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Passoires énergétiques : un délai sous conditions pour lancer les rénovations

Economie · · Par Julie MOREAU

Passoires énergétiques : un délai sous conditions pour lancer les rénovations

Introduction (2-3 phrases) : Le gouvernement a récemment précisé les conditions d’un report de l’échéance d’interdiction de location des logements classés F et

Introduction (2-3 phrases) : Le gouvernement a récemment précisé les conditions d’un report de l’échéance d’interdiction de location des logements classés F et G, les fameuses “passoires énergétiques”. Ce délai, accordé sous certaines réserves, vise à laisser le temps aux propriétaires de lancer des travaux de rénovation sans précipitation, tout en maintenant l’objectif d’éradiquer les logements les plus énergivores d’ici 2028. Les modalités exactes de ce sursis conditionnel suscitent toutefois des interrogations chez les professionnels de l’immobilier et les associations de consommateurs.

Un calendrier assoupli mais encadré

Initialement, le calendrier prévoyait une interdiction progressive de la location des logements les plus énergivores : dès 2025 pour les biens classés G, puis 2028 pour les F et 2034 pour les E. Face aux difficultés des propriétaires à réaliser des travaux dans les temps — pénurie d’artisans, coûts élevés, complexité administrative —, l’exécutif a introduit une clause de “délai sous conditions”. Concrètement, un propriétaire pourra bénéficier d’un report de l’interdiction s’il justifie d’un engagement ferme de travaux, par exemple un devis signé ou un dépôt de permis de construire. Ce dispositif, détaillé dans un décret publié en fin d’année dernière, vise à éviter les situations de blocage locatif tout en maintenant une pression sur la rénovation. Les propriétaires devront toutefois prouver leur bonne foi et respecter un calendrier strict de réalisation des travaux, faute de quoi l’interdiction s’appliquera rétroactivement.

Les conditions à remplir pour bénéficier du sursis

Pour obtenir ce délai, plusieurs conditions cumulatives doivent être remplies selon les informations communiquées par les services du ministère de la Transition écologique. Le propriétaire doit d’abord avoir commandé un audit énergétique ou un diagnostic de performance énergétique (DPE) datant de moins de deux ans. Ensuite, il doit présenter un justificatif de travaux, comme un devis accepté ou une déclaration préalable de travaux, avec un échéancier précis. Enfin, les travaux doivent permettre d’atteindre au moins la classe E du DPE, seuil minimal requis pour la location après 2028. Ce cadre vise à éviter les reports abusifs : sans engagement tangible, le logement reste interdit à la location dès la date butoir. Les associations de propriétaires ont salué cette souplesse, tandis que les associations environnementales craignent un effet d’aubaine qui pourrait ralentir la rénovation du parc immobilier français.

Un enjeu économique et social majeur

Le parc locatif français compte environ 4,8 millions de logements classés F ou G, soit près de 17 % des résidences principales selon les données de l’Observatoire national de la rénovation énergétique (ONRE). L’interdiction de location de ces biens pourrait provoquer une crise du logement dans certaines zones tendues, où l’offre locative est déjà insuffisante. Le délai sous conditions apparaît donc comme un compromis politique : il préserve les objectifs climatiques (réduction des émissions de gaz à effet de serre du bâtiment de 55 % d’ici 2030) tout en évitant un choc social pour les locataires modestes et les petits propriétaires. Les professionnels de l’immobilier estiment que le coût moyen d’une rénovation énergétique d’une passoire thermique se situe entre 15 000 et 30 000 euros, une somme difficile à mobiliser pour de nombreux ménages. Des aides comme MaPrimeRénov’ ont été renforcées, mais leur complexité administrative freine encore l’accès aux financements.

Conclusion

Ce délai sous conditions offre une respiration aux propriétaires, mais il ne doit pas devenir une échappatoire. La réussite de cette mesure dépendra de la capacité des pouvoirs publics à accompagner techniquement et financièrement les ménages dans leurs travaux de rénovation. À défaut, le risque est de voir se multiplier les logements vacants et de fragiliser davantage le marché locatif français.