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"On fait de l’eau potable en cinq heures et demie"… Dessaler l’eau de mer, la solution contre la sécheresse ?

Une · · Par Claire BERNARD

# Dessaler l'eau de mer : l'Espagne mise sur une technologie que la France regarde encore avec prudence Alors que la sécheresse frappe durement le pourtour médi

# Dessaler l'eau de mer : l'Espagne mise sur une technologie que la France regarde encore avec prudence Alors que la sécheresse frappe durement le pourtour méditerranéen, l'Espagne a fait le pari de la dessalinisation pour sécuriser son approvisionnement en eau potable et agricole. Selon un reportage de *Midi Libre*, la Catalogne, et plus particulièrement la région de Barcelone, a eu massivement recours à cette technologie lors de la grave crise hydrique qui a touché la péninsule ibérique. En France, pourtant confrontée à des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents, le déploiement de ces usines de dessalement reste limité, suscitant un débat sur leur pertinence face au changement climatique. ## Une technologie qui fait ses preuves en Catalogne ### Le fonctionnement des usines de dessalement Les installations catalanes, comme celle de la Tordera, illustrent la maturité technique de la dessalinisation. D'après les informations rapportées par *Midi Libre*, le processus repose sur l'osmose inverse : l'eau de mer est aspirée, filtrée, puis passée sous haute pression à travers des membranes semi-perméables qui retiennent le sel et les impuretés. Le résultat, selon les exploitants, est frappant : "On fait de l’eau potable en cinq heures et demie", affirment les techniciens interrogés. Ce délai, qui inclut le pompage, le traitement et les contrôles qualité, permettrait de produire quotidiennement des centaines de milliers de mètres cubes d'eau brute destinée à la fois à la consommation humaine et à l'irrigation agricole. ### Un recours massif pendant la crise hydrique La sécheresse exceptionnelle qu'a connue la Catalogne entre 2021 et 2023 a poussé les autorités régionales à activer pleinement ces capacités de dessalement. Selon des sources gouvernementales espagnoles citées dans le reportage, la région de Barcelone aurait ainsi couvert jusqu'à 30 % de ses besoins en eau potable grâce aux usines de dessalement pendant les pics de la crise. Ce recours à une source d'eau non conventionnelle aurait permis d'éviter des restrictions plus sévères pour les habitants et les agriculteurs. L'Espagne, qui compte aujourd'hui plus de 700 usines de dessalement, s'impose comme un leader européen dans ce domaine, avec une capacité totale de production dépassant les 5 millions de mètres cubes par jour. ## La France en retrait : un choix politique et économique ### Des projets limités sur le territoire national En comparaison, la France accuse un retard significatif dans le déploiement de cette technologie. Selon des données du ministère de la Transition écologique, le pays ne compterait qu'une trentaine d'usines de dessalement, principalement situées dans les îles (Corse, outre-mer) ou dans des zones littorales très touristiques. La métropole continentale ne dispose que de quelques installations de taille modeste, comme celle de Port-Saint-Louis-du-Rhône ou encore le projet controversé de l'usine de la Ciotat. Ce contraste avec l'Espagne s'expliquerait, d'après des experts du secteur, par un coût de production encore jugé trop élevé et par des préoccupations environnementales. ### Les obstacles à surmonter Plusieurs freins expliqueraient la prudence française. En premier lieu, le coût énergétique de la dessalinisation : produire un mètre cube d'eau potable par osmose inverse nécessiterait entre 3 et 5 kilowattheures, selon une étude de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). Dans un contexte de hausse des prix de l'électricité, cette dépense pourrait peser sur les budgets des collectivités. Par ailleurs, la gestion des saumures — ces rejets très salins issus du processus — soulève des interrogations écologiques. Des associations environnementales, comme France Nature Environnement, alertent sur l'impact potentiel de ces rejets sur les écosystèmes marins côtiers, notamment la posidonie, une plante aquatique essentielle à la biodiversité méditerranéenne. ## Une solution parmi d'autres dans la lutte contre la sécheresse ### L'articulation avec d'autres stratégies hydriques La dessalinisation ne saurait constituer une réponse unique face aux épisodes de sécheresse récurrents. D'après des spécialistes en gestion de l'eau interrogés par *Midi Libre*, cette technologie doit s'inscrire dans une stratégie plus large combinant plusieurs leviers : la réduction des fuites dans les réseaux d'adduction, la réutilisation des eaux usées traitées (REUT), la récupération des eaux de pluie et une meilleure gestion des nappes phréatiques. L'Espagne elle-même n'a pas fait de la dessalinisation sa seule réponse : le pays a également investi massivement dans la modernisation de ses canaux d'irrigation et dans le recyclage des eaux grises. ### Les perspectives pour la France Face à l'aggravation prévisible des épisodes de sécheresse liés au changement climatique, la question d'un recours accru à la dessalinisation pourrait revenir sur le devant de la scène. Selon des projections du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), la France métropolitaine pourrait connaître d'ici 2050 une baisse de 10 à 40 % de la recharge des nappes phréatiques, selon les régions. Dans ce contexte, plusieurs collectivités du littoral méditerranéen, des Pays de la Loire ou encore de la Nouvelle-Aquitaine étudieraient actuellement la faisabilité de nouvelles installations. Toutefois, le débat reste ouvert entre partisans d'une solution technologique jugée efficace et ses détracteurs, qui pointent son coût environnemental et économique. La décision finale appartiendra aux pouvoirs publics, qui devront arbitrer entre urgence hydrique et impératifs écologiques.