Moins de temps pour une pause-café, journées plus intenses, trop peu d'espaces de dialogue dans les entreprises... Il y a de plus en plus d'enquêtes pour harcèlement au travail

## La hausse des signalements pour harcèlement au travail, symptôme d’un dialogue en panne Les signalements pour harcèlement au travail connaissent une forte pr
## La hausse des signalements pour harcèlement au travail, symptôme d’un dialogue en panne
Les signalements pour harcèlement au travail connaissent une forte progression en France, selon un sondage réalisé auprès de professionnels chargés de traiter ces situations. Une majorité d’entre eux observe une hausse comprise entre +20 % et +100 % depuis quatre ans. Un phénomène qui, selon les spécialistes, traduit moins une explosion du harcèlement lui-même qu’une remontée plus fréquente de situations problématiques jusque-là tues.
## Des signalements en forte hausse depuis quatre ans
L’enquête, réalisée pour le cabinet Reversens, spécialisé dans les enquêtes pour harcèlement, a interrogé des professionnels directement confrontés à ces dossiers : DRH, juristes sociaux, référents harcèlement, enquêteurs internes, cabinets externes, psychologues du travail, élus et membres du CSE. Leur constat converge : les signalements se multiplient. Parmi les situations remontées figurent des conflits managériaux ou interpersonnels, de la violence verbale ou des menaces, du harcèlement moral, des agissements sexistes ou discriminatoires, du cyberharcèlement ou encore du harcèlement sexuel.
Les répondants estiment que les signalements mettant en cause les managers de proximité et les collègues de travail augmentent le plus fortement. « Ces données suggèrent une hausse des tensions spécifiques aux relations de travail du quotidien », analysent les auteurs de l’étude. Cette tendance est jugée cohérente avec la progression des signalements anonymes, l’anonymat pouvant être perçu comme plus protecteur lorsqu’il s’agit de mettre en cause son environnement de travail immédiat.
## La raréfaction des espaces de dialogue pointée du doigt
Pour expliquer ce phénomène, Jean-Christophe Villette, psychologue du travail et directeur du cabinet Ekilibre, met en relation cette hausse avec deux évolutions convergentes : la raréfaction des espaces de dialogue dans les entreprises et l’intensification du travail. Moins de temps pour une pause-café, des journées plus denses, des échanges informels qui disparaissent : autant de facteurs qui, selon lui, favorisent l’explosion des conflits.
L’analyse rejoint celle des auteurs de l’étude Reversens, qui soulignent la dimension « quotidienne » et « de proximité » des tensions remontées. Autrement dit, ce ne sont pas nécessairement les situations les plus spectaculaires qui progressent, mais bien les frictions ordinaires du travail qui, faute d’être traitées à temps, dégénèrent.
## Un indicateur à interpréter avec prudence
La hausse des signalements ne signifie pas mécaniquement que le harcèlement augmente dans les entreprises. Elle peut aussi refléter une meilleure connaissance des dispositifs, une libération de la parole ou une vigilance accrue des instances représentatives. Les auteurs du sondage le reconnaissent : les situations problématiques sont surtout « plus souvent remontées ».
Reste que l’ampleur de la progression — jusqu’à doubler dans certains cas — interroge sur la capacité des organisations à traiter ces alertes. L’enjeu, pour les entreprises, ne se limite donc pas à comptabiliser les signalements : il s’agit aussi de reconstituer des espaces de dialogue et de prévention, sans lesquels les enquêtes risquent de devenir la seule voie d’expression des tensions.