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"On n’a pas d’autres moyens d’action" : des commerçants d’Agde publient la vidéo d’une femme qui cache et vole deux bouteilles de champagne entre ses jambes

Une · · Par Claire BERNARD

À Agde, dans l'Hérault, des commerçants ont choisi de rendre publique une vidéo de vidéosurveillance montrant une femme dérober deux bouteilles de champagne en

À Agde, dans l'Hérault, des commerçants ont choisi de rendre publique une vidéo de vidéosurveillance montrant une femme dérober deux bouteilles de champagne en les dissimulant entre ses jambes. L'image, diffusée sur les réseaux sociaux, s'accompagne d'une volonté affichée d'identification, selon des informations rapportées par Midi Libre. Cette démarche, bien que contraire à la législation sur le droit à l'image, traduit un sentiment d'impuissance croissant face à une recrudescence des vols à l'étalage dans le centre-ville. ## Une diffusion assumée malgré l'interdit légal La séquence, captée par les caméras de surveillance d'un commerce du centre-ville d'Agde, montre une femme dissimulant deux bouteilles de champagne entre ses jambes avant de quitter les lieux sans passer par la caisse. Selon les informations rapportées par Midi Libre, les commerçants ont publié cette vidéo sur les réseaux sociaux en y apposant l'identité des deux personnes visibles, une pratique pourtant prohibée par le code pénal. "On n'a pas d'autres moyens d'action", justifient-ils auprès du quotidien régional, invoquant un sentiment d'abandon face à l'inefficacité perçue des procédures judiciaires. Les commerçants concernés assument pleinement ce choix, arguant que les dépôts de plainte répétés n'aboutissent que rarement à des poursuites effectives. Cette situation, d'autant plus frustrante qu'elle se répète, les aurait poussés à recourir à ce qu'ils considèrent comme une forme de "justice par l'exposition". La publication de l'identité des personnes filmées, si elle est pénalement répréhensible, s'inscrit dans une logique de dissuasion et d'alerte auprès de la communauté locale, qui pourrait reconnaître les individus concernés. ## Un contexte de tension pour le petit commerce Cette affaire s'inscrit dans un contexte plus large de dégradation des conditions de sécurité perçues par les petits commerçants du centre-ville d'Agde. Selon plusieurs témoignages recueillis par Midi Libre, les vols à l'étalage se seraient multipliés ces derniers mois, touchant aussi bien les enseignes alimentaires que les boutiques de vêtements ou les cavistes. Les pertes financières, cumulées sur l'année, représenteraient des sommes non négligeables pour des structures économiques souvent fragiles, dont les marges sont déjà comprimées par l'inflation et la concurrence des grandes surfaces. Par ailleurs, les commerçants dénoncent un sentiment d'impunité qui nourrirait un cercle vicieux : les auteurs, rarement interpellés ou sanctionnés, réitéreraient leurs actes avec une audace croissante. La publication de la vidéo, bien que juridiquement contestable, répondrait ainsi à une logique de protection collective. Certains commerçants interrogés évoquent également la création d'un groupe de vigilance local, qui pourrait mutualiser les informations et les images de vidéosurveillance, tout en reconnaissant les limites légales d'une telle initiative. ## Des précédents et des risques juridiques avérés La pratique de la "dénonciation publique" par les commerçants n'est pas nouvelle, mais elle s'est intensifiée avec la généralisation des réseaux sociaux et des messageries locales. Des affaires similaires ont été rapportées dans d'autres villes françaises, où des vidéos de voleurs présumés ont été diffusées, parfois avec succès pour identifier les suspects, mais souvent au prix de poursuites contre les diffuseurs. Le droit au respect de la vie privée, protégé par l'article 9 du code civil, et le droit à l'image constituent en effet des garde-fous stricts, même lorsque la personne est filmée en train de commettre un délit. En l'espèce, les commerçants d'Agde s'exposent à des poursuites pénales pour diffusion de l'image d'une personne sans son consentement, voire pour atteinte à la présomption d'innocence si les personnes identifiées ne sont pas reconnues coupables par une juridiction. La publication de l'identité complète, en particulier, aggrave la qualification pénale possible. Toutefois, selon Midi Libre, les commerçants semblent avoir anticipé ce risque, le jugeant acceptable au regard de l'urgence qu'ils perçoivent. ## Une réponse institutionnelle attendue Cette affaire pourrait relancer le débat sur les moyens accordés aux forces de l'ordre et à la justice pour lutter contre la petite délinquance du quotidien, qui pèse lourdement sur l'économie locale. Les commerçants d'Agde, en publiant cette vidéo, espèrent peut-être attirer l'attention des élus et des autorités sur leur situation. Des mesures de médiation ou de rappel à la loi, des patrouilles renforcées ou des dispositifs de vidéosurveillance urbaine connectée pourraient constituer des alternatives à ces pratiques d'autodéfense numérique. En attendant, la diffusion de cette vidéo interroge sur l'équilibre entre la protection des biens et le respect des droits fondamentaux, un équilibre que les commerçants, à bout de ressources, semblent prêts à redéfinir à leur avantage.