Mozambique Exposed: la violence d’État, un héritage du parti au pouvoir depuis l’indépendance

# Mozambique Exposed : la violence d’État, un héritage du parti au pouvoir depuis l’indépendance Plus d’un an et demi après la violente contestation électorale
# Mozambique Exposed : la violence d’État, un héritage du parti au pouvoir depuis l’indépendance
Plus d’un an et demi après la violente contestation électorale qui avait secoué le Mozambique fin 2024, l’étau continue de se resserrer autour des opposants politiques. Deux militants d’Anamola, le parti de l’ancien candidat à la présidentielle Venancio Mondlane, ont été assassinés à leur domicile en mai dernier. Les autorités évoquent des « incidents isolés », mais une enquête du consortium coordonné par Forbidden Stories, à laquelle RFI a contribué, suggère une tout autre réalité. Intitulée « Mozambique Exposed », cette investigation en quatre épisodes met en lumière un phénomène systémique : la violence d’État serait un héritage direct du parti au pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1975.
## Un contexte électoral toujours sous tension
Selon des informations rapportées par RFI, les assassinats des deux militants d’Anamola s’inscrivent dans un climat de répression politique qui n’a cessé de s’intensifier depuis la contestation électorale de 2024. Venancio Mondlane, figure montante de l’opposition, avait dénoncé des fraudes massives lors du scrutin présidentiel remporté par le Front de libération du Mozambique (Frelimo), parti au pouvoir depuis l’indépendance. Les manifestations qui avaient suivi avaient été réprimées dans le sang, faisant plusieurs dizaines de morts selon des organisations de défense des droits humains. Les autorités mozambicaines, de leur côté, avaient alors évoqué des « débordements isolés » et rejeté toute responsabilité étatique dans ces violences. Le meurtre récent de deux militants, abattus à leur domicile dans des circonstances qui restent floues, ravive les craintes d’une escalade répressive à l’approche des prochaines échéances électorales locales.
## La violence d’État comme outil de contrôle historique
L’enquête « Mozambique Exposed », coordonnée par Forbidden Stories et à laquelle RFI a contribué, explore les racines historiques de cette violence politique. D’après les travaux des journalistes du consortium, le Frelimo aurait développé, dès les premières années suivant l’indépendance en 1975, une culture de la répression visant à éliminer toute opposition. Des archives déclassifiées et des témoignages d’anciens agents des services de sécurité suggèrent que des unités paramilitaires auraient été utilisées pour neutraliser des figures dissidentes, parfois sous couvert de « luttes contre le crime organisé ». Cette pratique, selon les sources consultées par le consortium, se serait perpétuée au fil des décennies, s’adaptant aux contextes politiques successifs. Le Mozambique, pays d’Afrique australe riche en gaz naturel, aurait ainsi vu se consolider un système où la violence d’État servirait à préserver les intérêts économiques et politiques du parti dominant.
## Des assassinats politiques rarement élucidés
Les deux militants tués en mai dernier ne seraient pas des cas isolés. Selon les données compilées par l’enquête, plusieurs dizaines d’opposants auraient été assassinés depuis 2020 dans des conditions similaires, sans que les enquêtes aboutissent à des condamnations. Les autorités locales invoquent régulièrement des « règlements de comptes entre factions rivales » ou des « crimes crapuleux » pour expliquer ces décès. Cependant, les journalistes de Forbidden Stories et de RFI ont recueilli des témoignages d’anciens membres des forces de sécurité affirmant que certains de ces meurtres auraient été commandités par des responsables politiques locaux. L’impunité dont bénéficient les auteurs présumés de ces actes, selon les organisations de défense des droits humains, témoignerait d’une collusion entre l’appareil d’État et les réseaux criminels utilisés pour éliminer les opposants.
## Un héritage colonial et post-colonial complexe
L’enquête replace également cette violence dans un cadre historique plus large. Le Mozambique, ancienne colonie portugaise, a connu une guerre d’indépendance longue et meurtrière (1964-1974), suivie d’une guerre civile dévastatrice (1977-1992) entre le Frelimo et la Renamo, mouvement rebelle soutenu par l’apartheid sud-africain. Selon les analystes cités par le consortium, la militarisation de l’État et l’utilisation de la violence comme outil politique seraient des séquelles directes de ces conflits. Le Frelimo, qui a conservé le pouvoir sans interruption depuis l’indépendance, aurait intégré ces méthodes dans sa culture politique, les considérant comme légitimes pour préserver l’unité nationale et la stabilité. Les accords de paix de 1992, bien qu’ayant mis fin à la guerre civile, n’auraient pas fondamentalement transformé les pratiques répressives de l’appareil d’État, selon les conclusions de l’enquête.
## Des perspectives incertaines pour l’opposition
Face à cette situation, Venancio Mondlane et son parti Anamola tentent de maintenir une pression sur le gouvernement, tout en appelant à une médiation internationale. Des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch ont condamné les assassinats et réclamé une enquête indépendante. Le gouvernement mozambicain, de son côté, continue de nier toute implication et affirme que les auteurs des meurtres seront traduits en justice. Cependant, l’enquête « Mozambique Exposed » suggère que sans une réforme en profondeur des institutions sécuritaires et judiciaires, la violence politique pourrait continuer de faire partie du paysage mozambicain, héritage d’un demi-siècle de pouvoir sans partage. La communauté internationale, notamment l’Union européenne et les États-Unis, partenaires économiques importants du Mozambique dans le secteur gazier, pourrait être amenée à exercer des pressions pour que ces assassinats ne restent pas impunis.