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"Nous ne sommes pas préparés pour l’hiver qui arrive": les réserves de gaz européennes ne sont remplies qu'à 57%, au plus bas depuis 2009, au lieu de 74% (et les Français risquent de le sentir passer)

Economie · · Par Julie MOREAU

Les réserves européennes de gaz naturel sont au plus bas depuis 2009. Au mois d'août, les stocks ne sont remplis qu'à 57 %, contre 74 % habituellement à cette p

Les réserves européennes de gaz naturel sont au plus bas depuis 2009. Au mois d'août, les stocks ne sont remplis qu'à 57 %, contre 74 % habituellement à cette période de l'année, selon les données de Gas Infrastructure Europe (GIE). Ce niveau historiquement faible résulte du double effet du blocage du détroit d'Ormuz et de l'arrêt des achats de gaz naturel liquéfié (GNL) russe, une situation qui fait craindre une nouvelle envolée des factures pour les ménages français et un impact lourd sur l'industrie européenne. ## Un niveau critique qui inquiète les experts Le seuil de 57 % constitue un signal d'alarme pour les spécialistes du secteur. "Il faut s'en inquiéter", prévient Thierry Bros, professeur à Sciences Po, interrogé le 10 août par BFM Business. "Le minimum qu'on avait vu en 2021, c'était 60 %", rappelle l'expert, alors que cette année-là, Vladimir Poutine avait organisé la réduction des flux de gaz vers l'Europe. Pour le professeur, la situation actuelle des stocks ne permet pas de s'adapter à un hiver rigoureux ni à d'éventuelles nouvelles coupures d'approvisionnement. "Nous avons besoin de stockages de gaz mieux remplis et, malheureusement, nous ne sommes pas préparés pour l'hiver qui arrive", a-t-il déclaré. ## Des fournisseurs confrontés à un marché sous tension Les énergéticiens raffolent pourtant de l'été. C'est à cette période de l'année qu'ils achètent du gaz bon marché, lorsque la demande est faible et que les ménages ne chauffent pas leur logement. Les fournisseurs d'énergie comme Engie en France ou E.ON en Allemagne profitent de cette fenêtre pour acheter du gaz naturel, le stocker sous terre avant de le revendre à prix fort pendant la saison froide. Mais cette année, les cours sont tirés vers le haut par la demande asiatique, et les fournisseurs tardent à remplir les réserves souterraines. Le blocage du détroit d'Ormuz, voie de passage stratégique pour les navires transportant du gaz, complique davantage l'approvisionnement. Thierry Bros ne voit d'ailleurs pas de perspective d'amélioration au Moyen-Orient, dans la mesure où le déblocage du flux de navires dans cette zone "paraît compromis à court terme". ## Des conséquences directes pour les ménages et l'industrie Cette situation pourrait se traduire par une nouvelle envolée des factures pour les consommateurs français. Les experts redoutent un impact direct sur le pouvoir d'achat des ménages, déjà éprouvés par la hausse des prix de l'énergie observée ces dernières années. L'industrie européenne pourrait également subir des conséquences lourdes, avec un risque de ralentissement de la production dans les secteurs les plus énergivores. Thierry Bros évoque par ailleurs une "incompétence des politiques énergétiques" pour qualifier la gestion de cette situation, pointant du doigt l'absence de stratégie cohérente au niveau européen pour sécuriser les approvisionnements. ## Un hiver sous tension pour l'Europe Alors que l'automne approche, les regards se tournent désormais vers les prochaines semaines. Les autorités européennes devront arbitrer entre la nécessité de remplir les stockages et la flambée des prix sur les marchés internationaux. Si les niveaux actuels ne s'améliorent pas significativement d'ici novembre, l'Europe pourrait connaître une saison hivernale particulièrement difficile, avec des risques de pénurie dans les scénarios les plus pessimistes. Les prochains mois s'annoncent décisifs pour la sécurité énergétique du continent, et les Français pourraient bien ressentir les effets de cette fragilité sur leurs prochaines factures.