Moscou avait subitement coupé le robinet qui alimente cette raffinerie allemande grande comme 1.200 terrains de football: le complexe pétrolier de Schwedt, qui fournit 90% du carburant pour la ville de Berlin, peine encore à se sevrer du brut russe

Trois ans après l’arrêt brutal des livraisons de pétrole russe, la raffinerie de Schwedt, dans l’est de l’Allemagne, n’a toujours pas sécurisé son avenir énergé
Trois ans après l’arrêt brutal des livraisons de pétrole russe, la raffinerie de Schwedt, dans l’est de l’Allemagne, n’a toujours pas sécurisé son avenir énergétique. Ce site industriel, qui s’étend sur une superficie équivalente à 1 200 terrains de football et emploie directement 1 200 personnes, assure à lui seul plus de 90 % de l’approvisionnement en carburant de Berlin et de la région du Brandebourg. Placée sous tutelle des autorités allemandes depuis l’invasion de l’Ukraine, l’installation, détenue en majorité par le géant pétrolier russe Rosneft, doit composer avec un jeu complexe de restrictions européennes, de sanctions américaines et de ripostes de Moscou.
### Un héritage russe difficile à dépasser
Le complexe de PCK Schwedt a longtemps vécu au rythme de l’oléoduc Droujba, dont le nom signifie « Amitié » en russe. Avant le conflit ukrainien, ce pipeline acheminait sans interruption le brut de la Russie vers l’Allemagne, offrant une stabilité que Ralf Schairer, le dirigeant du site, qualifie rétrospectivement de « parfaitement continue ». Entré en fonction un mois seulement avant le début de la guerre en février 2022, ce dernier a dû faire face à un scénario que personne n’avait anticipé : la décision allemande de renoncer volontairement au pétrole russe. Un choix politique majeur qui a transformé la gestion quotidienne de l’usine en un exercice permanent d’adaptation. « Il faut gérer en permanence des surprises, traiter des problèmes et ne pas devenir fou », confie-t-il avec un sourire résigné, résumant la complexité d’une situation où chaque approvisionnement alternatif doit être négocié, transporté et raffiné dans des conditions économiques tendues.
### Des alternatives complexes et coûteuses
La substitution du brut russe ne s’est pas faite sans heurts. Le site de Schwedt a dû se tourner vers d’autres sources d’approvisionnement, notamment via les ports de la mer Baltique, une logistique plus coûteuse et moins directe que l’ancien pipeline. Les sanctions américaines visant certains acteurs russes et les restrictions européennes imposées au groupe Rosneft, pourtant actionnaire majoritaire, compliquent encore davantage l’équation. La tutelle allemande, mise en place pour garantir la continuité d’exploitation, permet au site de fonctionner, mais ne résout pas la question fondamentale de sa pérennité à long terme. Les observateurs notent que l’installation, stratégique pour la sécurité énergétique de l’est du pays, reste tributaire de décisions géopolitiques qui échappent largement aux considérations industrielles. La visite organisée en août pour la presse internationale, dont l’AFP, a permis de constater l’état opérationnel du complexe, mais aussi de mesurer l’ampleur des défis logistiques et financiers qui persistent.
### Un avenir sous haute tension
Pour les six millions d’habitants de Berlin et du Brandebourg, la raffinerie de Schwedt demeure un maillon essentiel de la vie quotidienne, fournissant essence, kérosène, diesel et fioul. La crainte d’une panne sèche, bien que écartée pour l’instant, n’a pas totalement disparu des esprits. Les dirigeants du site explorent des pistes de diversification, notamment vers des bruts non russes et des investissements dans des énergies plus propres, mais ces projets s’inscrivent dans un calendrier de long terme. En attendant, chaque semaine apporte son lot de nouvelles contraintes, qu’elles soient réglementaires ou commerciales. La guerre en Ukraine, qui a bouleversé les équilibres énergétiques européens, continue d’imposer sa réalité à ce site industriel emblématique, symbole d’une dépendance passée que l’Allemagne tente de solder, non sans difficultés. La question reste ouverte de savoir si Schwedt parviendra à trouver un modèle économique stable dans un environnement où la sécurité d’approvisionnement prime désormais sur la rentabilité immédiate.