"On a beaucoup de choses à faire avec le Canada": la France salue le projet de rapprochement avec l'UE malgré les menaces de Trump

La France a salué jeudi le projet d'approfondissement de la relation entre l'Union européenne et le Canada, porté la veille par la présidente de la Commission e
La France a salué jeudi le projet d'approfondissement de la relation entre l'Union européenne et le Canada, porté la veille par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, qui a proposé que le Canada devienne le premier pays « membre associé » de l'UE. Cette initiative intervient sur fond de tensions croissantes avec les États-Unis de Donald Trump, qui a menacé de représailles les partenaires commerciaux de Washington. Paris a toutefois conditionné sa position définitive à un examen approfondi du dossier.
## Une proposition inédite de Bruxelles
Mercredi, Ursula von der Leyen a présenté ce projet en présence du Premier ministre canadien Mark Carney, qui doit s'exprimer jeudi devant les eurodéputés. La présidente de la Commission a également proposé que le Canada rejoigne le futur « Conseil européen de sécurité », une instance appelée de ses vœux par Bruxelles. Ce statut de « membre associé » constituerait une première dans l'histoire de l'Union, qui n'a jusqu'ici jamais formalisé de telle catégorie pour un pays tiers. Selon les informations rapportées par BFM Business, un Canadien sur deux se déclarerait favorable à une adhésion à l'UE, un chiffre qui témoigne d'un rapprochement politique de fond entre Ottawa et les Vingt-Sept.
## Paris salue l'initiative mais reste prudent
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a exprimé jeudi sur LCI la position française : « Nous avons vocation à créer des liens toujours plus étroits avec le Canada ». Il a rappelé que c'est à Saint-Pierre-et-Miquelon, « premier territoire libéré de la France libre », qu'Emmanuel Macron retrouvera Mark Carney dimanche. Son ministre délégué à l'Europe, Benjamin Haddad, a estimé sur Public Sénat qu'il s'agissait d'« une très bonne idée d'approfondir les relations avec le Canada », tout en reconnaissant que la question du statut institutionnel de cette association restait ouverte. Jean-Noël Barrot a précisé que le projet devrait être « débattu, décortiqué, analysé » avant toute prise de position définitive de la France.
## Un contexte de désamour transatlantique
Cette dynamique s'inscrit dans un climat de distanciation entre l'Europe et les États-Unis. Les menaces de représailles lancées par Donald Trump à l'encontre de ses partenaires commerciaux ont accéléré la réflexion bruxelloise sur la diversification des alliances. Benjamin Haddad a souligné que le Canada était « politiquement aligné avec l'UE sur plusieurs thèmes », citant implicitement les dossiers climatiques, commerciaux et de sécurité. « On a beaucoup de choses à faire avec le Canada », a-t-il résumé. Le futur « Conseil européen de sécurité », que Bruxelles appelle de ses vœux, pourrait constituer une enceinte de coopération élargie aux partenaires jugés fiables.
## Quelles implications institutionnelles ?
La création d'un statut de « membre associé » soulève néanmoins des questions juridiques et politiques complexes. Le droit européen ne prévoit aujourd'hui aucune catégorie de ce type, et son instauration nécessiterait probablement une révision des traités ou, à tout le moins, un cadre interinstitutionnel inédit. Plusieurs capitales européennes, selon BFM Business, se montrent perplexes face à cette perspective, qui brouillerait la distinction traditionnelle entre États membres, candidats à l'adhésion et partenaires privilégiés. Le calendrier reste flou, et aucune décision formelle n'a été annoncée à ce stade.
## Une perspective encore lointaine
Si l'initiative bénéficie d'un accueil favorable à Paris et à Bruxelles, elle demeure à un stade exploratoire. La rencontre de dimanche entre Emmanuel Macron et Mark Carney à Saint-Pierre-et-Miquelon pourrait permettre d'en préciser les contours politiques. Pour la France, l'enjeu consiste à soutenir un rapprochement stratégique avec Ottawa sans fragiliser la cohérence institutionnelle de l'Union ni précipiter une décision aux conséquences juridiques durables. Le débat promet d'être nourri dans les prochaines semaines.