Missiles de croisière, planeurs hypersoniques, portée de plus de 2000 kilomètres... Le plan à 12 milliards de l’Allemagne pour dissuader la Russie

Le chancelier allemand Friedrich Merz s’apprête à franchir une étape décisive dans la modernisation de la Bundeswehr. Selon des informations rapportées par le m
Le chancelier allemand Friedrich Merz s’apprête à franchir une étape décisive dans la modernisation de la Bundeswehr. Selon des informations rapportées par le média américain Politico, Berlin plancherait sur un programme de missiles d’un montant de 12 milliards d’euros, destiné à doter l’armée allemande d’une capacité de frappe à longue portée face à la menace russe. Ce projet, qualifié de priorité absolue tant pour l’Allemagne que pour l’Otan, s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes aux frontières orientales de l’Alliance atlantique.
### Un arsenal conçu pour frapper loin dans l’arrière-pays adverse
D’après les documents secret défense consultés par Politico, le programme inclurait des missiles de croisière ainsi que des planeurs hypersoniques, dont la portée dépasserait les 2 000 kilomètres. Cette capacité permettrait à l’armée allemande de viser des cibles situées « loin dans l’arrière-pays de l’adversaire », une capacité dont la Bundeswehr ne dispose plus depuis la fin de la Guerre froide. Le projet, qui impliquerait le ministère allemand de la Défense, viserait explicitement à dissuader la Russie de Vladimir Poutine d’engager une action militaire contre les États membres de l’Otan.
Le calendrier de ce réarmement s’inscrit dans un contexte d’alertes répétées émanant des responsables militaires européens. Plusieurs d’entre eux évoquent, en effet, le risque d’une guerre ouverte au cœur du continent avant la fin de la décennie. La France, notamment, prévient dans sa Revue nationale stratégique que la Russie constitue la « principale menace » pour les Européens « d’ici 2030 ». Cette position française rejoint celle de nombreux pays de l’Alliance, qui appellent à un renforcement significatif des capacités de dissuasion conventionnelle.
### Un programme qui interroge les équilibres stratégiques européens
Le choix de Berlin de se doter d’un tel arsenal ne manque pas de soulever des questions parmi les observateurs du réarmement allemand. Certains analystes s’interrogent, en effet, sur les implications d’une telle acquisition pour l’équilibre des forces au sein de l’Otan, alors que la dissuasion nucléaire élargie repose traditionnellement sur les capacités américaines et, dans une moindre mesure, françaises et britanniques. L’Allemagne, qui avait renoncé depuis plusieurs décennies à toute capacité de frappe à longue portée, semble ainsi vouloir jouer un rôle plus affirmé dans la défense européenne.
Ce projet s’inscrit par ailleurs dans un mouvement plus large de hausse des budgets militaires européens. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, de nombreux pays membres de l’Otan ont en effet revu à la hausse leurs dépenses de défense, avec pour objectif affiché d’atteindre, voire de dépasser, le seuil de 2 % du PIB recommandé par l’Alliance. L’Allemagne, qui a longtemps été critiquée pour son sous-investissement militaire, a annoncé dès 2022 un plan d’investissement exceptionnel de 100 milliards d’euros pour moderniser sa Bundeswehr.
### Des implications budgétaires et industrielles majeures
Le programme de 12 milliards d’euros ne représenterait qu’une partie de cet effort global. Selon les informations de Politico, il s’agirait d’un projet prioritaire, dont les modalités précises resteraient encore à définir. Les industriels allemands du secteur de la défense, tels que Rheinmetall ou Hensoldt, pourraient être appelés à jouer un rôle central dans le développement et la production de ces nouveaux systèmes d’armes. Des coopérations avec d’autres pays européens, notamment la France et l’Italie, ne sont par ailleurs pas exclues, dans le cadre de projets communs déjà engagés au niveau européen.
Ce programme intervient également dans un contexte de réflexion plus large sur l’autonomie stratégique européenne. Alors que les États-Unis réorientent une partie de leurs priorités militaires vers l’Indo-Pacifique, les Européens sont en effet de plus en plus nombreux à plaider pour un renforcement de leurs propres capacités de défense. L’Allemagne, en se dotant de missiles à longue portée, enverrait un signal fort quant à sa volonté de peser davantage dans les équilibres stratégiques du continent, tout en répondant aux attentes de ses alliés de l’Otan.