"Nous ne pouvons pas normaliser nos relations avec la Russie": un ministre russe boycotté au FMI par des délégués européens

## Un boycott diplomatique en plein FMI Une dizaine de délégués européens ont quitté samedi 17 octobre une réunion du comité de pilotage du Fonds monétaire inte
## Un boycott diplomatique en plein FMI
Une dizaine de délégués européens ont quitté samedi 17 octobre une réunion du comité de pilotage du Fonds monétaire international (FMI) à Bangkok, au moment où le ministre russe des Finances, Anton Silouanov, s'apprêtait à prendre la parole, selon trois sources présentes sur place citées par BFM Business. L'incident illustre la crispation persistante entre les capitales européennes et Moscou, près de trois ans et demi après le début de la guerre en Ukraine.
## Cinq pays nordiques et baltes en première ligne
Parmi les délégations ayant quitté la salle figurent celles du Danemark, de la Suède, de la Finlande, de la Norvège et des pays baltes, précise la même source. « De nombreuses délégations ont quitté les lieux, dont des membres de l'Union européenne », a indiqué l'un des témoins. Un diplomate européen a justifié ce geste en des termes sans ambiguïté : « La guerre en Ukraine est existentielle pour nous en Europe. Nous ne pouvons pas normaliser nos relations avec la Russie. » Ce retrait collectif, coordonné à l'échelle d'une dizaine de pays, constitue un signal politique fort adressé à la fois à Moscou et aux autres membres du FMI.
## Le précédent du G20 d'Asheville
Cet épisode intervient dans un contexte de tensions croissantes autour de la réintégration de la Russie dans les grandes institutions internationales. Jeudi, l'Allemagne a mis en garde contre les efforts visant à ramener Moscou à la table, après la participation d'Anton Silouanov à une réunion des ministres des Finances et banquiers centraux du G20 à Asheville, en Caroline du Nord, à la fin du mois d'août. Les États-Unis, qui président actuellement le G20, avaient soutenu la présence du ministre russe malgré l'opposition des Européens. « Je constate des tentatives, notamment de la part des États-Unis, visant à ramener la Russie sur la scène internationale », a déclaré Lars Klingbeil, ministre allemand des Finances. « Il est hors de question de faire comme si la Russie redevenait un membre normal du G20 et reprenait tout simplement sa place. »
## Un clivage transatlantique qui s'installe
La séquence de Bangkok prolonge donc une ligne de fracture déjà visible au sein du G20. D'un côté, Washington plaide pour maintenir le canal de dialogue avec Moscou au sein des enceintes multilatérales ; de l'autre, une partie des Européens, emmenée par les pays nordiques et baltes, refuse toute banalisation de la présence russe. Ce bras de fer pose une question de fond pour le FMI : l'institution, dont la vocation est de garantir la stabilité financière mondiale, peut-elle fonctionner durablement si certaines délégations refusent de siéger aux côtés d'un État membre ? Le sujet devrait revenir sur la table lors des prochaines réunions de printemps.
La position européenne semble en tout cas verrouillée à court terme : tant que le conflit en Ukraine se poursuivra, les mêmes délégations devraient réitérer ce type de geste. Reste à savoir si cette stratégie du retrait pèsera réellement sur les décisions du FMI, ou si elle demeure avant tout un acte symbolique à destination des opinions publiques.