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« Notre métier est devenu dangereux » : épuisés et excédés par les blocages des lycées, les proviseurs tirent la sonnette d’alarme

Une · · Par Claire BERNARD

« Notre métier est devenu dangereux » : épuisés et excédés par les blocages des lycées, les proviseurs tirent la sonnette d’alarme

## Blocages lycéens : des proviseurs entre épuisement et sentiment d'insécurité Alors que les blocages se multiplient devant les lycées depuis plus de deux sema

## Blocages lycéens : des proviseurs entre épuisement et sentiment d'insécurité Alors que les blocages se multiplient devant les lycées depuis plus de deux semaines, les chefs d'établissement apparaissent de plus en plus exposés. Selon des informations rapportées par Le Figaro le 13 octobre 2026, plusieurs proviseurs dénoncent une dégradation de leurs conditions de travail, entre agressions physiques, saccages et remise en cause de leur autorité. ## Un bilan humain préoccupant D'après les déclarations du ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, rapportées le 2 octobre dernier, plus de quarante proviseurs auraient été blessés en marge des mobilisations lycéennes. Les incidents se sont multipliés sur l'ensemble du territoire : à Rouen, le proviseur du lycée Blaise-Pascal a été légèrement blessé, tout comme ses homologues du lycée Elisa-Lemonnier, au Petit-Quevilly, et du lycée Maurice-Genevoix, à Ingré, dans le Loiret. Dans le Pas-de-Calais, le proviseur du lycée professionnel d'Auchel aurait reçu un pétard allumé sur lui. Le cas le plus grave semble concerner le lycée Victor-Hugo de Marseille, où le proviseur, son adjoint, la secrétaire générale et le chef d'équipe auraient été agressés et aspergés d'essence le 1er octobre. Ces faits, s'ils sont confirmés, illustrent une intensité nouvelle dans les tensions observées en milieu scolaire. ## Le lycée Vauquelin, symbole des dérives Carole Zerbib, proviseur du lycée Nicolas-Louis-Vauquelin, dans le 13e arrondissement de Paris, a vu son établissement être saccagé le 5 octobre 2026 par des « jeunes habillés en noir et cagoulés », selon les éléments relayés par Le Figaro. Cette situation, décrite comme inédite par la responsable, s'inscrirait dans un contexte plus large de fragilisation de la fonction de chef d'établissement. Interrogée dans le cadre d'un entretien, Carole Zerbib alerte sur l'épuisement de ses collègues et la remise en cause de leur autorité. Les proviseurs se retrouveraient ainsi pris en étau, devant simultanément assurer la sécurité des élèves et des personnels tout en maintenant la continuité pédagogique. Une équation d'autant plus complexe que les blocages perdurent et que les forces de l'ordre n'interviennent, selon plusieurs témoignages, qu'avec parcimonie. ## Une autorité institutionnelle fragilisée Au-delà des violences physiques, c'est la légitimité même de la fonction qui semblerait atteinte. Les proviseurs, traditionnellement garants de l'ordre scolaire et interlocuteurs des familles, se trouveraient contestés dans leur rôle par des groupes organisés, parfois extérieurs aux établissements. Cette porosité entre revendications lycéennes et actions de casseurs compliquerait la lecture des événements et la réponse à apporter. Le ministère de l'Éducation nationale n'a pas, à ce stade, annoncé de dispositif spécifique de protection renforcée pour les chefs d'établissement. La question d'un accompagnement psychologique et juridique des proviseurs victimes pourrait toutefois s'imposer dans les prochaines semaines. ## Un métier sous tension La situation actuelle ravive le débat sur la protection fonctionnelle des personnels de direction, déjà évoqué lors de précédentes crises. Si les chiffres avancés par le ministre demandent à être consolidés, ils dessinent néanmoins un phénomène d'ampleur nationale. Reste à savoir si les mobilisations lycéennes, dont les motifs initiaux portent sur des revendications propres aux élèves, continueront de produire des effets collatéraux sur ceux qui sont chargés de faire fonctionner l'institution scolaire. La question d'une revalorisation du statut et des moyens alloués aux proviseurs pourrait, à terme, s'inviter dans le débat public. Une perspective encore incertaine, tant les priorités gouvernementales semblent, à ce jour, orientées vers la gestion de l'ordre public.