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Mozambique Exposed: la reprise du projet mené par TotalEnergies dans le Cabo Delgado, entre espoirs et frustrations

Monde · · Par Claire BERNARD

Mozambique Exposed: la reprise du projet mené par TotalEnergies dans le Cabo Delgado, entre espoirs et frustrations

Mozambique : la reprise du projet gazier de TotalEnergies dans le Cabo Delgado, entre espoirs et frustrations Au large de la province de Cabo Delgado, au nord d

Mozambique : la reprise du projet gazier de TotalEnergies dans le Cabo Delgado, entre espoirs et frustrations

Au large de la province de Cabo Delgado, au nord du Mozambique, se trouve l’un des plus importants gisements de gaz naturel au monde. Son exploitation, menée par le consortium international dirigé par le géant français TotalEnergies, a officiellement repris en janvier dernier, après plusieurs années de suspension liées à une dégradation sévère des conditions de sécurité dans la région. Ce redémarrage, s’il suscite de grands espoirs de développement économique parmi les communautés locales, intervient dans un contexte où de nombreux contentieux, notamment fonciers et environnementaux, n’ont toujours pas été résolus. C’est ce que révèle le deuxième épisode de l’enquête « Mozambique Exposed », menée par le consortium de journalistes coordonné par Forbidden Stories, à laquelle RFI a contribué.

Un projet stratégique suspendu par l’insécurité

Le projet Mozambique LNG, porté par TotalEnergies et ses partenaires, représente un investissement estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars. Il vise à exploiter les immenses réserves de gaz naturel situées dans le bassin du Rovuma, au large du Cabo Delgado. Cependant, en 2021, face à l’offensive de groupes djihadistes affiliés à l’État islamique dans la province, TotalEnergies avait déclaré la force majeure et suspendu toutes ses opérations sur le site. Cette décision avait gelé un projet crucial pour l’économie mozambicaine, qui espérait en faire un levier de transformation nationale. Selon des informations rapportées par RFI, la reprise des travaux en janvier 2024 a été rendue possible par un renforcement significatif du dispositif de sécurité, notamment via le déploiement de forces militaires régionales et internationales, mais aussi par la signature d’accords avec les autorités locales.

Des promesses de développement économique contrastées

La reprise du projet suscite des espoirs considérables au sein des populations du Cabo Delgado, une région parmi les plus pauvres du Mozambique. Les autorités locales et nationales mettent en avant les retombées potentielles : création d’emplois directs et indirects, construction d’infrastructures (routes, ports, hôpitaux), et augmentation des recettes fiscales. TotalEnergies, de son côté, a communiqué sur un plan de développement local incluant des programmes de formation professionnelle et de soutien aux petites entreprises. Toutefois, selon l’enquête de Forbidden Stories, ces promesses peinent à se concrétiser sur le terrain. De nombreux habitants, déplacés par les violences ou expropriés pour les besoins du projet, dénoncent un manque de transparence dans l’attribution des compensations et des emplois. Les contentieux fonciers, notamment autour des zones de construction des infrastructures terrestres et du terminal de liquéfaction, restent non résolus, alimentant des frustrations croissantes.

Des contentieux environnementaux et sociaux persistants

Au-delà des questions économiques, le projet Mozambique LNG est également au cœur de vives controverses environnementales et sociales. Des organisations non gouvernementales, citées par RFI, pointent du doigt les impacts potentiels sur les écosystèmes marins et côtiers, notamment sur les zones de pêche artisanale qui font vivre des milliers de familles. Par ailleurs, des associations de défense des droits humains dénoncent les conditions dans lesquelles les populations ont été déplacées, sans consultation préalable adéquate ni réinstallation conforme aux standards internationaux. Selon le consortium d’enquête, plusieurs plaintes ont été déposées auprès de l’OCDE et d’instances financières internationales, sans qu’une issue favorable n’ait été trouvée pour les plaignants. TotalEnergies, interrogé dans le cadre de l’enquête, a réaffirmé son engagement à respecter les normes les plus strictes et à dialoguer avec les communautés.

Un équilibre fragile entre sécurité et développement

La reprise du projet intervient dans un contexte sécuritaire toujours précaire. Si les forces armées mozambicaines, appuyées par des contingents rwandais et de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), ont repris le contrôle de plusieurs zones clés, des attaques sporadiques continuent de viser des villages et des infrastructures. TotalEnergies a mis en place un périmètre de sécurité renforcé autour de ses installations, mais les habitants des zones environnantes restent exposés. L’équilibre est donc fragile entre la nécessité de protéger les investissements et celle de garantir la sécurité des populations locales. L’enquête de Forbidden Stories souligne que la priorisation de la sécurisation du projet pourrait, à terme, exacerber les tensions si les bénéfices économiques ne sont pas équitablement partagés et si les droits des communautés ne sont pas respectés.

Une perspective incertaine

Alors que le projet Mozambique LNG redémarre sur les chapeaux de roues, les regards sont tournés vers la capacité de TotalEnergies et des autorités mozambicaines à concilier développement économique, justice sociale et sécurité. Les promesses de prospérité pour le Cabo Delgado restent conditionnées à la résolution des nombreux contentieux en suspens et à une réelle inclusion des populations locales dans les bénéfices de l’exploitation. Selon les conclusions de l’enquête « Mozambique Exposed », sans une gestion transparente et participative des retombées, le risque de voir les frustrations se muer en nouveaux foyers d’instabilité demeure bien réel. L’avenir de cette région, et peut-être du Mozambique tout entier, se joue en partie dans cet équilibre délicat.