"Nous nous berçons d'illusions en pensant que tout va s'effondrer là-bas": l'économiste en chef de la deuxième banque de Russie viré après ses critiques sur la guerre en Ukraine

L’économiste en chef de la VEB, la deuxième banque de Russie, a été limogé après avoir publiquement critiqué la guerre menée par Moscou en Ukraine et dressé un
L’économiste en chef de la VEB, la deuxième banque de Russie, a été limogé après avoir publiquement critiqué la guerre menée par Moscou en Ukraine et dressé un constat alarmant sur l’état de l’économie nationale. Andrei Klepach, qui occupait ce poste depuis plus de dix ans, a notamment mis en garde contre un risque de « crise sociale » et jugé « illusoire » l’espoir d’un effondrement ukrainien. Ce départ forcé illustre la répression croissante des voix dissidentes dans les sphères économiques et financières russes.
### Un limogeage après des propos jugés trop critiques
Selon les informations rapportées par The Moscow Times, Andrei Klepach a été remercié après avoir livré une analyse très sombre de la situation. Lors de ses interventions, il a estimé que la Russie était « à la traîne » face à la Chine et aux États-Unis, mais aussi face à l’Ukraine « à certains égards ». Concernant le conflit, il s’est montré catégorique : « Nous nous berçons d’illusions en pensant que tout va s’effondrer là-bas. La situation ne s’est pas effondrée et ne s’effondrera pas. Nos coûts augmentent », a-t-il déclaré. Des propos rares dans un pays où les critiques publiques sur la guerre sont sévèrement réprimées, surtout lorsqu’elles émanent d’une figure aussi exposée.
### Une économie sous tension malgré des chiffres officiels en apparence solides
Le limogeage d’Andrei Klepach intervient dans un contexte économique paradoxal. La Russie affiche une croissance de 1,3 % sur un an en août, un chiffre supérieur à celui de la zone euro (1 %) et aux prévisions du ministère de l’Économie, qui tablait sur 0,9 %. Pourtant, cette apparente résilience masque des fragilités structurelles. Moscou consacre désormais 40 % de son budget aux dépenses de défense et de sécurité, taillant dans les dépenses sociales pour financer sa machine de guerre. Par ailleurs, le pays subit une forte inflation, des sanctions occidentales multiples, des coûts d’emprunt prohibitifs et une pression croissante sur les finances publiques.
### Des signaux inquiétants sur le front financier
Les difficultés ne se limitent pas au budget. Le fonds souverain russe a perdu 64 milliards de dollars, et les réserves d’or ont fondu de 65 %. Face à ces tensions, Moscou lorgne désormais l’épargne des citoyens russes pour maintenir son appareil d’État à flot. Andrei Klepach, lui, avertissait contre une « crise sociale » qui pourrait survenir « au moment où personne ne s’y attendrait particulièrement ». Son départ, bien que discret, envoie un signal clair : au sein des grandes institutions russes, toute analyse divergente de la ligne officielle expose à des représailles immédiates.
### Un silence qui interroge sur la viabilité du modèle actuel
Le limogeage d’Andrei Klepach soulève des questions sur la capacité de la Russie à anticiper les chocs économiques à venir. En écartant les voix critiques, les autorités réduisent leur propre capacité d’analyse et de réaction. Si les chiffres officiels montrent une croissance positive, les indicateurs sous-jacents — inflation, érosion des réserves, pression budgétaire — suggèrent des tensions durables. La guerre d’usure évoquée par l’économiste limogé pourrait bien, à terme, peser plus lourdement sur l’économie russe que ne le laissent paraître les statistiques officielles.