On a un taux de pauvreté mais c'est difficile d'avoir un seuil de richesse: cet observatoire veut en fixer un à 4.292 euros par mois

Seuil de richesse à 4.292 euros par mois : l’Observatoire des inégalités propose un indicateur pour taxer les plus aisés L’Observatoire des inégalités propose d
Seuil de richesse à 4.292 euros par mois : l’Observatoire des inégalités propose un indicateur pour taxer les plus aisés
L’Observatoire des inégalités propose d’instaurer un « seuil de richesse » en France, fixé au double du niveau de vie médian, soit 4.292 euros mensuels après impôts pour une personne seule. Cette initiative, détaillée dans un rapport publié mardi, vise à mieux identifier les plus aisés pour les faire contribuer davantage, mais elle suscite des débats sur la définition même de la richesse et son utilisation dans les politiques publiques.
Une proposition chiffrée pour définir la richesse
L’Observatoire des inégalités, spécialisé dans l’analyse des inégalités sociales, a formalisé un indicateur précis dans son dernier rapport consacré aux « riches en France ». Selon cette association, le seuil de richesse serait fixé à 4.292 euros par mois pour une personne seule, après impôts. Ce montant correspond au double du niveau de vie médian en France, un repère statistique couramment utilisé pour mesurer les inégalités. Pour un couple sans enfant, le seuil grimpe à 6.400 euros mensuels, et à 10.700 euros pour un couple avec deux adolescents. Sur cette base, 7,5% de la population, soit 4,8 millions de personnes, seraient considérées comme « riches », selon les calculs de l’association.
Cette proposition s’inscrit dans une volonté de dépasser la focalisation sur les « ultra-riches », une poignée de personnes, pour élargir le débat à l’ensemble des foyers aisés. Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, explique à l’AFP que « fixer des seuils c’est important » si l’on considère qu’un effort fiscal est nécessaire. L’objectif est de créer un outil statistique officiel qui pourrait, par exemple, déterminer à partir de quel niveau de revenu certaines niches fiscales ne seraient plus accessibles. Actuellement, aucun seuil de richesse n’existe dans les statistiques publiques, contrairement au taux de pauvreté, fixé à 60% du niveau de vie médian.
Un débat sur la définition et l’absence de consensus statistique
L’absence de seuil de richesse officiel s’explique par plusieurs raisons, notamment l’absence de politique publique nécessitant un tel indicateur et la difficulté à définir la richesse de manière consensuelle. Michel Duée, responsable du département des ressources et des conditions de vie des ménages à l’Insee, relève qu’il n’existe pas de « définition communément admise de la richesse, contrairement à la pauvreté ». Les statisticiens soulignent que la richesse est un concept plus flou, intégrant non seulement les revenus, mais aussi le patrimoine, les héritages ou encore les avantages en nature, ce qui rend complexe l’établissement d’un seuil unique.
Cette hétérogénéité des situations nourrit le débat. Certains économistes estiment qu’un seuil à 4.292 euros mensuels pourrait inclure des ménages aux situations très diverses, comme des cadres supérieurs en région parisienne ou des indépendants aux revenus irréguliers. D’autres y voient un outil nécessaire pour renforcer la progressivité de l’impôt et réduire les inégalités. L’Observatoire des inégalités, de son côté, insiste sur l’importance de ne pas se limiter aux ultra-riches, mais d’élargir le champ de la contribution fiscale à une part significative de la population aisée.
Un enjeu pour les politiques publiques et la fiscalité
Formaliser un seuil de richesse dans les statistiques officielles pourrait avoir des implications concrètes pour les politiques publiques, notamment en matière fiscale. Selon Louis Maurin, un tel indicateur servirait à déterminer à partir de quel niveau de revenu les contribuables pourraient être exclus de certaines niches fiscales, comme les crédits d’impôt ou les réductions d’impôt. Cela permettrait de cibler les aides vers les ménages les plus modestes tout en faisant contribuer davantage les plus aisés, sans nécessairement augmenter les taux d’imposition.
Cependant, la mise en œuvre d’un tel seuil reste hypothétique, faute de consensus politique et technique. Les débats autour de la richesse et de sa taxation sont récurrents en France, mais aucune majorité ne s’est encore dégagée pour adopter un indicateur officiel. L’Observatoire des inégalités espère que son rapport relancera la discussion, en fournissant une base chiffrée et argumentée. À terme, l’enjeu est de savoir si la richesse, comme la pauvreté, peut faire l’objet d’une mesure objective au service de l’action publique.