"Nous exploiterons ces zones": même si l'UE n'est pas d'accord, la Norvège compte bien forer du gaz et du pétrole dans l'Arctique

L’Union européenne espérait imposer un moratoire sur l’exploitation des hydrocarbures en Arctique, mais ce projet se heurte à une opposition frontale d’Oslo. La
L’Union européenne espérait imposer un moratoire sur l’exploitation des hydrocarbures en Arctique, mais ce projet se heurte à une opposition frontale d’Oslo. La Norvège, devenue le premier fournisseur de gaz naturel de l’UE, affirme haut et fort qu’elle compte poursuivre ses forages en mer de Barents, au mépris des recommandations climatiques de Bruxelles. Une position dictée par la sécurité énergétique, dans un contexte géopolitique tendu depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.
## Une divergence stratégique assumée entre Oslo et Bruxelles
Le ministre norvégien de l’Énergie, Terje Aasland, a été on ne peut plus explicite lors de la conférence Offshore Northern Seas (ONS), rapportée par l’agence Reuters. Interrogé sur la volonté de l’UE d’instaurer un moratoire sur l’extraction d’hydrocarbures dans la région proche du pôle Nord, il a déclaré : « Nous exploiterons ces zones, et il appartiendra alors à l’UE de décider si elle devra instaurer un moratoire sur l’achat de ce gaz ou de ce pétrole. » Une formule qui place la balle dans le camp des Vingt-Sept, tout en affirmant la souveraineté énergétique norvégienne.
Le ministre a justifié cette position par le contexte actuel : « Dans le contexte géopolitique et sécuritaire actuel, et compte tenu de la situation en matière de ressources, je pense que la poursuite des activités en mer de Barents sert à la fois les intérêts norvégiens et européens », a-t-il ajouté. Une manière de retourner l’argument climatique en faveur d’une logique d’approvisionnement, alors que l’Europe cherche à diversifier ses sources d’énergie.
## La mer de Barents, nouveau eldorado pétrolier et gazier
Historiquement, la production d’hydrocarbures norvégienne est concentrée en mer du Nord, une zone mature où les rendements tendent à décliner. La mer de Barents, située au nord du pays, dans l’océan Arctique, représente un potentiel géologique considérable, encore largement sous-exploité. Les réserves estimées y seraient substantielles, et les coûts d’exploitation, bien que plus élevés en raison des conditions climatiques extrêmes, pourraient devenir compétitifs avec les prix actuels de l’énergie.
Le déplacement progressif de la production vers ces zones arctiques répond à une logique industrielle et économique. Les licences d’exploration y ont déjà été attribuées, et les compagnies pétrolières, dont l’étatique Equinor, y mènent des campagnes sismiques et des forages d’exploration. Oslo considère que ces activités sont compatibles avec ses engagements climatiques, affirmant que la production norvégienne est parmi les plus propres au monde en termes d’émissions par baril extrait.
## Un rapport de force énergétique favorable à la Norvège
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, la Norvège est devenue le premier fournisseur de gaz naturel de l’Union européenne, couvrant environ 30% de la demande. Cette position dominante confère à Oslo un pouvoir de négociation considérable. Bruxelles, qui cherche à réduire sa dépendance aux hydrocarbures russes, se trouve dans une position délicate : imposer un moratoire sur l’achat de gaz norvégien reviendrait à se priver d’une source d’approvisionnement essentielle, au risque de fragiliser sa sécurité énergétique.
Le gouvernement norvégien, qui ne fait pas partie de l’UE, a clairement fait savoir qu’il ne céderait pas aux pressions diplomatiques. Le pays dispose d’une marge de manœuvre financière importante, grâce aux revenus exceptionnels de ses exportations d’hydrocarbures, ce qui lui permet d’assumer une position de fermeté. La question climatique, bien que présente dans le débat public norvégien, passe au second plan face aux impératifs économiques et géopolitiques.
## Un bras de fer diplomatique sans issue immédiate
L’UE, de son côté, tente de convaincre ses partenaires internationaux de rejoindre son moratoire sur l’exploitation des hydrocarbures en Arctique. Mais cette initiative, portée notamment par la commissaire européenne à l’Énergie, peine à convaincre au-delà de ses frontières. Les pays riverains de l’Arctique, comme les États-Unis, le Canada et la Russie, n’ont pas montré d’intérêt pour une telle mesure, et la Norvège, en tant que pays côtier, dispose d’un droit souverain sur ses ressources.
Le rapport de force semble donc favorable à Oslo, qui peut compter sur la dépendance européenne à son gaz. Les tensions sur les approvisionnements, les prix élevés de l’énergie et la nécessité de sécuriser les flux hivernaux jouent en faveur de la poursuite des forages. La question climatique, bien que cruciale, n’apparaît pas comme un critère déterminant dans les arbitrages actuels des États membres, qui privilégient la sécurité énergétique immédiate.
## Un enjeu climatique et géopolitique majeur pour l’Arctique
La décision norvégienne de poursuivre l’exploitation de la mer de Barents a des implications considérables. D’un point de vue climatique, l’extraction d’hydrocarbures en Arctique est particulièrement controversée, car elle contribue à l’émission de gaz à effet de serre et accélère la fonte des glaces. D’un point de vue géopolitique, elle renforce la présence norvégienne dans une région stratégique, où la Russie déploie également des capacités militaires et économiques importantes.
Le gouvernement norvégien devra composer avec une opinion publique partagée, entre les bénéfices économiques de l’exploitation pétrolière et les préoccupations environnementales croissantes. Les prochaines élections législatives pourraient constituer un test pour la politique énergétique du pays, même si la majorité des partis politiques soutient, avec des nuances, la poursuite des activités en mer de Barents.
La position d’Oslo semble