"Nous ne sommes pas encore au plus bas": la troisième fortune de Russie assure que l'économie du pays peut encore chuter (le Kremlin ne prévoit que 0,6% de croissance)

## Une économie russe sous tension : Potanin prédit une chute prolongée L'économie russe n'a pas encore touché le fond. C'est l'alerte lancée par Vladimir Potan
## Une économie russe sous tension : Potanin prédit une chute prolongée
L'économie russe n'a pas encore touché le fond. C'est l'alerte lancée par Vladimir Potanin, troisième fortune du pays et principal actionnaire du géant minier MMC Norilsk Nickel PJSC, lors d'un entretien accordé le samedi 10 octobre à la chaîne RBC TV. Alors que le Kremlin affiche des prévisions de croissance limitées à 0,6 % pour l'année en cours, le magnat estime que la situation pourrait encore se dégrader, alimentant les inquiétudes sur la solidité du modèle économique russe dans un contexte de guerre prolongée.
## Un investissement en panne, moteur de la croissance menacé
Pour Vladimir Potanin, le diagnostic est clair : « Nous ne pouvons pas encore affirmer que nous sommes au plus bas ». Selon lui, le principal défi consiste à retrouver de l'investissement, moteur essentiel de toute reprise durable. Le constat est d'autant plus préoccupant que la Russie consacre des ressources massives au front ukrainien sans que la croissance ne suive en retour. Le ministère russe de l'Économie anticipe ainsi une croissance plafonnée à 0,6 % cette année, un chiffre modeste qui traduit les limites d'une économie mobilisée par l'effort de guerre. Ce décalage entre les investissements militaires et la faiblesse de la croissance globale illustre les déséquilibres structurels qui pèsent sur le pays.
## Une fiscalité qui creuse le fossé avec les oligarques
Le financement des offensives en Ukraine contraint Moscou à puiser dans tous les autres secteurs, à coups d'impôts et de taxes. L'entreprise de Vladimir Potanin devra ainsi s'acquitter d'une taxe exceptionnelle pouvant atteindre 30 % de ses superprofits entre 2027 et 2029. Un prélèvement que le magnat juge contre-productif : selon lui, cette taxe risque de pénaliser l'investissement et, par extension, la croissance. « Nous comprenons la nécessité d'une charge fiscale supplémentaire, a-t-il concédé. Mais cette charge devrait être exclusivement prélevée sur les bénéfices. » Ces propos témoignent d'un fossé grandissant entre les plus grandes entreprises et le gouvernement, qui doit s'assurer que le pays puisse continuer à financer ses engagements.
## Un déficit budgétaire croissant
Le Kremlin met en œuvre, selon Potanin, des « efforts considérables » pour équilibrer le budget, en vue d'assouplir la politique monétaire. Mais le déficit budgétaire, creusé par la guerre, ne cesse de s'aggraver. Cette pression budgétaire explique en partie la multiplication des prélèvements exceptionnels sur les grandes fortunes et les entreprises les plus rentables. Pour l'oligarque, cette stratégie risque d'asphyxier les secteurs productifs et de retarder davantage la reprise. La situation illustre la difficulté pour Moscou de concilier financement de l'effort militaire et soutien à l'économie réelle.
## Vers un éloignement des élites économiques
Avec un empire estimé à 22 milliards de dollars selon l'indice Bloomberg des milliardaires, Vladimir Potanin incarne une élite économique qui soutenait le Kremlin avant le changement de fiscalité. Ses prises de distance publiques pourraient signaler un mouvement plus large de désaffection au sein des grandes fortunes russes, confrontées à une pression fiscale inédite. Reste à savoir si ces tensions resteront verbales ou si elles se traduiront par des arbitrages économiques plus lourds de conséquences pour Moscou.