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Mexique : Claudia Sheinbaum veut retirer le nom de Cortés d’un col de montagne

Culture · · Par Emma ROUSSEAU

Mexique : Claudia Sheinbaum veut retirer le nom de Cortés d’un col de montagne

Mexique : Claudia Sheinbaum veut renommer le « Paso de Cortés » en hommage aux peuples indigènes La présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, a proposé dimanche

Mexique : Claudia Sheinbaum veut renommer le « Paso de Cortés » en hommage aux peuples indigènes

La présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, a proposé dimanche de rebaptiser le célèbre col de montagne « Paso de Cortés », situé entre les volcans Popocatépetl et Iztaccíhuatl, pour le nommer « Paso de los Pueblos Indígenas » (col des Peuples indigènes). Cette annonce, faite lors d’un événement organisé sur les lieux mêmes, s’inscrit dans une volonté gouvernementale de réhabilitation du passé indigène du pays et de distanciation avec l’héritage colonial espagnol.

Une initiative symbolique au cœur de la sierra

Le « Paso de Cortés » est un passage montagneux emblématique du centre du Mexique, niché entre deux des plus hauts sommets du pays. Au XVIe siècle, le conquistador espagnol Hernán Cortés (1485-1547) l’avait emprunté avant de mener la conquête de Tenochtitlán, capitale de l’Empire aztèque, ce qui lui valut son nom actuel. Lors de son discours, Claudia Sheinbaum a justifié cette proposition en affirmant : « Aujourd’hui, je vous propose que nous cessions d’appeler cet endroit "Paso de Cortés" car des peuples y sont passés bien avant (lui). » Elle a ajouté : « Appelons ce col le "Paso de los Pueblos Indígenas" », une formule qui résonne comme un acte de mémoire et de reconnaissance.

Cette démarche s’inscrit dans la continuité des politiques menées par le précédent gouvernement d’Andrés Manuel López Obrador (2018-2024), qui avait déjà œuvré pour valoriser l’héritage autochtone du Mexique. En 2019, l’ancien président avait d’ailleurs adressé une lettre à l’Espagne pour exiger de la Couronne des excuses officielles pour les violences commises lors de la colonisation. La proposition actuelle de Claudia Sheinbaum constitue donc une nouvelle étape dans ce processus de réappropriation historique, bien que sa portée reste essentiellement symbolique.

Un précédent dans la capitale : l’Arbre de la nuit victorieuse

Ce n’est pas la première fois que Claudia Sheinbaum s’engage sur ce terrain. Lorsqu’elle était maire de Mexico, elle avait milité pour rebaptiser un vieux cyprès emblématique de la capitale, connu sous le nom d’« Arbre de la nuit triste ». Selon la légende, c’est près de cet arbre que Hernán Cortés aurait pleuré après avoir subi une défaite face aux Aztèques. Le lieu a depuis été renommé « Arbre de la nuit victorieuse », une modification qui avait suscité un vif débat parmi les historiens et la population. Ce précédent montre que la présidente mexicaine aborde ces questions avec une conviction constante, en cherchant à transformer les symboles de la défaite indigène en marqueurs de fierté et de résilience.

La décision concernant le « Paso de Cortés » devra toutefois être officialisée par les instances compétentes, et pourrait faire l’objet de discussions au sein des communautés locales et des autorités culturelles. Si elle aboutit, elle marquerait un tournant dans la manière dont le Mexique contemporain choisit de nommer et de se représenter ses paysages historiques.

Un débat mémoriel plus large

Au-delà du simple changement de nom, cette initiative ravive un débat plus large sur la mémoire coloniale en Amérique latine. Plusieurs pays de la région ont entrepris, ces dernières années, de réviser les hommages rendus aux figures de la conquête espagnole, au profit d’une reconnaissance accrue des civilisations précolombiennes. Le Mexique, berceau des cultures aztèque, maya et zapotèque, apparaît comme un acteur central de cette dynamique. La proposition de Claudia Sheinbaum, si elle se concrétise, pourrait inspirer d’autres révisions toponymiques à travers le territoire national, où de nombreux lieux portent encore les noms des conquistadors et de leurs alliés.

Cette démarche soulève également des questions sur la manière de concilier patrimoine historique et justice mémorielle. Si certains y voient une nécessaire réparation symbolique, d’autres pourraient craindre une forme d’effacement de l’histoire. Le débat, déjà vif dans les cercles académiques et politiques, ne fait probablement que commencer.