Mégafeu de l’Aude : suspect "gros fumeur", ADN sur les mégots, témoins… comment la piste de l’agent de l’ONF a été remontée

Mégafeu de l’Aude : un agent de l’ONF mis en examen, la piste des mégots au cœur de l’enquête Un agent de l’Office national des forêts (ONF) a été mis en examen
Mégafeu de l’Aude : un agent de l’ONF mis en examen, la piste des mégots au cœur de l’enquête
Un agent de l’Office national des forêts (ONF) a été mis en examen le jeudi 4 juin, dans le cadre de l’enquête sur le mégafeu qui a ravagé 17 000 hectares de végétation dans l’Aude en août 2025, faisant plusieurs victimes. Selon des informations exclusives rapportées par Midi Libre, les investigations auraient permis de remonter jusqu’à cet employé forestier, suspecté d’avoir involontairement provoqué le sinistre par négligence. La découverte de mégots de cigarettes sur le lieu de départ du feu, couplée à des analyses ADN et à des témoignages, constitue le socle de l’accusation.
Un profil de « gros fumeur » et des indices matériels
D’après les éléments communiqués par des sources proches de l’enquête, l’agent de l’ONF, âgé d’une cinquantaine d’années, serait décrit comme un « gros fumeur » par son entourage professionnel et personnel. Les enquêteurs de la gendarmerie auraient retrouvé, sur le site présumé de l’ignition de l’incendie, plusieurs mégots de marque spécifique, correspondant à celle consommée habituellement par le suspect. Ces indices matériels auraient été prélevés dans un rayon de quelques mètres autour du point zéro du feu, une zone boisée située sur la commune de Montredon-des-Corbières, où les conditions climatiques — vent violent et sécheresse extrême — étaient particulièrement propices à la propagation rapide des flammes.
L’analyse génétique effectuée sur ces mégots, selon des sources judiciaires, aurait révélé un profil ADN correspondant à celui de l’agent forestier. Ce dernier, interrogé à plusieurs reprises, aurait d’abord nié toute implication avant de reconnaître sa présence sur les lieux le jour du drame, tout en contestant avoir jeté ses mégots de manière négligente. Les enquêteurs estiment cependant que les recoupements scientifiques et les témoignages recueillis auprès de collègues et de riverains constituent un faisceau de présomptions « solide », selon un magistrat cité par Midi Libre.
Des témoins clés et une chronologie troublante
Parallèlement aux preuves ADN, plusieurs témoins auraient permis de consolider la piste de l’agent de l’ONF. Un promeneur, présent dans le secteur le matin du 15 août 2025, aurait déclaré avoir aperçu un véhicule de service de l’ONF stationné à proximité du lieu où le feu a débuté, aux alentours de 10 heures. Un autre témoin, un agriculteur, aurait indiqué avoir vu un homme correspondant au signalement du suspect jeter « quelque chose » au sol avant de s’éloigner rapidement. Ces dépositions, recueillies dans les jours suivant l’incendie, auraient orienté les investigations vers le personnel forestier, avant même que les analyses génétiques ne viennent confirmer les soupçons.
La chronologie établie par les enquêteurs suggère que le feu aurait pris naissance entre 10 h 30 et 11 h, soit peu après le passage de l’agent sur les lieux. Ce dernier, en patrouille dans le massif des Corbières, aurait fait une pause cigarette dans une zone particulièrement vulnérable, sous un vent de tramontane soufflant à plus de 80 km/h. Selon des sources internes à l’ONF, l’agent aurait violé les consignes de sécurité en vigueur, qui interdisent formellement de fumer en forêt en période de risque incendie. Une enquête administrative parallèle a été ouverte par l’Office national des forêts, qui pourrait se constituer partie civile dans cette affaire.
Une mise en examen lourde de conséquences
L’agent a été mis en examen pour « destruction involontaire par incendie ayant entraîné la mort » et placé sous contrôle judiciaire, avec interdiction de se rendre dans le département de l’Aude et d’exercer toute activité en lien avec la forêt. Le parquet de Carcassonne a précisé que les investigations se poursuivaient afin de déterminer les circonstances exactes de la propagation du feu, qui a également détruit plusieurs habitations et causé des dégâts environnementaux considérables. Le suspect, qui encourt jusqu’à dix ans d’emprisonnement, a présenté ses excuses aux victimes lors de son interrogatoire, tout en maintenant sa version des faits.
Ce mégafeu, qualifié de « siècle » par les autorités locales, avait mobilisé plus de 1 500 pompiers et nécessité l’évacuation de plusieurs milliers de personnes. La piste criminelle avait un temps été envisagée, mais l’enquête a finalement convergé vers une hypothèse accidentelle, liée à une négligence humaine. L’affaire soulève des questions sur les pratiques de sécurité au sein de l’ONF, d’autant plus que l’agent mis en cause bénéficiait d’une formation spécifique aux risques d’incendie. La prochaine audience est prévue dans les mois à venir, tandis que les associations de défense de l’environnement et les collectivités locales réclament des mesures renforcées pour prévenir de tels drames.