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«Nous avons déjà gagné»: en Saxe-Anhalt, l'AfD n'envisage que la victoire aux élections régionales allemandes

Monde · · Par Claire BERNARD

«Nous avons déjà gagné»: en Saxe-Anhalt, l'AfD n'envisage que la victoire aux élections régionales allemandes

Un scrutin régional décisif se tient ce dimanche 6 septembre en Saxe-Anhalt, où l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), créditée de 41 % des intentions de vote da

Un scrutin régional décisif se tient ce dimanche 6 septembre en Saxe-Anhalt, où l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), créditée de 41 % des intentions de vote dans les sondages, pourrait remporter sa première région en Allemagne. Le parti d'extrême droite, porté par une dynamique électorale sans précédent dans l'ex-Allemagne de l'Est, affiche une confiance totale quant à l'issue du vote. Vendredi 4 septembre, le chef de file de l'AfD dans cette région, Ulrich Siegmund, s'est exprimé lors d'une fête des familles à Magdebourg, capitale du Land, dans une atmosphère qualifiée de triomphaliste par les observateurs présents. ## Un contexte électoral marqué par une poussée de l'extrême droite dans l'est du pays La Saxe-Anhalt, région rurale et industrielle d'environ 2,2 millions d'habitants, constitue un terrain particulièrement fertile pour la formation politique dirigée au niveau national par Tino Chrupalla et Alice Weidel. Selon des informations rapportées par RFI, ce Land de l'ancienne République démocratique allemande (RDA) cumule plusieurs facteurs explicatifs de cette percée : un chômage structurellement plus élevé que la moyenne nationale, un sentiment d'abandon ressenti par une partie de la population depuis la réunification de 1990, ainsi qu'une défiance marquée envers les partis traditionnels représentés au Bundestag. Les enquêtes d'opinion publiées ces dernières semaines par les instituts de sondage allemands, notamment Forsa et Infratest dimap, placent l'AfD nettement en tête des intentions de vote, devant la CDU (Union chrétienne-démocrate) du ministre-président sortant Reiner Haseloff. Ce dernier, en poste depuis 2011, mène une campagne centrée sur la stabilité et l'expérience, mais pourrait pâtir d'un contexte national défavorable à son parti, engagé dans une course à la chancellerie disputée face aux sociaux-démocrates du SPD. ## Le discours d'Ulrich Siegmund à Magdebourg : une stratégie de conquête assumée Lors de son intervention vendredi à Magdebourg, Ulrich Siegmund, figure montante de l'AfD locale et candidat au poste de ministre-président, a développé un discours résolument offensif. Selon des témoignages relayés par RFI, il aurait déclaré que « nous avons déjà gagné », une formule choc reprise par ses partisans et largement commentée dans la presse régionale. Ce meeting, organisé dans le cadre d'une fête des familles, visait à élargir l'audience du parti au-delà de son électorat traditionnel, en ciblant notamment les parents inquiets des questions de sécurité et d'éducation. Cette stratégie de normalisation, observée par plusieurs analystes politiques interrogés par les médias allemands, s'appuie sur des thématiques locales concrètes : la gestion des flux migratoires, la pression fiscale sur les ménages modestes, ou encore la dégradation perçue des infrastructures rurales. Le parti mise également sur un fort taux de participation attendu dans les zones périurbaines, où son implantation militante est jugée supérieure à celle de ses concurrents. Les observateurs notent toutefois que ce discours de victoire anticipée comporte un risque : celui de mobiliser en réaction l'électorat modéré, traditionnellement peu enclin à se déplacer lors des scrutins régionaux. ## Un scrutin à haute valeur symbolique pour l'équilibre politique allemand Ce vote en Saxe-Anhalt revêt une importance particulière à l'échelle nationale, alors que l'Allemagne s'apprête à renouveler son Bundestag le 26 septembre, soit trois semaines après ce scrutin régional. Une victoire de l'AfD dans ce Land serait inédite : aucun parti d'extrême droite n'a jamais dirigé une région allemande depuis 1945. Selon des analyses politiques citées par plusieurs médias, un tel résultat pourrait modifier le rapport de forces au sein de la CDU, tiraillée entre une ligne conservatrice classique et une tentation de durcissement sur les questions migratoires pour endiguer la fuite de ses électeurs vers l'AfD. Par ailleurs, les conséquences concrètes d'une telle victoire resteraient toutefois limitées en termes de gouvernance : l'AfD, faute de partenaires de coalition disposés à s'allier avec elle, ne pourrait pas former de majorité parlementaire sans le soutien d'autres formations, ce que la CDU, le SPD, les Verts et Die Linke ont exclu à plusieurs reprises. Le parti pourrait néanmoins disposer d'une minorité de blocage au sein du Landtag de Magdebourg, lui permettant d'entraver certaines réformes législatives. Les responsables politiques des autres partis, interrogés par la presse allemande, appellent à une mobilisation citoyenne pour contrer cette dynamique, tandis que les observateurs internationaux suivent ce scrutin avec attention, y voyant un indicateur de l'évolution du paysage politique européen.