« Nous ne pouvons pas poursuivre indéfiniment ce dialogue » : l’Europe se prépare à la guerre commerciale avec la Chine

L'Union européenne et la Chine s'acheminent vers une confrontation commerciale ouverte, alors que s'achève une phase de dialogue engagée en juin dernier pour te
L'Union européenne et la Chine s'acheminent vers une confrontation commerciale ouverte, alors que s'achève une phase de dialogue engagée en juin dernier pour tenter de résoudre les déséquilibres structurels du commerce bilatéral. Selon des informations rapportées par Le Figaro, le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, est attendu à Pékin jeudi et vendredi pour rencontrer son homologue Wang Wentao, dans un contexte où Bruxelles semble avoir perdu ses illusions sur l'issue des négociations.
## Un déficit commercial en explosion
Les chiffres avancés par la Commission européenne témoignent d'un déséquilibre qui n'a cessé de se creuser. Le déficit commercial de l'Union européenne vis-à-vis de la Chine s'est accru de 140 % depuis dix ans, pour atteindre 360 milliards d'euros l'an dernier, soit environ un milliard d'euros par jour. Pour l'année en cours, ce montant pourrait grimper jusqu'à 400 milliards d'euros, une aggravation que des sources européennes attribuent en partie à la fermeture du débouché américain aux produits chinois, qui redirige massivement les flux vers le marché européen. Cette dynamique alimente les inquiétudes d'une industrie européenne qui se dit laminée par une concurrence jugée déloyale.
## Paris et Berlin haussent le ton
Face à cette situation, les deux principales économies de l'Union semblent prêtes à franchir un cap. D'après les éléments rapportés par Le Figaro, Paris et Berlin envisageraient d'aller jusqu'à fermer les frontières européennes aux produits chinois si les négociations n'aboutissaient pas. Une position qui marquerait une rupture avec la stratégie de dialogue privilégiée jusqu'ici par Bruxelles. La Commission attend de Pékin qu'il accepte de limiter volontairement ses exportations, sur le modèle d'accords déjà conclus par le passé avec d'autres partenaires commerciaux. Toutefois, cette option semblerait de moins en moins crédible aux yeux des Européens, qui se préparent désormais à un rapport de force.
## Une échéance diplomatique décisive
La visite de Maros Sefcovic intervient à un moment charnière. Bruxelles avait fixé en juin une échéance à octobre pour tirer les conclusions de cette phase de dialogue. Le commissaire européen au Commerce a lui-même résumé l'état d'esprit qui prévaut dans les institutions européennes, cité par Le Figaro : « Nous ne pouvons pas poursuivre indéfiniment ce dialogue. » Cette déclaration traduit une impatience croissante face à ce que Bruxelles qualifie de concurrence déloyale « insoutenable ». Elle illustre également la pression exercée par les secteurs industriels européens, notamment l'automobile, l'acier et les technologies vertes, qui réclament des mesures de protection depuis plusieurs années.
## Des précédents qui pèsent
L'Union européenne a déjà eu recours, par le passé, à des instruments de défense commerciale face à la Chine, notamment des droits antidumping sur certains produits sidérurgiques ou solaires. Cependant, l'ampleur des mesures aujourd'hui envisagées serait sans précédent. Une fermeture des frontières, même partielle, constituerait une escalade majeure aux conséquences économiques potentiellement lourdes pour les deux blocs. Les entreprises européennes dépendent en effet largement des chaînes d'approvisionnement chinoises dans des secteurs stratégiques, tandis que Pékin dispose de leviers de rétorsion non négligeables, notamment sur les terres rares ou les composants électroniques.
## Une issue encore incertaine
À l'issue de cette phase diplomatique, les Européens semblent donc prêts à entrer dans un rapport de force dont l'issue demeure incertaine. Les prochains jours seront déterminants pour savoir si Pékin accepte de faire des concessions ou si les deux blocs basculent dans une guerre commerciale ouverte. Une chose paraît acquise, selon les sources citées : le statu quo n'est plus tenable aux yeux de Bruxelles, et l'Europe entend désormais peser de tout son poids dans la redéfinition des règles du commerce mondial.