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Mozambique Exposed: au Cabo Delgado, une chape de plomb pèse sur les libertés civiques

Monde · · Par Claire BERNARD

Mozambique Exposed: au Cabo Delgado, une chape de plomb pèse sur les libertés civiques

# Mozambique Exposed : au Cabo Delgado, une chape de plomb pèse sur les libertés civiques Depuis près de dix ans, la région du Cabo Delgado, dans le nord du Moz

# Mozambique Exposed : au Cabo Delgado, une chape de plomb pèse sur les libertés civiques Depuis près de dix ans, la région du Cabo Delgado, dans le nord du Mozambique, est le théâtre d'une violence quasi continue exercée par le groupe armé des shebabs et par les forces de sécurité gouvernementales. Dans ce contexte, très peu d'informations filtrent hors de cette zone septentrionale, les journalistes et les membres de la société civile étant régulièrement victimes de violences et d'intimidations, selon une enquête du consortium coordonné par Forbidden Stories à laquelle RFI a contribué. ## Une région sous emprise ### Un conflit aux multiples facettes Le Cabo Delgado est en proie à une insurrection jihadiste depuis 2017, lorsque le groupe Ansar al-Sunna, localement surnommé "shebabs" — sans lien direct avec le groupe somalien du même nom —, a lancé ses premières attaques. Selon des informations rapportées par RFI dans le cadre de l'enquête "Mozambique Exposed", la violence ne se limite pas aux seuls affrontements entre insurgés et armée régulière. Les populations civiles subissent également les exactions des soldats mozambicains, déployés massivement dans la région pour tenter de reprendre le contrôle du territoire. Ces abus, documentés par plusieurs organisations de défense des droits humains, incluraient des exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées et des actes de torture. ### Un black-out informationnel Dans ce climat de terreur, la circulation de l'information est devenue extrêmement périlleuse. D'après les éléments recueillis par le consortium de journalistes d'investigation, les reporters locaux et internationaux qui tentent de couvrir les événements dans le Cabo Delgado sont confrontés à des obstacles majeurs. Plusieurs d'entre eux auraient été agressés, leurs équipements confisqués, et certains auraient même reçu des menaces de mort. Les autorités mozambicaines, de leur côté, imposent des restrictions sévères à l'accès à la région, rendant quasiment impossible toute enquête indépendante sur le terrain. ## La société civile sous pression ### Des militants réduits au silence Les membres de la société civile ne sont pas épargnés. Selon des sources locales citées par RFI, les défenseurs des droits humains, les activistes et les leaders communautaires qui osent dénoncer les violences commises par l'un ou l'autre camp sont régulièrement pris pour cible. Certains auraient été arrêtés arbitrairement, détenus au secret pendant plusieurs jours, voire contraints à l'exil. Cette répression systématique viserait à dissuader toute forme de contestation ou de témoignage sur la situation réelle dans la province. ### Un climat de peur généralisé L'enquête "Mozambique Exposed" met en lumière un phénomène plus large : l'instauration d'une véritable chape de plomb sur les libertés civiques dans le Cabo Delgado. La peur, omniprésente, empêche les citoyens ordinaires de s'exprimer librement sur les réseaux sociaux ou dans les espaces publics. Les conversations privées elles-mêmes seraient surveillées, selon plusieurs témoignages recueillis par les journalistes du consortium. Cette atmosphère de suspicion et de contrôle social contribuerait à maintenir la population dans un état de soumission et d'impuissance face aux violences qui l'enserrent. ## Les enjeux d'une information verrouillée ### Un silence aux conséquences lourdes Le black-out informationnel autour du Cabo Delgado a des implications graves pour la compréhension du conflit et pour la protection des populations. Sans accès à une information fiable et indépendante, il devient difficile pour la communauté internationale de mesurer l'ampleur des violations des droits humains et d'engager des actions de protection ou de médiation. Les organisations humanitaires, déjà confrontées à des défis logistiques majeurs dans cette région isolée, peinent à obtenir des données précises sur les besoins des déplacés et des communautés affectées. ### Une enquête qui brise le silence Le travail mené par Forbidden Stories et ses partenaires, dont RFI, représente une tentative de briser ce mur de silence. En croisant les sources, en protégeant l'identité des témoins et en utilisant des techniques d'investigation avancées, ces journalistes espèrent apporter un éclairage nouveau sur une situation trop longtemps restée dans l'ombre. Leurs révélations, si elles sont confirmées, pourraient contribuer à mettre la pression sur les autorités mozambicaines et sur les groupes armés pour qu'ils rendent des comptes sur leurs agissements. Alors que le conflit au Cabo Delgado s'enlise et que les souffrances des populations s'aggravent, la question de la liberté de la presse et de la protection des droits civiques dans cette région reste plus que jamais cruciale. L'enquête "Mozambique Exposed" rappelle que, dans les zones de guerre, l'information n'est pas seulement un droit fondamental : elle est aussi un outil de résistance et de survie pour ceux qui refusent de se taire.