« On va gagner ! » : en Saxe-Anhalt, une journée de campagne avec le parti d’extrême droite AfD, plus proche que jamais du pouvoir

À l’approche de l’élection régionale de dimanche en Saxe-Anhalt, le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) caracole en tête des sondages, créd
À l’approche de l’élection régionale de dimanche en Saxe-Anhalt, le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) caracole en tête des sondages, crédité de plus de 40 % des intentions de vote, selon un reportage du Figaro publié le 4 septembre 2026. Ce Land de l’ex-République démocratique allemande (RDA) pourrait ainsi basculer pour la première fois sous la direction d’un parti classé à l’extrême droite, une hypothèse qui semblait encore inimaginable il y a une décennie. La dynamique électorale observée sur le terrain, portée par un candidat au profil atypique, interroge les équilibres politiques régionaux et nationaux.
### Un favori qui incarne une rupture générationnelle
Ulrich Siegmund, candidat de l’AfD en Saxe-Anhalt, est donné vainqueur par les instituts de sondage, loin devant la CDU actuellement au pouvoir. Selon les informations rapportées par Le Figaro, l’homme, que ses sympathisants appellent familièrement « Uli », mène une campagne de terrain intensive, alternant bains de foule et rencontres ciblées avec des électeurs souvent jeunes. Le reportage décrit une scène saisissante : une femme d’une vingtaine d’années, vêtue d’un débardeur rouge et d’un jogging Adidas noir, s’approche du candidat après avoir été fouillée par le service de sécurité. Elle lui tend une casquette bleue aux couleurs du parti et une peluche d’hippocampe orange pour son fils, avant de repartir avec des dédicaces. Cet épisode illustre la stratégie du parti : présenter un visage souriant et accessible, tout en portant un programme radical.
### Une implantation ancrée dans les frustrations de l’ex-RDA
La progression de l’AfD dans ce Land ne peut se comprendre sans le contexte socio-économique hérité de la réunification. La Saxe-Anhalt, région à faible densité industrielle et marquée par un chômage historiquement supérieur à la moyenne nationale, concentre un sentiment d’abandon politique et économique. Selon des analyses citées dans le reportage, les électeurs expriment une défiance croissante envers les partis traditionnels, perçus comme déconnectés des réalités locales. Le discours de l’AfD, axé sur la souveraineté nationale, la critique de l’immigration et la remise en cause des politiques climatiques, trouve un écho particulier auprès d’une population qui estime avoir été laissée pour compte depuis 1990. Les observateurs notent également une forme de banalisation du vote extrême, facilitée par l’ancrage local du parti et son implantation dans les réseaux associatifs.
### Des implications politiques au-delà de la région
Au-delà du scrutin régional, cette dynamique pourrait avoir des répercussions sur la scène politique fédérale. Si l’AfD remportait la Saxe-Anhalt, elle obtiendrait une majorité de sièges au Bundesrat, la chambre des Länder, ce qui lui donnerait un levier institutionnel pour bloquer certaines réformes fédérales. Selon des sources gouvernementales allemandes, une telle configuration obligerait la coalition au pouvoir à Berlin à revoir sa stratégie de communication et de coalition. Par ailleurs, les partis démocratiques, tant à droite qu’à gauche, se trouvent face à un dilemme : comment endiguer cette progression sans pour autant renforcer le sentiment d’isolement des électeurs de la région ? Les précédents électoraux dans d’autres Länder de l’Est, comme la Thuringe ou la Saxe, montrent que les tentatives de diabolisation du parti n’ont, jusqu’à présent, pas produit les effets escomptés.
### Une campagne sous tension sécuritaire et médiatique
La campagne en Saxe-Anhalt se déroule dans un climat de fortes tensions. La présence de services de sécurité privés lors des meetings, comme décrit dans le reportage du Figaro, témoigne d’une menace perçue, tant du côté des contre-manifestants que de possibles actes isolés. Les autorités locales ont renforcé les dispositifs de protection autour des candidats, tandis que les médias nationaux suivent de près chaque déplacement d’Ulrich Siegmund. Par ailleurs, la couverture médiatique elle-même fait débat : certains éditorialistes allemands estiment que le traitement intensif du phénomène AfD contribue à sa visibilité, tandis que d’autres plaident pour une information la plus complète possible, au nom de la transparence démocratique. Le scrutin de dimanche s’annonce ainsi comme un test majeur pour la démocratie allemande, dans une région où les clivages politiques se sont considérablement recomposés depuis la chute du Mur.