"Nous ne sommes pas contre mais pas des monstres comme celui-là": dans ce petit village de 650 habitants, le plus gros data center d'Europe va sortir de terre, un projet à 50 milliards qui consommera autant que 200.000 foyers

# À Fouju, le plus grand data center d’Europe divise un village de 650 habitants C’est un paradoxe qui prend forme en Seine-et-Marne. Dans le petit village de F
# À Fouju, le plus grand data center d’Europe divise un village de 650 habitants
C’est un paradoxe qui prend forme en Seine-et-Marne. Dans le petit village de Fouju, 650 âmes, un projet de data center baptisé "Campus IA" doit devenir le plus grand d’Europe, avec un investissement colossal de 50 milliards d’euros. Mais cette infrastructure, dont la consommation énergétique équivaudrait à celle de 200 000 foyers, suscite des craintes parmi les habitants, partagés entre espoirs économiques et inquiétudes environnementales.
## Un projet aux dimensions hors normes
Annoncé lors du sommet Choose France 2025, le "Campus IA" est porté par un consortium financier inédit : le fonds émirati MGX, Bpifrance, la start-up française d’intelligence artificielle Mistral et le géant américain Nvidia. Selon le site officiel du projet, il "entend accueillir des infrastructures informatiques de nouvelle génération et devenir un lieu d’accueil et de synergies pour les entreprises spécialisées dans les nouvelles technologies et le développement de l’IA". La Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) qualifie déjà ces infrastructures de "caractéristiques hors normes". L’ampleur est telle que le data center devrait consommer autant d’électricité que 200 000 foyers, un chiffre qui interpelle dans un contexte de sobriété énergétique.
## Des habitants entre adhésion et méfiance
Lors d’une réunion d’information, Giuliano Del Negro, retraité de 68 ans installé à Fouju depuis un an et demi pour "le calme" et le cadre rural, témoigne de son ambivalence : "À écouter les porteurs du projet, tout est beau, tout est magnifique. Mais on se pose beaucoup de questions." Il s’inquiète des effets sur l’environnement, des "nuisances pendant les travaux" et de l’éventuelle construction de nouveaux pavillons, voire de "petits immeubles". "On aimerait bien que Fouju reste comme ça", confie-t-il. En revanche, Laurent, un autre habitant qui souhaite rester anonyme, affirme être "pour" le projet, sans donner plus de précisions sur ses motivations. Le data center promet jusqu’à 500 emplois directs, un argument de poids pour une commune rurale.
## Des retombées économiques attendues, mais un impact environnemental sous surveillance
Les promoteurs du "Campus IA" mettent en avant les retombées économiques pour le territoire : création d’emplois, dynamisation de l’économie locale, attractivité pour d’autres entreprises technologiques. Cependant, les opposants pointent du doigt le coût environnemental. La consommation électrique colossale du site, comparable à celle d’une petite ville, soulève des questions sur l’approvisionnement énergétique et l’empreinte carbone, alors que la France s’est engagée dans une transition écologique. Le projet devra obtenir les autorisations nécessaires, notamment au regard des réglementations environnementales, avant de pouvoir sortir de terre. Les habitants, quant à eux, restent vigilants, comme le résume Giuliano Del Negro : "Nous ne sommes pas contre, mais pas des monstres comme celui-là."
## Un test pour la conciliation entre innovation et cadre de vie
Le "Campus IA" à Fouju illustre les tensions croissantes entre le développement des infrastructures numériques, indispensables à l’essor de l’intelligence artificielle, et la préservation des territoires ruraux. Alors que les data centers se multiplient en France, ce projet pourrait faire jurisprudence. La question centrale demeure : comment concilier la soif d’énergie des technologies de demain avec les aspirations des habitants à un cadre de vie préservé ? Les prochains mois, marqués par les enquêtes publiques et les décisions réglementaires, seront décisifs pour l’avenir de ce projet hors norme.