Michel Fayad : « L’affaiblissement de l’Iran ne fait pas disparaître la menace islamiste, il la libère »

Michel Fayad : « L’affaiblissement de l’Iran ne fait pas disparaître la menace islamiste, il la libère » Dans un entretien accordé au Figaro le 10 juillet 2026,
Michel Fayad : « L’affaiblissement de l’Iran ne fait pas disparaître la menace islamiste, il la libère »
Dans un entretien accordé au Figaro le 10 juillet 2026, l’analyste en géopolitique Michel Fayad livre une analyse tranchante des conséquences de la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Alors que le protocole d’accord signé à Versailles à la mi-juin a volé en éclats en trois semaines, Fayad estime que la menace islamiste, loin de s’éteindre avec l’affaiblissement de Téhéran, se réinvente aux portes de l’Occident. Il publie Après la guerre ? La menace à nos portes (Fayard).
Un régime iranien décapité mais toujours debout
Selon les informations rapportées par Michel Fayad, les frappes américano-israéliennes du 28 février 2026 ont porté un coup d’une rare violence à la République islamique. Dès les premières heures, les États-Unis et Israël ont éliminé le Guide suprême Ali Khamenei, le chef du Conseil de défense Ali Shamkhani, le ministre de la Défense, le chef de l’armée ainsi que le commandant des Gardiens de la Révolution, Mohammad Pakpour. Les capacités militaires iraniennes ont été gravement endommagées et l’économie se trouve aujourd’hui exsangue.
Pourtant, et c’est là le point central de l’analyse de Fayad, la République islamique a survécu. « Les Gardiens de la Révolution sont toujours en place », affirme-t-il. Loin de constituer une victoire définitive, l’élimination des principaux dirigeants iraniens aurait, selon lui, ouvert une boîte de Pandore. L’affaiblissement de l’État iranien ne signifierait pas la fin de l’islamisme, mais au contraire sa libération des contraintes étatiques.
Une menace qui se réinvente aux portes de l’Occident
Pour Michel Fayad, le scénario qui se dessine est celui d’une prolifération des mouvements islamistes, désormais affranchis du contrôle centralisé qu’exerçait Téhéran. « L’affaiblissement de l’Iran ne fait pas disparaître la menace islamiste, il la libère », résume-t-il. Les Gardiens de la Révolution, bien que décapités, conserveraient des réseaux et des capacités de nuisance qui pourraient se fragmenter et se déployer de manière incontrôlée.
L’analyste en sciences politiques souligne que la menace, loin de se limiter au Moyen-Orient, se rapprocherait des portes de l’Europe. Les filières jihadistes, les cellules dormantes et les relais idéologiques pourraient bénéficier du chaos iranien pour se réorganiser. Fayad évoque également la possibilité que des armes ou des technologies sensibles, autrefois sous le contrôle strict des Gardiens, tombent entre les mains de groupes non étatiques, rendant la menace à la fois plus diffuse et plus imprévisible.
Un accord de paix en trompe-l’œil
Le protocole d’accord signé à Versailles à la mi-juin 2026, censé sceller une sortie de conflit, n’aura tenu que trois semaines. Michel Fayad en tire un bilan sévère : « Les grandes puissances ont cru pouvoir négocier avec un régime en décomposition, mais elles ont sous-estimé la capacité de résilience des réseaux islamistes. » L’accord, selon lui, n’a fait que masquer temporairement une réalité bien plus complexe : celle d’une menace qui se recompose dans l’ombre, sans chef ni territoire fixe.
L’analyste met en garde contre une illusion de sécurité qui pourrait conduire les Occidentaux à baisser leur garde. « On a éliminé les têtes, mais le corps continue de bouger », prévient-il. La guerre contre l’Iran, aussi décisive ait-elle pu paraître militairement, n’aurait ainsi fait que transformer la nature de la menace islamiste, la rendant plus protéiforme et plus difficile à contrer.
Une recomposition des équilibres régionaux
Au-delà de la menace immédiate, Michel Fayad envisage une recomposition profonde des équilibres au Moyen-Orient. L’Iran affaibli laisserait un vide que d’autres acteurs, comme la Turquie ou certaines monarchies du Golfe, pourraient tenter de combler. Mais ce vide serait également propice à l’émergence de nouveaux foyers de tension, notamment dans les zones frontalières entre l’Iran, l’Irak et l’Afghanistan.
L’analyste insiste sur le fait que l’islamisme, en tant qu’idéologie, ne dépend pas uniquement d’un État pour survivre. « Il s’est toujours nourri des crises, des humiliations et des effondrements étatiques », rappelle-t-il. La chute de l’Iran, loin d’être une victoire définitive, pourrait ainsi marquer le début d’une nouvelle phase, plus chaotique et plus dangereuse, de la lutte contre le terrorisme islamiste.
Une vigilance accrue nécessaire
En conclusion, Michel Fayad appelle les gouvernements occidentaux à ne pas considérer la guerre comme terminée. « Le conflit militaire a peut-être pris fin, mais la guerre idéologique, elle, ne fait que commencer », estime-t-il. La menace islamiste, désormais libérée du carcan étatique iranien, pourrait se manifester sous des formes inédites, nécessitant une adaptation des stratégies de renseignement et de contre-terrorisme.
L’analyste invite ainsi à une réflexion de fond sur les moyens de prévenir une nouvelle vague de violences, alors que les réseaux jihadistes pourraient tenter de capitaliser sur le chaos iranien pour recruter et frapper à nouveau. Une perspective qui, selon lui, devrait inciter à la plus grande prudence, tant au Proche-Orient qu’aux portes de l’Europe.