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"Nous n'aurons pas les ressources pour faire deux moteurs différents": Safran privilégiera le projet français après l'échec du programme Scaf du futur avion de combat européen

Economie · · Par Julie MOREAU

Le projet du Scaf (Système de combat aérien du futur), abandonné en juin dernier en raison de divergences industrielles irréconciliables entre Dassault et Airbu

Le projet du Scaf (Système de combat aérien du futur), abandonné en juin dernier en raison de divergences industrielles irréconciliables entre Dassault et Airbus, rebat les cartes de la propulsion des chasseurs de nouvelle génération. Safran, le motoriste français, a annoncé qu’il privilégiera désormais la feuille de route française, faute de ressources suffisantes pour développer simultanément deux moteurs distincts. Une décision qui fragilise un peu plus la coopération européenne dans le domaine de la défense.

Un abandon aux conséquences industrielles lourdes

Le programme Scaf, qui devait donner naissance au successeur du Rafale, a été officiellement abandonné en juin. Les désaccords entre Dassault Aviation, représentant la France, et Airbus, agissant pour l’Allemagne et l’Espagne, étaient devenus insurmontables. Cette rupture a eu un effet domino immédiat sur les sous-traitants, notamment Safran, qui développait avec l’allemand MTU le moteur du futur avion de combat.

Interrogé sur l’avenir de ce moteur lors d’une conférence téléphonique, le directeur général de Safran, Olivier Andriès, a été sans équivoque : « Nous n’avons les ressources que pour développer un moteur d’avion de combat. Et nous allons évidemment prioriser la feuille de route française. » Il a précisé que les financements pour le développement conjoint avec MTU « vont s’interrompre à partir de septembre ». Une position qui traduit la réalité budgétaire et technique d’un groupe contraint de faire des choix.

La question des spécifications, une inconnue stratégique

Si la France a décidé de poursuivre seule le développement de son avion de nouvelle génération, l’Allemagne et l’Espagne n’ont pas encore précisé leurs intentions. Cette incertitude complique la tâche de Safran. « Est-ce que les spécifications (pour le moteur) côté français et côté allemand vont rester les mêmes ? C’est une question ouverte », a déclaré Olivier Andriès. Il a souligné que le groupe n’aurait pas « les ressources engineering pour faire deux moteurs différents ».

Cette déclaration laisse entendre que si Berlin et Madrid souhaitent développer un moteur aux spécifications divergentes, ils devront trouver un autre partenaire industriel, ou financer seuls le développement. Pour Safran, l’heure est à la rationalisation : plutôt que de disperser ses efforts, le groupe mise sur une solution unique, alignée sur les besoins de l’armée de l’air française.

Cap sur la modernisation du M88 pour le Rafale

En attendant les arbitrages sur le futur chasseur de sixième génération, Safran recentre ses activités à court terme sur l’amélioration du moteur M88, qui équipe actuellement le Rafale. Cette évolution, destinée à la cinquième génération de l’appareil, permettra de maintenir une capacité de production et de R&D tout en préparant les briques technologiques nécessaires à un futur moteur.

Cette stratégie de repli sur le marché national n’est pas sans risque. Elle pourrait isoler la France dans le développement de son avion de combat, alors que le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon avancent sur leur propre projet, le GCAP, qui attire déjà l’attention du Canada. Le choix de Safran, dicté par des contraintes de ressources, pose la question de la souveraineté industrielle européenne dans un domaine où la coopération semble de plus en plus difficile à construire.