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Malgré la concurrence, les Espagnols prennent moins les trains à grande vitesse: la compagnie nationale Renfe creuse ses pertes au premier semestre

Economie · · Par Julie MOREAU

Malgré la concurrence, les Espagnols prennent moins les trains à grande vitesse: la compagnie nationale Renfe creuse ses pertes au premier semestre

## Renfe : la grande vitesse espagnole en panne de rentabilité La Renfe, opérateur ferroviaire public espagnol, a enregistré une perte nette de 111 millions d'e

## Renfe : la grande vitesse espagnole en panne de rentabilité La Renfe, opérateur ferroviaire public espagnol, a enregistré une perte nette de 111 millions d'euros au premier semestre 2024, en hausse de 36 % sur un an. Un résultat qui contraste nettement avec les performances de la SNCF, laquelle affiche sur la même période un bénéfice net de 1,2 milliard d'euros. Derrière cet écart, un phénomène contre-intuitif : malgré l'ouverture à la concurrence, les Espagnols empruntent moins les trains à grande vitesse. ## Une chute de fréquentation inédite Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En Espagne, le trafic voyageurs sur les lignes à grande vitesse recule de 13,1 % (mesuré en passagers-kilomètre) au premier semestre, selon les données relayées par BFM Business. Les recettes de la grande vitesse chutent dans le même temps de 12 %, tombant à 609 millions d'euros, contre environ 690 millions un an plus tôt. Cette contraction survient alors même que le marché espagnol s'est ouvert à la concurrence, avec l'arrivée d'opérateurs privés comme Iryo et Ouigo aux côtés de la Renfe. Une situation paradoxale : là où la libéralisation devait stimuler la demande, elle semble pour l'instant ne pas suffire à compenser les vents contraires. Le contraste avec la France est frappant. La SNCF, portée par le succès commercial de ses TGV, enchaîne les résultats records. En Italie, la situation est également morose : Trenitalia affiche 200 millions d'euros de pertes nettes, plombée par ses activités internationales, et le nombre de passagers sur ses lignes à grande vitesse recule de 0,6 %. Le retour en grâce du rail en Europe demeure donc une réalité très inégalement répartie. ## Des incidents techniques en série La baisse du trafic espagnol s'explique d'abord par une accumulation d'incidents qui ont durablement perturbé le réseau. L'accident d'Adamuz a entraîné la fermeture des liaisons entre Madrid et l'Andalousie pendant un mois entier. À cela s'ajoute l'effondrement d'un mur à Álora, qui a prolongé les perturbations sur la ligne de Malaga jusqu'en avril. Enfin, des limitations de vitesse ont été imposées sur le corridor à grande vitesse de Barcelone en raison des déboires techniques du nouveau train Avril, dont plusieurs exemplaires ont été retirés du service. Ces événements à répétition ont un effet direct sur la confiance des voyageurs. La fiabilité, argument central du train face à l'avion et à la voiture, se trouve fragilisée. Au deuxième trimestre seul, le nombre de passagers a chuté de 13 % sur l'axe Madrid-Barcelone, l'un des plus fréquentés du pays. ## Un modèle sous pression La situation de la Renfe illustre les limites d'un modèle où l'ouverture à la concurrence ne garantit ni la croissance du trafic ni l'équilibre financier. L'opérateur public espagnol doit simultanément absorber le coût des incidents, maintenir un niveau de service élevé et affronter des rivaux privés sur ses lignes les plus rentables. Le déficit de 111 millions d'euros, en aggravation de 36 %, témoigne de la difficulté à trouver cet équilibre. Pour l'Espagne, l'enjeu dépasse la seule question comptable. Le pays a massivement investi dans son réseau à grande vitesse, le deuxième plus étendu au monde derrière la Chine. Si la fréquentation continue de reculer, la rentabilité de ces infrastructures, financées en grande partie par l'argent public, pourrait devenir un sujet politique sensible. La Renfe devra restaurer la confiance des voyageurs avant de pouvoir espérer inverser la tendance.