Malgré un taux de remplissage des trains de seulement 45% et des pertes qui s'accumulent, la maison mère de Trenitalia estime que le lancement en France est une "véritable réussite"

L’opérateur italien Trenitalia, qui a fait une entrée remarquée sur le marché français des trains à grande vitesse fin 2021, affiche des performances financière
L’opérateur italien Trenitalia, qui a fait une entrée remarquée sur le marché français des trains à grande vitesse fin 2021, affiche des performances financières encore fragiles. Avec un taux de remplissage moyen de seulement 45 % et des pertes qui s’accumulent, la maison mère estime pourtant que ce lancement constitue une "véritable réussite". Ce paradoxe apparent soulève des questions sur la stratégie à long terme de l’entreprise, qui mise sur la croissance du trafic affaires et l’augmentation des fréquences pour atteindre l’équilibre.
Un bilan contrasté entre ambitions et réalités
Selon les informations rapportées par BFM Business, la filiale française de Trenitalia, opérée sous la marque FS International, a commencé à circuler sur la ligne Paris-Lyon-Milan en décembre 2021, avant d’étendre son offre à la liaison Paris-Marseille en 2023. Actuellement, l’opérateur propose 14 allers-retours quotidiens sur l’axe Paris-Lyon et quatre rotations par jour entre Paris et Marseille. Malgré cette couverture significative, le taux de remplissage moyen toutes lignes confondues n’atteint que 45 %, un niveau jugé insuffisant par Luigi Corradi, patron de FS International, qui a reconnu dans le média spécialisé Rail Journal : "Est-ce suffisant ? Non".
Ce chiffre est d’autant plus préoccupant que la rentabilité d’un TGV, chez SNCF Voyageurs, nécessite un taux de remplissage d’environ 75 %. Les périodes creuses, notamment en hiver, pèsent lourdement sur les résultats, avec un remplissage descendant à 50 % sur le Paris-Marseille, selon Fabrice Toledano, directeur marketing de Trenitalia France, interrogé par France Inter. En revanche, les périodes de pointe atteignent 80 %, ce qui montre une forte saisonnalité de la demande.
Une stratégie axée sur la clientèle affaires et les fréquences
Pour inverser la tendance, Trenitalia mise sur deux leviers principaux : la conquête de la clientèle affaires et l’augmentation des fréquences. Le segment des voyageurs d’affaires, souvent plus rémunérateur et moins sensible aux variations saisonnières, est une cible prioritaire. L’opérateur espère ainsi améliorer son taux de remplissage moyen et réduire les pertes accumulées depuis le lancement. Par ailleurs, l’arrivée prochaine de Trenitalia dans le tunnel sous la Manche, évoquée par Luigi Corradi, pourrait ouvrir de nouvelles perspectives de croissance, notamment sur la liaison Londres-Paris, un axe très concurrentiel.
Cependant, ces ambitions se heurtent à un déficit de notoriété persistant. Malgré une présence de plus de deux ans en France, Trenitalia reste moins connu que la SNCF, ce qui limite son attractivité auprès des voyageurs. Les investissements substantiels nécessaires pour développer le réseau et améliorer la communication commerciale pèsent également sur les comptes.
Un optimisme prudent face aux défis structurels
Luigi Corradi décrit l’entrée sur le marché français comme "une véritable réussite pour FS, compte tenu des défis importants rencontrés et des investissements substantiels nécessaires". Cette déclaration, rapportée par Rail Journal, reflète une vision à long terme où la priorité est donnée à l’installation durable plutôt qu’à la rentabilité immédiate. Le groupe italien, via sa maison mère FS, dispose de moyens financiers conséquents pour soutenir cette phase de lancement, mais les analystes restent prudents.
Le marché français du TGV est déjà très concurrentiel, avec des acteurs comme la SNCF et l’espagnol Renfe, qui a également fait son entrée. Pour atteindre l’équilibre, Trenitalia devra non seulement augmenter son taux de remplissage de près de 30 points, mais aussi optimiser ses coûts d’exploitation. Les prochains mois seront décisifs pour évaluer si la stratégie de montée en puissance des fréquences et de ciblage de la clientèle affaires portera ses fruits, ou si les pertes accumulées contraindront l’opérateur à revoir ses ambitions à la baisse.