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«On te traite comme du bétail»: au Maroc, le calvaire de Mauritaniens ayant voulu rejoindre l’Espagne

Monde · · Par Claire BERNARD

«On te traite comme du bétail»: au Maroc, le calvaire de Mauritaniens ayant voulu rejoindre l’Espagne

## L'essentiel La situation des migrants en Afrique de l'Ouest, et plus particulièrement des Mauritaniens cherchant à rejoindre l'Europe, est devenue alarmante.

L'essentiel

La situation des migrants en Afrique de l'Ouest, et plus particulièrement des Mauritaniens cherchant à rejoindre l'Europe, est devenue alarmante. Les témoignages de ceux qui tentent de franchir les frontières pour atteindre des enclaves espagnoles, comme Melilla, révèlent des réalités souvent méconnues. Le récit poignant de deux Mauritaniens, Ousmane et Amadou Mangane, met en lumière les dangers et les abus auxquels ils sont confrontés.

Fin avril 2023, sept Mauritaniens tentent de franchir la clôture de Melilla, une des principales portes d'entrée vers l'Europe pour les migrants. Ce passage, bien que périlleux, est perçu par beaucoup comme une chance d'échapper à des conditions de vie précaires. Cependant, après leur arrestation, Ousmane et Amadou relatent des traitements inhumains. Selon leurs témoignages, ils auraient été frappés par les forces de sécurité marocaines, un phénomène qui serait régulièrement observé selon plusieurs associations de défense des droits humains (source : RFI).

Ces difficultés rappellent que les infrastructures de transport, qu'elles soient ferroviaires ou frontalières, sont souvent le théâtre de dysfonctionnements aux conséquences humaines lourdes, comme nous l'avons vu avec l'interruption du trafic entre Nantes et Angers.

Les conditions de détention dans lesquelles ces migrants se retrouvent sont également inquiétantes. Ils parlent de cellules surpeuplées, de manque d'eau et de nourriture, et d'un traitement dégradant qui les fait se sentir « comme du bétail ». Cette comparaison, choquante mais révélatrice, souligne le désespoir et la déshumanisation ressentis par ceux qui n'ont souvent d'autre choix que de fuir leur pays d'origine en quête d'une vie meilleure. Des ONG, telles que Human Rights Watch, dénoncent régulièrement ces pratiques, soulignant que ces violations des droits humains sont systématiques dans la gestion des migrants au Maroc (source : HRW).

Une fois relâchés, Ousmane et Amadou affirment avoir été abandonnés dans le désert, sans ressources ni aide. Ce phénomène n'est pas isolé ; de nombreux migrants témoignent d'abandons similaires après avoir été refoulés. Selon des rapports, le gouvernement marocain aurait intensifié les mesures de contrôle des frontières, ce qui inclut des refoulements violents et des expulsions vers des zones isolées, loin des routes principales (source : RFI).

La violence à laquelle sont confrontés les migrants mauritaniens dans cette quête pour l'Espagne s'inscrit dans un contexte plus large de crise migratoire en Afrique. Le Maroc, en tant que pays de transit, a renforcé ses accords avec l'Union européenne pour limiter le flux migratoire vers l'Europe, mais cela a souvent des conséquences tragiques pour les migrants. Les témoignages d'Ousmane et Amadou sont le reflet d'une réalité où, pour de nombreux jeunes Mauritaniens, l'option de quitter leur pays est synonyme de danger et d'incertitude.

Les conditions de vie en Mauritanie, marquées par le chômage et le manque d'opportunités, poussent de nombreux jeunes à envisager la migration. Leurs rêves de mieux-être se heurtent à des réalités brutales en transit. Des organisations internationales, comme l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), ont exprimé leur préoccupation face à la situation des migrants en Afrique du Nord, appelant à une approche plus humaine et respectueuse des droits de l'homme (source : OIM).

La détresse d'Ousmane et Amadou illustre une crise migratoire complexe, où les espoirs de milliers de jeunes se heurtent à une réalité souvent cruelle. Alors que les tensions politiques et économiques en Afrique de l'Ouest continuent d'alimenter le désir de migration, il devient impératif de s'attaquer aux racines du problème tout en garantissant la protection des droits des migrants tout au long de leur parcours. Les voix de ces jeunes Mauritaniens méritent d'être entendues, car elles portent en elles l'écho d'une quête désespérée d'une vie meilleure, souvent entravée par des abus et des violences inacceptables.

Contexte

L'épisode relaté par Ousmane et Amadou Mangane s'inscrit dans une dynamique migratoire régionale qui s'est intensifiée depuis le milieu des années 2010. La route de l'Atlantique, qui relie les côtes ouest-africaines aux Canaries, et la route terrestre vers les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla constituent les deux principaux axes d'entrée vers l'Europe pour les migrants subsahariens. Melilla, située à la frontière nord-est du Maroc, est devenue un point de passage stratégique depuis le durcissement des contrôles en Méditerranée centrale.

Le Maroc, en tant que pays de transit, occupe une position ambivalente. Rabat a signé plusieurs accords de coopération avec l'Union européenne, notamment depuis 2018, qui conditionnent une partie de l'aide financière et diplomatique à la maîtrise des flux migratoires. Ce partenariat, bien que présenté comme mutuellement bénéfique, a conduit à une militarisation croissante des frontières marocaines. Les forces de sécurité marocaines, formées et parfois équipées avec le concours européen, sont régulièrement accusées par des ONG de recourir à des refoulements illégaux et à des violences.

La Mauritanie, pays d'origine des deux migrants, connaît une situation socio-économique fragile. Avec un taux de chômage élevé chez les jeunes, estimé à près de 30 % selon des données de la Banque mondiale, et une économie peu diversifiée reposant sur l'exploitation minière et la pêche, le pays offre peu de perspectives à sa population. Les sécheresses récurrentes et l'insécurité alimentaire aggravent ces difficultés, poussant une partie de la jeunesse à tenter l'aventure migratoire. La proximité géographique avec le Maroc et la relative porosité des frontières sahéliennes facilitent ces départs.

Analyse

Les témoignages d'Ousmane et Amadou révèlent plusieurs dimensions d'une même réalité. La première est celle d'une politique migratoire européenne qui externalise le contrôle des frontières vers des pays tiers, sans garantir le respect des droits fondamentaux des migrants. L'Union européenne, par le biais de l'agence Frontex et d'accords bilatéraux, finance et encourage des pratiques de dissuasion qui, selon des rapports de Human Rights Watch et d'Amnesty International, peuvent s'apparenter à des violations du droit international. Le Maroc, en contrepartie d'un soutien financier et politique, devient le gardien des portes de l'Europe, mais cette fonction s'exerce souvent au détriment des migrants.

Une seconde lecture interroge le rôle des filières de passeurs. Si les récits insistent sur les violences étatiques, ils laissent dans l'ombre les mécanismes de l'économie migratoire informelle. Les passeurs, qui exigent des sommes parfois équivalentes à plusieurs mois de salaire, ne garantissent aucun succès et exposent leurs clients à des risques considérables. La tentation est grande, pour certains observateurs, de réduire ces drames à une confrontation entre des migrants naïfs et des États répressifs, mais la réalité est plus nuancée : les migrants sont souvent des acteurs rationnels qui arbitrent entre des risques connus et une situation de départ intenable.

Enfin, cette affaire illustre la difficulté de concilier souveraineté nationale et droits humains. Le Maroc, comme tout État, a le droit de contrôler ses frontières. Mais les méthodes employées, si elles sont avérées, posent la question de leur légalité au regard du droit international, en particulier de la Convention de Genève sur les réfugiés et des principes de non-refoulement. La comparaison avec du « bétail » employée par les migrants n'est pas anodine : elle traduit une déshumanisation qui pourrait être le produit d'une politique délibérée de dissuasion par la brutalité.

Implications

À court terme, les témoignages comme ceux d'Ousmane et Amadou risquent de rester sans suite judiciaire. Les voies de recours pour des migrants expulsés ou violentés sont quasi inexistantes, faute de protection juridique effective et de volonté politique des autorités marocaines et mauritaniennes. Les ONG, qui documentent ces abus, peinent à obtenir des condamnations internationales, les gouvernements européens privilégiant le maintien de la coopération sécuritaire avec Rabat.

À moyen terme, la pression migratoire en provenance de Mauritanie et d'Afrique de l'Ouest devrait se maintenir, voire s'accroître, sous l'effet conjugué de la démographie, du changement climatique et de l'instabilité régionale. La multiplication des coups d'État au Sahel, la progression de groupes djihadistes et la raréfaction des ressources aggravent les conditions de vie et réduisent les perspectives locales. Dans ce contexte, les routes migratoires vers l'Europe, bien que dangereuses, resteront attractives.

Plusieurs scénarios sont envisageables. Le premier est celui d'un durcissement supplémentaire des politiques européennes, avec un renforcement des accords avec le Maroc et d'autres pays de transit, quitte à fermer les yeux sur les abus. Le second, plus hypothétique, serait une révision de ces politiques vers une approche plus humanitaire, incluant des voies légales de migration et un soutien au développement local. Le troisième, enfin, serait celui d'une crise humanitaire majeure si les flux venaient à être brutalement bloqués, créant des concentrations de migrants dans des zones désertiques ou portuaires sans accès aux services essentiels.

Pour aller plus loin

Cet épisode soulève des questions qui dépassent le cadre du simple fait divers migratoire. Comment garantir l'effectivité des droits humains dans des zones où l'État de droit est fragile et où la coopération internationale prime sur les principes humanitaires ? Quelle est la responsabilité des pays européens dans les violences commises par leurs partenaires ? Et, plus fondamentalement, dans quelle mesure les politiques migratoires actuelles ne produisent-elles pas les souffrances qu'elles prétendent prévenir ?

Les sujets connexes à suivre incluent l'évolution des accords entre l'Union européenne et le Maroc, les conditions de détention des migrants dans les centres marocains, et les dynamiques migratoires internes à l'Afrique de l'Ouest. Pour approfondir, on pourra consulter les rapports de Human Rights Watch sur la gestion des frontières au Maroc, les analyses de l'Organisation internationale pour les migrations sur les routes migratoires ouest-africaines, et les travaux de chercheurs spécialistes des politiques de contrôle frontalier en Méditerranée.