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«On explique que quand on aime trop, on peut tuer» : le «voyage dans le temps» de la défense de Cédric Jubillar, qui invoque un «crime passionnel»

Une · · Par Claire BERNARD

«On explique que quand on aime trop, on peut tuer» : le «voyage dans le temps» de la défense de Cédric Jubillar, qui invoque un «crime passionnel»

Le 6 juillet 2026, un aveu a bouleversé le cours du procès de Cédric Jubillar. Après cinq années de dénégations et quatre semaines de débats marqués par une con

Le 6 juillet 2026, un aveu a bouleversé le cours du procès de Cédric Jubillar. Après cinq années de dénégations et quatre semaines de débats marqués par une contestation systématique des charges, l’ancien peintre plaquiste a reconnu sa responsabilité dans la disparition de son épouse, Delphine Aussaguel, une infirmière de 33 ans dont le corps demeure introuvable. Son avocat, Me Pierre Debuisson, a alors déployé une stratégie de défense pour le moins inattendue, invoquant la notion de « crime passionnel » pour tenter de requalifier les faits.

Une notion d’un autre temps ravivée par la défense

Selon des informations rapportées par Le Figaro le 7 juillet 2026, Me Pierre Debuisson a justifié cette nouvelle ligne de défense en des termes qui ont immédiatement suscité la controverse. « On explique que quand on aime trop, on peut tuer », a-t-il déclaré, ajoutant que son client n’aurait « jamais eu l’intention de tuer sa compagne ». Pour le pénaliste, la mort de Delphine Aussaguel s’inscrirait dans le cadre d’une « énième dispute conjugale », reléguant l’acte tragique au rang d’un accident passionnel.

Cette argumentation, que plusieurs observateurs ont qualifiée de « voyage dans le temps », puise dans un registre juridique et social largement désuet. La notion de « crime passionnel », qui a connu son apogée au XIXe siècle et au début du XXe siècle, repose sur l’idée que la violence conjugale pourrait être excusée, voire légitimée, par l’intensité des sentiments amoureux. Elle tendait à minimiser la responsabilité pénale de l’auteur, souvent un homme, en présentant le meurtre comme l’aboutissement tragique d’une passion irrépressible. Cette conception, qui a longtemps imprégné les prétoires et l’opinion publique, a pourtant été progressivement abandonnée par la jurisprudence et la doctrine modernes.

Une stratégie risquée face à l’évolution des mentalités

La résurgence de cette notion dans le cadre de l’affaire Jubillar intervient dans un contexte social et judiciaire profondément transformé. Depuis les années 2010, la lutte contre les féminicides et les violences conjugales a connu une accélération significative en France. Les lois successives, notamment celles de 2010 et de 2020, ont renforcé la protection des victimes et durci les peines encourues par les auteurs de violences au sein du couple. D’après des sources gouvernementales, près de 145 féminicides ont été recensés en 2025, un chiffre qui, bien qu’en légère baisse par rapport aux années précédentes, reste alarmant.

Dans ce climat, la stratégie de Me Debuisson pourrait apparaître comme un pari risqué. En effet, la notion de « crime passionnel » est aujourd’hui perçue par une large partie de la société et des professionnels du droit comme une tentative de « romancer le meurtre conjugal », selon les termes employés par Le Figaro. Elle tend à nier la préméditation et à atténuer la gravité des faits, alors même que les associations féministes et les autorités judiciaires s’efforcent de déconstruire ces stéréotypes. Le parquet, qui avait requis une peine de trente ans de réclusion criminelle avant les aveux, pourrait voir dans cette argumentation une manœuvre dilatoire plutôt qu’un véritable élément de circonstance atténuante.

Des aveux qui soulèvent de nouvelles questions

Au-delà de la rhétorique employée par la défense, les aveux de Cédric Jubillar ouvrent une nouvelle phase dans cette affaire hors norme. Dans un courrier manuscrit adressé à son avocat, révélé par La Dépêche du Midi, l’accusé a admis pour la première fois avoir « donné la mort » à son épouse, volatilisée par une nuit d’hiver 2020. Il se serait également dit « à la disposition des juges » pour exposer sa version des faits et indiquer l’endroit où il a dissimulé le cadavre de Delphine Aussaguel. Cette promesse, si elle se concrétise, pourrait constituer un tournant décisif dans la procédure, permettant enfin de retrouver le corps de la jeune femme et de lever les zones d’ombre qui persistent depuis plus de six ans.

Cependant, la défense insiste sur le caractère non prémédité du geste. Selon Me Debuisson, la mort serait survenue dans le feu d’une dispute, sans intention homicide préalable. Cette version des faits, si elle était retenue, pourrait faire basculer la qualification pénale de meurtre avec préméditation, passible de la perpétuité, vers celle de meurtre simple ou de violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Une différence de taille qui conditionnera la peine encourue par Cédric Jubillar, aujourd’hui âgé de 40 ans.

Un procès qui interroge la place de la passion dans le droit pénal

La résurgence de la notion de « crime passionnel » dans ce dossier pourrait également raviver un débat de fond sur la place accordée aux sentiments dans l’appréciation des faits criminels. Les experts en droit pénal rappellent que, si la passion a longtemps été considérée comme une circonstance atténuante, elle a été progressivement écartée au profit d’une analyse plus objective de la dangerosité et de la responsabilité de l’auteur. « Invoquer la passion, c’est souvent nier la réalité des violences conjugales », soulignait récemment une magistrate spécialisée. Dans le cas Jubillar, cette stratégie pourrait toutefois trouver un écho auprès de certains jurés, sensibles à l’idée d’un drame familial plutôt que d’un acte froidement prémédité.

Alors que le procès entre dans sa phase de délibération, les regards se tournent désormais vers la cour d’assises. La défense espère que cette « passion » invoquée permettra d’éviter la peine maximale, tandis que les parties civiles, représentant la famille de Delphine Aussaguel, attendent une condamnation à la ha