"Notre Europe spatiale reste fragile": Emmanuel Macron appelle à "une gouvernance partagée" de l'espace et à "assumer pleinement" la préférence européenne

Le président de la République Emmanuel Macron s'est exprimé ce jeudi 10 septembre depuis le sommet international sur l'Espace organisé au Grand Palais, à Paris.
Le président de la République Emmanuel Macron s'est exprimé ce jeudi 10 septembre depuis le sommet international sur l'Espace organisé au Grand Palais, à Paris. Devant un parterre d'acteurs institutionnels et industriels du secteur, le chef de l'État a dressé un constat sans détour sur l'état de la régulation spatiale mondiale et sur la position de l'Europe dans une compétition désormais planétaire. Selon les propos rapportés par BFM Business, il a plaidé pour une refonte de la gouvernance de l'espace extra-atmosphérique et pour une affirmation plus nette des préférences européennes en matière de coopération.
## Un vide réglementaire hérité de 1967
Emmanuel Macron a rappelé que l'espace extra-atmosphérique demeure, malgré le traité de 1967, "le seul grand commun mondial qui ne fasse pas l'objet d'une régulation à la hauteur des enjeux". Ce traité, négocié à l'époque de la guerre froide et signé par les principales puissances spatiales, posait des principes généraux — non-appropriation nationale, usage pacifique, responsabilité des États — mais n'a jamais été complété par un cadre juridique contraignant adapté à l'explosion des activités contemporaines. Or, l'espace est aujourd'hui le théâtre d'une multiplication des satellites, des constellations privées, des projets d'exploitation de ressources et des enjeux de défense. Face à cette réalité, le président français a estimé qu'"une gouvernance partagée est nécessaire pour répondre à ces défis", plaidant pour une régulation à la hauteur des risques économiques, sécuritaires et environnementaux.
## L'Europe, acteur indispensable mais fragile
Sur le volet de la coopération internationale, Emmanuel Macron a posé une condition claire : "encore faut-il être puissant, et cela passe par l'Europe". Autrement dit, la capacité de la France et de ses partenaires à peser dans les négociations spatiales mondiales dépend directement de leur niveau d'intégration et de leur puissance industrielle collective. Mais le chef de l'État n'a pas masqué les difficultés. "Notre Europe spatiale reste fragile et nous devons accélérer", a-t-il déclaré, reconnaissant implicitement les retards pris sur certains segments face aux États-Unis, à la Chine ou à d'autres puissances émergentes. Cette fragilité renvoie à la fois aux questions de financement, à la fragmentation des programmes et à la dépendance persistante à certains lanceurs ou technologies étrangères. L'accélération évoquée suppose donc des choix budgétaires et industriels structurants dans les prochaines années.
## La préférence européenne, un levier à assumer
Le président a également appelé à "assumer pleinement" la préférence européenne dans le domaine spatial. Cette formule, qui rappelle les débats autour de la préférence communautaire dans d'autres secteurs stratégiques, suggère une orientation plus volontariste dans les marchés publics et les programmes de coopération. Il s'agirait, pour Paris, de favoriser les acteurs européens dans les appels d'offres spatiaux, sans exclure la coopération internationale mais en la conditionnant davantage à des bénéfices industriels et technologiques pour le continent. Cette position pourrait toutefois susciter des tensions avec certains partenaires, notamment au sein de l'Union européenne ou avec des alliés historiques, sur fond de concurrence accrue dans le lancement de satellites et l'exploration.
## Un enjeu de souveraineté à long terme
Le sommet du Grand Palais intervient dans un contexte où la souveraineté spatiale est devenue un sujet de politique intérieure autant que de diplomatie. Les capacités spatiales conditionnent la défense, les télécommunications, l'observation climatique et la navigation. Pour Emmanuel Macron, l'équation est simple : sans gouvernance partagée, l'espace risque de devenir un Far West juridique ; sans puissance européenne, la voix du continent restera marginale dans les instances internationales. La suite dépendra de la capacité des États membres à traduire ces déclarations en engagements budgétaires et en programmes industriels concrets lors des prochaines échéances européennes.