Migrants expulsés vers l'Afrique: plongée dans la mécanique de l’administration Trump

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les États-Unis ont expulsé plus de 25 000 personnes vers des pays tiers avec lesquels elles n’entretiennen
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les États-Unis ont expulsé plus de 25 000 personnes vers des pays tiers avec lesquels elles n’entretiennent souvent aucun lien, parfois situés sur un continent différent du leur. Selon une enquête menée pendant six mois par RFI, au sein d’un consortium de 24 médias internationaux coordonné par Forbidden Stories, plusieurs centaines de ces expulsés ont été envoyées vers l’Afrique. Au moins douze pays africains accueilleraient aujourd’hui ces personnes, selon les informations rapportées par le média public français.
## Une mécanique de renvoi vers des pays tiers
D’après les éléments documentés par cette enquête, le dispositif mis en place par l’administration américaine consiste à envoyer des migrants vers des États avec lesquels ils n’ont pas de rattachement préalable. Le consortium cite notamment des Vietnamiens transférés en Eswatini, des Colombiens en République démocratique du Congo ou encore des Guinéens au Ghana. Ces transferts s’effectueraient souvent sans que les intéressés aient pu contester leur destination, ni bénéficier d’une procédure judiciaire dans le pays d’accueil. Cette pratique, qui contournerait les obstacles diplomatiques rencontrés par Washington pour rapatrier directement certaines personnes dans leur pays d’origine, semblerait s’être intensifiée depuis le début du second mandat de Donald Trump.
## Des situations juridiques précaires sur le continent africain
Une fois sur le sol africain, les conditions de prise en charge varieraient fortement d’un pays à l’autre. Selon l’enquête de RFI et de ses partenaires, certaines personnes expulsées seraient emprisonnées sans décision de justice, tandis que d’autres resteraient bloquées sans véritable statut ni perspective de régularisation. Ces situations poseraient des questions de droit international, notamment au regard des conventions relatives aux réfugiés et aux droits fondamentaux. Le consortium souligne également que, dans plusieurs cas documentés, le pays tiers ne constituerait qu’une étape vers un renvoi dans le pays d’origine, que les États-Unis ne pouvaient pas effectuer directement.
## Un système difficile à mesurer
L’ampleur exacte de ce dispositif reste difficile à établir. Le chiffre de 25 000 expulsions vers des pays tiers, avancé par l’enquête, pourrait ne refléter qu’une partie du phénomène, d’autant plus que les autorités américaines ne publieraient pas de données détaillées sur ces transferts. Par ailleurs, les pays africains concernés n’ont pas tous communiqué sur les conditions d’accueil de ces personnes. Cette opacité rendrait complexe toute évaluation indépendante du respect des garanties procédurales. Toutefois, la coordination de 24 médias internationaux autour de ce sujet témoigne de l’intérêt croissant pour une pratique qui interroge les équilibres diplomatiques entre Washington et plusieurs capitales africaines.
## Un précédent qui interroge les relations internationales
Ce mécanisme s’inscrirait dans une tendance plus large de sous-traitance des politiques migratoires, déjà observée dans d’autres contextes. Il poserait la question de la responsabilité des États impliqués et de la protection des personnes transférées. À ce stade, aucune réaction officielle des gouvernements africains concernés n’a été rendue publique dans les éléments rapportés par RFI. L’évolution de ces pratiques dépendra probablement des recours juridiques engagés et de la pression exercée par les organisations internationales.