"On ne va pas finir l'année": à Paris comme en province, l'inquiétude grandit parmi les salariés des grands magasins BHV, toujours désertés par les marques et les clients

# BHV : le grand désarroi des salariés face à la désertion des marques et des clients À Paris comme en province, les employés du Bazar de l'Hôtel de Ville (BHV)
# BHV : le grand désarroi des salariés face à la désertion des marques et des clients
À Paris comme en province, les employés du Bazar de l'Hôtel de Ville (BHV) expriment une inquiétude croissante quant à l'avenir de leur enseigne. "On ne va pas finir l'année", confient-ils, alors que les magasins peinent à attirer à la fois les marques et la clientèle. Les syndicats évoquent une situation "d'agonie", tandis que la direction justifie cette phase par une nécessaire "transformation". Un constat alarmant qui interroge sur la pérennité d'un emblème du commerce parisien vieux de 170 ans.
## Un spectacle de désolation au cœur de Paris
Au BHV de la rue de Rivoli, l'ambiance est pour le moins morose. Vendredi matin, Maeva Normand, 31 ans, cliente habituée, filmait avec son téléphone le vaste espace vide du rez-de-chaussée, barré de rideaux, en face de l'espace beauté-bijouterie. "C'est impressionnant", a-t-elle commenté. Les escalators en panne renforcent l'impression d'abandon, tandis que les surfaces désertes se succèdent à chaque étage. Seul le 6e étage semble échapper à cette désolation : il accueille depuis l'automne le premier magasin physique et pérenne de Shein, plateforme asiatique de mode ultra-éphémère dont l'installation a suscité une vive polémique, cette dernière étant accusée de nuire au commerce français.
## Un entre-deux jugé préoccupant par le personnel
Frédéric Merlin, cofondateur de la SGM, l'exploitant du BHV, a reconnu cette semaine dans *Challenges* que l'établissement traverse "un entre-deux assez atypique". Il explique ce choix de maintenir le magasin ouvert pendant les travaux, plutôt que de le fermer totalement. Pourtant, pour les quelque 700 salariés parisiens, cette situation est vécue comme une période d'incertitude angoissante. Les syndicats estiment que l'enseigne est à "l'agonie", un terme que la direction réfute en parlant de "transformation" nécessaire à sa survie.
## Des enjeux financiers colossaux et un avenir incertain
La mue du BHV parisien repose sur un schéma complexe. Le fonds canadien Brookfield, propriétaire des murs depuis janvier pour une valeur estimée à 300 millions d'euros, prévoit un plan de redéveloppement qui implique la libération de surfaces. La SGM, qui a acquis le fonds de commerce en 2023 auprès des Galeries Lafayette, devait également racheter le bâtiment de 45 000 m². Mais le tour de table s'est avéré plus difficile que prévu, compliquant encore la situation. Les salariés, eux, redoutent que cette "transformation" ne se traduise par des suppressions de postes ou une fermeture pure et simple, alors que les marques et les clients continuent de déserter les lieux.
La perspective est sombre pour les employés du BHV, tant à Paris qu'en province. Sans un sursaut rapide de l'attractivité commerciale, l'avenir de cette institution centenaire pourrait bien s'écrire ailleurs que dans ses murs.