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«Nous espérons que vos efforts dévoués aboutiront à des résultats fructueux» : le guide suprême iranien appelle la population à faire plus d'enfants

Une · · Par Claire BERNARD

«Nous espérons que vos efforts dévoués aboutiront à des résultats fructueux» : le guide suprême iranien appelle la population à faire plus d'enfants

## L'essentiel Le guide suprême iranien appelle la population à faire plus d’enfants pour « le bien du pays » L’Iran, qui compte environ 92 millions d’habitants

## L'essentiel Le guide suprême iranien appelle la population à faire plus d’enfants pour « le bien du pays » L’Iran, qui compte environ 92 millions d’habitants et se classe au 17e rang des pays les plus peuplés du monde, fait face à un déclin démographique préoccupant. Le guide suprême Mojtaba Khamenei, qui n’est pas apparu en public depuis sa nomination en mars dernier, a adressé mardi 20 mai 2026 une lettre ouverte aux Iraniens, les exhortant à accroître les naissances pour assurer l’avenir stratégique de la nation. Selon des informations rapportées par Le Figaro et l’AFP, le dirigeant a publié sur la plateforme sociale X des extraits de sa réponse à une lettre collective de groupes de la société civile spécialisés dans les questions démographiques. « En menant avec sérieux la politique appropriée et nécessaire en matière de croissance démographique, la grande nation iranienne sera en mesure de jouer un rôle majeur et connaître des avancées stratégiques à l’avenir », y écrit-il. Dans une version plus longue diffusée par la chaîne publique Irib, Mojtaba Khamenei ajoute : « Nous espérons que vos efforts dévoués (…) aboutiront à des résultats fructueux, si Dieu le veut. » Ce message intervient alors que le taux de fécondité des Iraniennes a chuté de manière spectaculaire au cours des dernières décennies, passant d’environ 6,5 enfants par femme dans les années 1980 à moins de 1,7 aujourd’hui, selon des données de la Banque mondiale. Ce déclin s’inscrit dans un contexte plus large de transformations sociales et économiques en Iran. Les politiques de planning familial, longtemps encouragées par l’État, ont été inversées à partir des années 2010, le régime cherchant à stimuler la natalité face au vieillissement de la population et à la baisse de la main-d’œuvre disponible. Des mesures incitatives, telles que des allocations familiales accrues et des prêts au mariage, avaient déjà été mises en place, sans parvenir à inverser durablement la tendance. La situation de Mojtaba Khamenei ajoute une dimension particulière à cet appel. Nommé guide suprême en mars 2026 après la mort de son prédécesseur, il n’a depuis lors fait aucune apparition publique. Selon des sources non confirmées, il aurait été blessé lors des frappes du premier jour de la guerre au Moyen-Orient, un conflit qui oppose notamment l’Iran à des puissances régionales et occidentales. Le guide suprême, qui détient l’autorité ultime en Iran, pourrait ainsi chercher à consolider le moral national par un appel à la cohésion démographique. Par ailleurs, la question démographique iranienne s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu. Le président américain Donald Trump a récemment menacé de frapper l’Iran si un accord n’était pas trouvé sur le dossier nucléaire, tandis qu’un pétrolier sud-coréen a traversé le détroit d’Ormuz dans des conditions sécuritaires dégradées. Ces tensions pourraient également inciter le régime à encourager une croissance démographique perçue comme un atout stratégique à long terme. L’appel du guide suprême intervient alors que la société iranienne reste marquée par des difficultés économiques, une inflation élevée et un chômage persistant, notamment chez les jeunes. Les experts en démographie s’interrogent sur l’efficacité de telles incitations dans un contexte où les couples hésitent à avoir plusieurs enfants en raison du coût de la vie et de l’incertitude politique. Le taux de fécondité iranien, bien qu’en baisse, reste supérieur à celui de nombreux pays européens, mais le vieillissement de la population pourrait poser des défis à long terme pour le système de retraite et les services de santé. La question démographique, couplée à la guerre en cours et aux tensions internationales, pourrait ainsi peser sur les priorités du gouvernement iranien dans les années à venir. ## Contexte La politique démographique iranienne connaît depuis un demi-siècle des retournements radicaux, étroitement liés aux priorités idéologiques et stratégiques du régime. Après la révolution islamique de 1979, l’ayatollah Khomeini avait initialement encouragé une forte natalité, dans une logique de construction nationale et de projection militaire durant la guerre Iran-Irak (1980-1988). Le taux de fécondité atteignait alors environ 6,5 enfants par femme, l’un des plus élevés au monde. À la fin du conflit, face à une croissance démographique jugée excessive et à des difficultés économiques, Téhéran avait opéré un virage majeur. Dès 1989, le gouvernement a mis en place l’un des programmes de planning familial les plus ambitieux du Moyen-Orient, incluant la distribution gratuite de contraceptifs, la promotion de l’espacement des naissances et des campagnes d’éducation. Ce dispositif, soutenu par les autorités religieuses via des fatwas autorisant la contraception, a permis une baisse rapide et continue de la fécondité. À partir de 2010, le discours officiel a de nouveau changé. Le guide suprême de l’époque, Ali Khamenei, avait alors dénoncé les politiques antinatalistes comme une « erreur » et appelé à doubler la population iranienne pour atteindre 150 millions d’habitants. Cette inflexion répondait à plusieurs préoccupations : le vieillissement annoncé de la population, la crainte d’une pénurie de main-d’œuvre, mais aussi une lecture géopolitique où le poids démographique est perçu comme un facteur de puissance face aux voisins arabes et à Israël. Les mesures incitatives mises en œuvre depuis 2012 — suppression des aides publiques au planning familial, création d’un fonds de soutien à la natalité, prêts au mariage, allocations familiales majorées — n’ont toutefois pas produit les effets escomptés. Le taux de fécondité est resté sous le seuil de renouvellement des générations (2,1 enfants par femme) depuis le milieu des années 2010, malgré une légère remontée ponctuelle. Les causes structurelles — urbanisation, élévation du niveau d’éducation des femmes, précarité économique, chômage des jeunes — n’ont pas été traitées en profondeur. ## Analyse L’appel de Mojtaba Khamenei s’inscrit dans la continuité des discours natalistes de son prédécesseur, mais présente des spécificités liées au contexte actuel. La formulation employée — « jouer un rôle majeur et connaître des avancées stratégiques » — suggère que la démographie est pensée avant tout comme un instrument de puissance nationale, davantage que comme une réponse à des besoins sociaux concrets. Cette approche instrumentaliste n’est pas propre à l’Iran : plusieurs États autoritaires ou en situation de conflit (Russie, Turquie, Israël) ont également développé des politiques pronatalistes justifiées par des impératifs stratégiques. Plusieurs lectures sont possibles de cette intervention. La première, la plus immédiate, renvoie à la situation de guerre dans laquelle est engagé l’Iran depuis mars 2026. Un conflit de haute intensité implique des pertes humaines, une mobilisation des forces vives et une incertitude sur l’avenir. Dans ce cadre, encourager les naissances peut viser à compenser les pertes à long terme, mais aussi à renforcer le moral d’une population soumise à des épreuves. L’absence d’apparition publique du guide suprême, dont l’état de santé demeure incertain, ajoute une dimension symbolique : cet appel écrit pourrait être une manière de manifester une autorité malgré l’invisibilité. Une seconde lecture, plus structurelle, met l’accent sur les limites des politiques natalistes dans un contexte de crise économique. L’Iran subit depuis des années des sanctions internationales qui pèsent sur son économie, provoquant une inflation élevée et une perte de pouvoir d’achat. Dans ces conditions, les incitations financières à la natalité risquent d’être insuffisantes face aux coûts réels de l’éducation et de la santé. Plusieurs études de cas, notamment en Europe de l’Est et en Asie de l’Est, montrent que les mesures pronatalistes n’ont qu’un effet marginal lorsque les conditions économiques et sociales ne sont pas réunies. Enfin, cet appel pourrait être interprété comme une tentative de recentrage idéologique. Le régime iranien, fragilisé par la guerre et les tensions internes, chercherait à promouvoir des valeurs familiales traditionnelles comme facteur de cohésion sociale, dans une logique comparable à celle observée dans d’autres régimes conservateurs confrontés à des crises de légitimité. ## Implications À court terme, l’appel du guide suprême pourrait se traduire par un renforcement des dispositifs incitatifs existants, sans que l’on puisse anticiper un effet significatif sur le taux de fécondité. Les couples iraniens, confrontés à une inflation qui rogne leur pouvoir d’achat et à un avenir politique incertain, pourraient rester réticents à agrandir leur famille. Les précédentes mesures, pourtant généreuses sur le papier, n’ont pas inversé la tendance baissière. Il est probable que le discours officiel se heurte à la réalité des contraintes matérielles. À moyen terme, les implications sont multiples. Sur le plan démographique, si la tendance se poursuit, l’Iran pourrait connaître un vieillissement accéléré de sa population, avec des conséquences sur le système de retraite, les dépenses de santé et la taille de la population active. Le ratio de dépendance — nombre d’inactifs pour cent actifs — augmenterait, ce qui pèserait sur les finances publiques déjà mises à mal par l’effort de guerre. Sur le plan politique, la question démographique pourrait devenir un enjeu de débat interne. Des voix critiques, y compris au sein des cercles religieux, pourraient s’élever contre une politique perçue comme irréaliste ou comme une tentative de détourner l’attention des difficultés quotidiennes. Le régime devra gérer les attentes créées par cet appel, sous peine d’une perte de crédibilité supplémentaire. Sur le plan géopolitique, une croissance démographique, si elle advenait, ne produirait ses effets qu’à long terme. Elle ne saurait répondre aux défis immédiats posés par la guerre et les tensions avec les États-Unis. En revanche, elle pourrait être invoquée par Téhéran pour justifier des revendications régionales ou des besoins accrus en ressources, notamment en eau et en énergie, dans un contexte où ces dernières sont déjà sous pression. Plusieurs scénarios sont envisageables : un maintien du statu quo, avec des incitations sans résultats tangibles ; un durcissement des mesures, allant jusqu’à des restrictions de l’accès à la contraception ; ou, à l’inverse, un recentrage des priorités gouvernementales sur les causes structurelles du déclin démographique, en particulier la situation économique. ## Pour aller plus loin Cet événement soulève plusieurs questions qui mériteraient un examen approfondi. La première concerne l’efficacité comparée des politiques natalistes dans différents contextes nationaux : quels enseignements tirer des expériences russe, japonaise ou sud-coréenne ? La deuxième porte sur le lien entre conflit armé et dynamiques démographiques : dans quelle mesure la guerre influe-t-elle sur les comportements reproductifs, et selon quelles temporalités ? Une troisième interrogation touche au rôle des femmes dans ces politiques. Les discours natalistes, lorsqu’ils émanent de régimes conservateurs, tendent à assigner aux femmes une fonction principalement reproductive, ce qui entre en tension avec l’élévation de leur niveau d’éducation et leur participation croissante