On connaissait les vaccins contre la grippe ou le Covid: comment le cancer est devenu le nouveau pari des géants de la pharma (mais à quel prix?)

## Le cancer, nouveau champ de bataille des géants pharmaceutiques Longtemps cantonnés à la prévention des maladies infectieuses, les vaccins investissent désor
## Le cancer, nouveau champ de bataille des géants pharmaceutiques
Longtemps cantonnés à la prévention des maladies infectieuses, les vaccins investissent désormais le terrain de l'oncologie. Plusieurs laboratoires ont annoncé ces dernières semaines des résultats jugés prometteurs contre le risque de rechute de certains cancers. Une avancée porteuse d'espoir, mais dont l'efficacité globale et le coût soulèvent de sérieuses interrogations, selon les informations rapportées par BFM Business.
## Moderna en tête de course avec un vaccin sur mesure
Parmi les acteurs engagés, le laboratoire américain Moderna apparaît comme le plus avancé. Son vaccin à ARN messager, baptisé « Intismeran autogene », est développé en association avec le Keytruda, un médicament d'immunothérapie produit par le laboratoire américain MSD. La particularité de cette approche est majeure : contrairement aux vaccins traditionnels, fabriqués à l'identique pour des millions de personnes, ce traitement est conçu sur mesure pour chaque patient, à partir des caractéristiques génétiques de sa propre tumeur.
Les essais ont porté sur 1.137 patients atteints d'un mélanome à haut risque, entièrement retiré par chirurgie. Mi-août, les deux entreprises ont annoncé les premiers résultats de leur étude de phase 3 : l'association du vaccin et de l'immunothérapie a permis d'améliorer significativement la survie sans récidive, ainsi que la survie sans métastases à distance, par rapport à l'immunothérapie seule. L'ampleur exacte de cette amélioration n'a toutefois pas encore été quantifiée.
## Des résultats antérieurs encourageants mais partiels
Les données d'une précédente étude de phase 2, portant sur cinq ans de suivi, avaient déjà montré que l'association réduisait de 49 % le risque de récidive ou de décès, et de 59 % le risque de métastase à distance ou de décès, comparé à l'immunothérapie seule. Des chiffres significatifs, qui demandent néanmoins à être confirmés à plus grande échelle.
D'autres acteurs suivent la même voie. Fin août, la biotech française Transgene a présenté des résultats encourageants dans les cancers de la tête et du cou. Son étude porte cependant sur un nombre beaucoup plus limité de patients, ce qui invite à la prudence quant à la portée de ces conclusions.
## La question du coût et de l'accessibilité
Au-delà de l'efficacité, c'est la question du prix qui inquiète. Un vaccin fabriqué sur mesure pour chaque patient implique une logistique complexe, des délais de production et, mécaniquement, un coût unitaire élevé. La question de l'accessibilité d'une telle technologie, notamment pour les systèmes de santé publics et les patients aux revenus modestes, reste entière.
Le modèle économique diffère radicalement de celui des vaccins classiques, où les volumes de production permettent d'abaisser les prix. Ici, chaque traitement est unique, ce qui complique toute mutualisation des coûts.
## Une efficacité encore à démontrer sur l'ensemble des cancers
Si les résultats contre le mélanome et certains cancers de la tête et du cou apparaissent prometteurs, leur efficacité sur l'ensemble des cancers demeure à confirmer. Les mécanismes tumoraux varient considérablement d'un cancer à l'autre, et rien ne garantit que cette approche personnalisée fonctionne avec la même efficacité sur des tumeurs plus complexes ou détectées à un stade plus avancé.
L'enjeu, pour les industriels comme pour les autorités sanitaires, sera donc double : confirmer la robustesse des résultats cliniques à grande échelle et garantir un accès équitable à des traitements dont le coût pourrait réserver, en l'état, le bénéfice à une minorité de patients.