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Mutilations dentaires en Lozère : condamné à six ans de prison, l’ancien dentiste qui arrachait les dents pour s’enrichir fait appel

Une · · Par Claire BERNARD

Mutilations dentaires en Lozère : condamné à six ans de prison, l’ancien dentiste qui arrachait les dents pour s’enrichir fait appel

Lozère : six ans de prison requis pour un dentiste accusé de mutilations et d’escroquerie, l’appel relance l’affaire Le tribunal correctionnel de Mende a rendu,

Lozère : six ans de prison requis pour un dentiste accusé de mutilations et d’escroquerie, l’appel relance l’affaire

Le tribunal correctionnel de Mende a rendu, le 8 mai dernier, une décision lourde dans une affaire qui a secoué le monde médical lozérien. José Pereira Mendes, 61 ans, ancien chirurgien-dentiste, a été condamné à six ans d’emprisonnement pour des mutilations dentaires répétées et une escroquerie à la Sécurité sociale. Selon des informations rapportées par Midi Libre, le praticien a immédiatement interjeté appel, prolongeant ainsi un feuilleton judiciaire aux implications sanitaires et éthiques majeures.

Des actes qualifiés de « charcuterie dentaire » par les experts

D’après les éléments révélés lors de l’audience, José Pereira Mendes aurait, entre 2018 et 2020, arraché des dents saines à plusieurs patients, prétextant des pathologies inexistantes. Les expertises médicales, citées par Midi Libre, évoquent une « pratique systématique de mutilations » : sur une cinquantaine de victimes recensées, certaines auraient perdu jusqu’à huit dents en une seule séance, sans nécessité thérapeutique. Le but, selon l’accusation, aurait été purement financier : le dentiste aurait surfacturé des actes inutiles à la Sécurité sociale et aux mutuelles, empocheant plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Le parquet de Mende avait requis une peine exemplaire, estimant que ces actes relevaient d’une « cupidité criminelle » et d’une « violation grave du serment médical ». Le tribunal a suivi ces réquisitions, condamnant l’ancien praticien à six ans de prison ferme, assortis d’une interdiction définitive d’exercer la médecine et d’une obligation de remboursement des sommes détournées. Cependant, l’appel interjeté par la défense suspend l’exécution de la peine, renvoyant l’affaire devant la cour d’appel de Nîmes.

Des victimes marquées à vie

Les témoignages recueillis par les enquêteurs, et relayés par Midi Libre, décrivent des patients traumatisés, certains souffrant de troubles alimentaires ou de phobies dentaires persistantes. Une sexagénaire, dont les prothèses auraient été posées sans fondement, a raconté avoir perdu confiance en tout soignant. « On ne lui demandait rien, il arrachait sans explication », a-t-elle confié aux enquêteurs. L’association d’aide aux victimes, qui suit une vingtaine de plaignants, a exprimé sa déception face à l’appel, redoutant un nouveau procès éprouvant.

L’affaire soulève également des questions sur le contrôle des pratiques médicales en zone rurale. José Pereira Mendes avait ouvert son cabinet à Mende après avoir été radié de l’ordre des dentistes dans une autre région pour des faits similaires, selon des sources proches du dossier. Ce parcours avait échappé aux vérifications locales, un dysfonctionnement que le conseil de l’ordre de la Lozère a reconnu en séance, sans commentaire supplémentaire.

Un procès en appel attendu sous plusieurs mois

La cour d’appel de Nîmes devrait examiner l’affaire dans un délai de douze à dix-huit mois. En attendant, José Pereira Mendes reste libre sous contrôle judiciaire, une situation que les parties civiles jugent « incompréhensible » au regard de la gravité des faits. Le parquet général pourrait toutefois demander un placement en détention provisoire si de nouveaux éléments venaient à être produits.

Cette affaire, qui a marqué la Lozère, pourrait avoir des répercussions sur la régulation des professions de santé dans les territoires isolés. Selon des experts en droit médical interrogés par Midi Libre, elle illustre la nécessité d’un fichier national des interdictions d’exercice, accessible à tous les conseils départementaux de l’ordre. Le législateur, déjà alerté par des cas similaires dans d’autres régions, pourrait être amené à renforcer les contrôles préalables à l’installation des praticiens.