dans divers conseils scientifiques et à publier, jusqu'à un âge avancé, des réflexions sur l'avenir de la santé publique.

Analyse

L'héritage de Philippe Lazar mérite d'être examiné sous plusieurs angles. D'un point de vue institutionnel, il a contribué à faire de l'Inserm un acteur central de la recherche en santé, capable de dialoguer avec les pouvoirs publics et les organismes internationaux comme l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Son plaidoyer pour une approche intégrée de la santé, prenant en compte les déterminants sociaux et environnementaux, anticipait des préoccupations qui sont devenues centrales dans les années 2010, notamment avec le concept de "One Health" ou "santé globale". Cette vision holistique, bien que partagée par une partie de la communauté scientifique, n'a pas toujours été facile à imposer face à une tradition médicale française encore très centrée sur la clinique et la biologie moléculaire.

Sur le plan épistémologique, Lazar incarnait une génération de chercheurs ayant vécu la transition entre une médecine fondée sur l'autorité et une médecine fondée sur les preuves (evidence-based medicine). L'épidémiologie, discipline qu'il a contribué à structurer, est devenue un outil indispensable pour évaluer l'efficacité des traitements, identifier les facteurs de risque et orienter les politiques de prévention. Cependant, cette évolution n'a pas été sans tensions. Certains cliniciens ont pu percevoir l'essor de l'épidémiologie comme une forme de concurrence, tandis que les statisticiens et les chercheurs en sciences sociales revendiquaient une place accrue dans les instances décisionnelles.

Il convient également de noter que la période de direction de Lazar à l'Inserm a coïncidé avec des controverses scientifiques majeures, notamment autour de l'affaire du sang contaminé (révélée en 1991) et des premières alertes sur les risques liés à l'amiante. Ces crises ont mis en lumière les limites des dispositifs de veille sanitaire et la nécessité de renforcer les liens entre recherche et action publique. Lazar, sans être directement impliqué dans ces dossiers, a œuvré pour que l'Inserm joue un rôle d'expertise indépendant, ce qui n'a pas toujours été simple dans un contexte où les pressions politiques et économiques étaient fortes.

Implications

La disparition de Philippe Lazar laisse un vide symbolique dans le paysage de la santé publique française, mais son héritage se matérialise à travers plusieurs conséquences concrètes. À court terme, les hommages rendus par la communauté scientifique et politique pourraient raviver le débat sur la place de l'épidémiologie dans les cursus de formation médicale. En France, cette discipline reste encore insuffisamment enseignée dans les facultés de médecine, comparé à d'autres pays européens comme le Royaume-Uni ou les Pays-Bas. Le décès d'une figure aussi emblématique pourrait inciter les pouvoirs publics à renforcer les programmes de recherche en santé publique, d'autant que la pandémie de COVID-19 a mis en évidence les lacunes de la préparation française face aux crises sanitaires.

À moyen terme, les institutions qu'il a contribué à bâtir, notamment l'Inserm, devront poursuivre leur adaptation aux enjeux contemporains : montée en puissance de l'intelligence artificielle dans la recherche médicale, nécessité de mieux intégrer les données de santé à grande échelle, et maintien d'une recherche fondamentale de qualité dans un contexte budgétaire contraint. Les successeurs de Lazar, comme les directeurs généraux de l'Inserm qui ont suivi – Claude Griscelli, Christian Bréchot, Yves Lévy, et actuellement Gilles Bloch – se sont inscrits dans cette continuité tout en faisant face à des défis différents.

Sur le plan international, la vision de Lazar concernant la solidarité entre nations dans la lutte contre les épidémies reste d'une actualité brûlante. La crise du COVID-19 a montré que les mécanismes de coopération, comme le dispositif COVAX, peinent à fonctionner efficacement. Les réflexions de Lazar sur la nécessité d'une gouvernance mondiale de la santé pourraient inspirer les prochaines réformes de l'OMS ou la création de nouveaux instruments juridiques internationaux. Plusieurs scénarios sont envisageables : un renforcement des capacités de recherche en santé publique en France, une meilleure articulation entre recherche fondamentale et application clinique, ou au contraire, une fragmentation accrue des disciplines sous l'effet des logiques de spécialisation.

Pour aller plus loin

La disparition de Philippe Lazar soulève plusieurs questions qui mériteraient d'être approfondies. Comment la France peut-elle former la prochaine génération d'épidémiologistes et de chercheurs en santé publique, alors que les vocations semblent moins nombreuses qu'à l'époque où Lazar exerçait ? Quel rôle doivent jouer les grandes institutions comme l'Inserm dans la régulation des conflits d'intérêts avec l'industrie pharmaceutique, un sujet qui reste sensible ? Enfin, comment concilier la nécessaire indépendance de la recherche avec les impératifs de réactivité face aux crises sanitaires, comme