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"On a en attente de raccordement l'équivalent de 3 fois toute l'industrie française!": comment RTE veut ramener au plus vite son électricité dans les usines pour réindustrialiser le pays

Economie · · Par Julie MOREAU

33 GW de projets industriels en attente : le défi colossal de RTE pour réindustrialiser la France Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité (RTE) fai

33 GW de projets industriels en attente : le défi colossal de RTE pour réindustrialiser la France

Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité (RTE) fait face à une demande de raccordement sans précédent. Selon des données présentées par sa directrice générale, Émilie Piette, lors des rencontres économiques d’Aix-en-Provence, ce sont 33 gigawatts (GW) de projets industriels qui patientent dans la file d’attente. Un volume équivalent à près de trois fois la puissance électrique installée de l’ensemble de l’industrie française actuelle. Ce chiffre illustre un paradoxe : alors que le gouvernement ambitionne une réindustrialisation massive du pays, le principal goulet d’étranglement n’est plus le financement ou la main-d’œuvre, mais bien la capacité à brancher ces usines au réseau électrique.

33 GW en attente : un record historique pour les data centers et l’industrie lourde

La file d’attente atteint désormais un niveau record. Émilie Piette a précisé que la demande de raccordement double chaque année, notamment pour les data centers, ces infrastructures gourmandes en électricité qui représentent une part croissante des dossiers. Sur les 33 GW en attente, près de la moitié concerne des sites à très forte intensité énergétique : data centers, mais aussi sites industriels classiques et projets liés à la production d’hydrogène vert. Le reste se répartit entre les énergies renouvelables (éolien, solaire) et les installations de stockage. Rapporté à la consommation actuelle de l’industrie française, estimée à environ 117 térawattheures (TWh) par an – soit une puissance moyenne de 13 GW sur l’année –, ces 33 GW représenteraient potentiellement jusqu’à 289 TWh supplémentaires par an. Cela équivaudrait à plus de 60 % de la consommation électrique totale de la France en 2024, qui s’élevait à 449,2 TWh.

Prioriser les projets matures pour éviter la spéculation

Face à cette pression inédite, RTE doit revoir ses méthodes. La directrice générale a indiqué que l’entreprise travaille à une accélération des procédures de raccordement, en priorisant les projets les plus avancés techniquement et financièrement. L’objectif est double : répondre à l’urgence industrielle tout en limitant les risques de spéculation. En effet, certains porteurs de projets pourraient déposer des demandes sans avoir de réelle capacité de réalisation, bloquant ainsi des capacités de réseau pour des concurrents plus sérieux. « Il n’y a pas de bloqueurs », a toutefois assuré Émilie Piette, citée par BFM Business, suggérant que les obstacles sont davantage liés à des délais administratifs et techniques qu’à un manque de volonté politique. RTE prévoit ainsi de fluidifier les études de faisabilité et d’optimiser l’usage des transformateurs et des lignes existantes.

Un enjeu stratégique pour la souveraineté énergétique et industrielle

Ce chiffre de 33 GW en attente soulève une question centrale : la France dispose-t-elle des infrastructures électriques suffisantes pour soutenir son ambition de réindustrialisation ? Si tous ces projets aboutissaient, la consommation électrique industrielle pourrait bondir de plus de 60 % par rapport au total national actuel. Cela nécessiterait non seulement d’accélérer les raccordements, mais aussi de renforcer la production d’électricité décarbonée – nucléaire et renouvelables – pour éviter une dépendance accrue aux importations. Pour RTE, le défi est donc double : raccorder plus vite, tout en garantissant la stabilité du réseau. La réindustrialisation française se joue en partie sur les lignes à haute tension, où chaque mégawatt compté devient un levier de compétitivité. Dans les mois à venir, les décisions de priorisation prises par le gestionnaire de réseau seront scrutées de près par les industriels et les collectivités locales, car elles détermineront quels projets verront le jour et lesquels resteront dans les limbes.