"Origine UE/non UE ça nous dit que le miel vient de la Terre et pas de la Lune": dès ce dimanche, nos pots de miel devront tous préciser leurs pays d'origine (pour en finir avec le miel frelaté coupé au sucre?)

"Origine UE/non UE ça nous dit que le miel vient de la Terre et pas de la Lune" : dès ce dimanche, nos pots de miel devront tous préciser leurs pays d'origine À
"Origine UE/non UE ça nous dit que le miel vient de la Terre et pas de la Lune" : dès ce dimanche, nos pots de miel devront tous préciser leurs pays d'origine
À compter de ce dimanche 14 juin, une directive européenne imposera une transparence inédite sur les pots de miel vendus dans les supermarchés de l'Union. Fini le flou de la mention "Origine UE/non UE" : désormais, chaque mélange devra lister l'ensemble des pays de provenance, accompagnés de leurs pourcentages respectifs. Une mesure saluée par les apiculteurs français, qui espèrent en finir avec la concurrence déloyale des miels frelatés coupés au sucre.
Une directive pour mettre fin à l'opacité des mélanges
Jusqu'à présent, les pots de miel composés de plusieurs origines pouvaient se contenter d'une indication aussi vague que "mélange de miels originaires et non originaires de l'UE". Une formulation jugée trompeuse par les professionnels du secteur. "Origine UE/non UE, c'est vague. Ça nous dit que le miel vient de la Terre, et pas de la Lune", a ironisé Henri Clément, porte-parole de l'Union nationale de l'apiculture française (Unaf), cité par BFM Business. Cette directive européenne, qui entre en vigueur ce dimanche 14 juin, impose une obligation nouvelle : les emballages des pots de mélanges de miel devront désormais indiquer tous les pays d'origine par ordre décroissant, avec le pourcentage que représente chacun d'entre eux. Par exemple, un pot pourra mentionner "Espagne 40%, Argentine 40%, Hongrie 20%", offrant ainsi une traçabilité complète au consommateur.
Une revendication de longue date des apiculteurs français
Cette avancée réglementaire est le fruit d'un combat mené depuis près de dix ans par les apiculteurs français. "On se bat depuis près de 10 ans pour faire évoluer l'étiquetage en matière d'origine, car des apiculteurs français peinaient à vendre leur production à un prix rémunérateur, des conditionneurs préférant acheter moins cher à l'étranger", a rappelé Henri Clément. En grande distribution, il est en effet courant que les miels présents dans les rayons mélangent différentes origines géographiques à l'intérieur des pots. Cette pratique permet aux marques de standardiser le goût et la couleur, de réduire les coûts et de compenser les variations de récolte, mais elle s'effectuait jusqu'alors sans que ne soit indiqué précisément la liste complète des pays d'origine. "Au début, on nous répondait que c'était infaisable", a affirmé l'apiculteur, soulignant les réticences initiales des industriels face à cette exigence de transparence.
Un enjeu de qualité et de lutte contre la fraude
Au-delà de la simple information du consommateur, cette mesure vise à lutter contre le miel frelaté, souvent coupé au sucre ou mélangé à des sirops de glucose bon marché. En imposant une indication précise des origines, l'Union européenne entend rendre plus difficile l'écoulement de miels de qualité douteuse, qui pouvaient jusqu'alors se cacher derrière des mentions floues. "Pour nous, il s'agit d'une bonne nouvelle, car cette directive impose une harmonisation de l'étiquetage au sein de l'Union européenne", a assuré Romain Le Nouaille, directeur marketing et communication d'une entreprise du secteur, cité par BFM Business. Cette harmonisation devrait permettre aux apiculteurs français, souvent pénalisés par des coûts de production plus élevés, de mieux valoriser leur production. Selon les données du secteur, la France importe chaque année environ 30 000 tonnes de miel, tandis que sa production nationale peine à dépasser les 15 000 tonnes, un déséquilibre qui favorise les importations à bas coût.
Des implications pour toute la filière
L'entrée en vigueur de cette directive ce dimanche 14 juin marque un tournant pour la filière apicole européenne. Les conditionneurs et les grandes surfaces devront revoir leurs étiquetages et leurs chaînes d'approvisionnement pour se conformer à cette nouvelle obligation. Pour les consommateurs, c'est un outil supplémentaire pour faire des choix éclairés, en privilégiant par exemple les miels français ou européens. Reste à savoir si cette transparence accrue se traduira par une hausse des prix pour les produits les plus tracés ou si elle permettra au contraire de redynamiser une filière apicole française fragilisée par les importations massives et les épisodes de mortalité des abeilles. Les prochains mois seront décisifs pour mesurer l'impact réel de cette mesure sur les étals et sur le portefeuille des consommateurs.