Onyx Infos

"Peut-être un jour sur Mars ou sur la Lune": des chercheurs américains ont fabriqué des biscuits à l'aide de déchets plastiques

Economie · · Par Julie MOREAU

Des chercheurs de l’université du Sud de l’Illinois, à Carbondale, ont dévoilé cette semaine une innovation surprenante : des biscuits riches en protéines, bapt

Des chercheurs de l’université du Sud de l’Illinois, à Carbondale, ont dévoilé cette semaine une innovation surprenante : des biscuits riches en protéines, baptisés « µBites », fabriqués à partir de déchets agricoles et plastiques. Derrière cette recette de laboratoire se cache un objectif ambitieux : nourrir les astronautes lors de futures missions spatiales. Si l’idée peut paraître insolite, elle repose sur un procédé biotechnologique précis, encore en phase de validation. ### Un procédé biologique en trois étapes Le principe de fabrication des µBites repose sur la décomposition de déchets agricoles et plastiques, puis sur leur transformation par des levures génétiquement modifiées. Sandhya Jayasekara, membre de l’équipe de recherche, détaille le processus : « On décompose des déchets agricoles et plastiques, puis on utilise ces composants pour nourrir des levures génétiquement modifiées. Elles les transforment en protéines, et ce sont ces protéines qui nous servent ensuite à imprimer nos biscuits en 3D. » Cette approche permettrait de valoriser des matériaux habituellement destinés à l’enfouissement ou à l’incinération, tout en produisant une source de nourriture alternative. Le recours à l’impression 3D offre par ailleurs une flexibilité dans la forme et la texture du produit final. Les chercheurs soulignent que cette technique pourrait être adaptée à d’autres types d’aliments, selon les besoins nutritionnels des équipages. Toutefois, le procédé n’en est qu’à ses débuts et nécessite encore des ajustements avant d’envisager une production à plus grande échelle. ### Des tests de comestibilité encore nécessaires À ce stade, les biscuits ne sont pas consommables. L’équipe de l’université du Sud de l’Illinois doit encore mener des tests pour vérifier leur comestibilité et s’assurer de l’absence de risques allergiques pour les futurs consommateurs. Ces validations scientifiques sont indispensables avant tout usage humain, que ce soit sur Terre ou dans l’espace. Les chercheurs précisent que plusieurs étapes de contrôle qualité restent à franchir, notamment pour évaluer l’impact des plastiques décomposés sur la santé. Le projet s’inscrit dans le cadre du « Deep Space Food Challenge », un concours organisé avec le suivi de la NASA, l’agence spatiale américaine. Ce programme vise à stimuler les innovations dans le domaine de la production alimentaire pour les missions de longue durée. L’objectif affiché est de développer des solutions capables de fonctionner dans des environnements extrêmes, où les ressources sont limitées et où l’autonomie est cruciale. ### Un enjeu pour les missions lointaines Selon les chercheurs, cette technologie pourrait un jour être déployée lors de missions vers la Lune ou Mars. « Peut-être un jour sur Mars ou sur la Lune », avance l’équipe, évoquant la possibilité de produire de la nourriture directement sur place, à partir des déchets générés par les astronautes eux-mêmes. Cette perspective réduirait considérablement le poids des cargaisons alimentaires à transporter depuis la Terre, un facteur limitant majeur pour les voyages spatiaux de longue durée. Au-delà de l’aspect spatial, cette recherche pourrait également trouver des applications terrestres, notamment dans des zones où l’accès à une alimentation riche en protéines est difficile. Les déchets agricoles et plastiques représentent en effet un gisement considérable de matières premières, encore largement sous-exploité. ### Une technologie prometteuse mais encadrée Le projet µBites illustre la convergence entre biotechnologie, gestion des déchets et exploration spatiale. Si les résultats sont encourageants, les chercheurs restent prudents : les tests de sécurité et de tolérance alimentaire sont loin d’être terminés. La NASA, qui suit ces travaux, n’a pour l’instant pas communiqué sur un calendrier d’intégration potentiel. Cette innovation ouvre néanmoins des pistes concrètes pour repenser la production alimentaire dans des contextes contraints. À condition, bien sûr, que les prochaines étapes de validation confirment l’innocuité et la viabilité nutritionnelle de ces biscuits nouvelle génération.