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Madagascar: l'Assemblée nationale lève l'immunité du députe Antoine Rajerison

Monde · · Par Claire BERNARD

Madagascar: l'Assemblée nationale lève l'immunité du députe Antoine Rajerison

Madagascar : l'Assemblée nationale lève l'immunité du député Antoine Rajerison, figure de la contestation À Madagascar, l’Assemblée nationale a voté, ce mercred

Madagascar : l'Assemblée nationale lève l'immunité du député Antoine Rajerison, figure de la contestation

À Madagascar, l’Assemblée nationale a voté, ce mercredi 14 juin 2023, la levée de l’immunité parlementaire du député Antoine Rajerison. Cette décision judiciaire, rapportée par RFI, ouvre la voie à des poursuites pénales contre cet élu, figure de proue du mouvement de contestation « Gen Z » qui avait secoué le pays en octobre dernier. Antoine Rajerison, connu pour ses positions critiques envers le pouvoir en place, avait récemment saisi la Haute Cour constitutionnelle pour demander la destitution du président de la République, Andry Rajoelina.

Un vote aux implications politiques majeures

La levée d’immunité, adoptée à une large majorité par les députés présents, constitue un précédent notable dans le paysage politique malgache. Selon des sources parlementaires citées par RFI, la demande émanait du ministère public, qui aurait invoqué des éléments à charge dans le cadre d’une enquête préliminaire. Bien que les charges précises n’aient pas été officiellement détaillées, elles s’inscriraient dans le sillage des manifestations de l’automne 2022, marquées par des heurts entre forces de l’ordre et jeunes contestataires.

Antoine Rajerison, élu dans la circonscription d’Antananarivo, s’est immédiatement dit victime d’une « instrumentalisation politique de la justice ». Dans une déclaration transmise à plusieurs médias locaux, il a estimé que cette procédure visait à réduire au silence l’une des voix les plus critiques du Parlement. Il pourrait désormais être convoqué par un juge d’instruction pour répondre de faits présumés, sans précision supplémentaire à ce stade.

Le contexte d’une contestation inédite

Le mouvement « Gen Z », qui avait émergé en octobre 2022, avait rassemblé des milliers de jeunes Malagasy dans les rues de la capitale et de plusieurs grandes villes. Inspiré par des dynamiques similaires observées ailleurs sur le continent africain, il dénonçait notamment la corruption, le coût de la vie et ce que les manifestants considéraient comme une dérive autoritaire du gouvernement. Antoine Rajerison, alors figure montante de l’opposition, avait joué un rôle clé dans la coordination des rassemblements et dans la rédaction de pétitions adressées aux institutions.

Sa saisine de la Haute Cour constitutionnelle, intervenue en mai dernier, avait relancé les tensions. Il y demandait la destitution du chef de l’État pour « manquement grave à ses devoirs », arguant que la gestion de la crise économique et sanitaire justifiait une telle procédure. La Cour n’a pas encore rendu sa décision, mais cette initiative a été perçue comme un affront direct par la majorité présidentielle.

Des précédents et des inquiétudes pour l’opposition

La levée d’immunité d’un parlementaire n’est pas une première à Madagascar. Toutefois, dans un climat politique déjà polarisé, cette décision pourrait fragiliser davantage l’opposition. Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont la Ligue malgache des droits de l’Homme, ont exprimé leur préoccupation. Selon elles, l’utilisation de la justice à des fins politiques serait un signal inquiétant pour l’État de droit, à un an des élections municipales et régionales prévues en 2024.

Le gouvernement, par la voix du ministre de la Justice, a rejeté ces accusations, affirmant que la procédure suivait « le cours normal de la loi ». Il a rappelé que l’indépendance du pouvoir judiciaire était garantie par la Constitution, et que tout citoyen, y compris un élu, devait répondre de ses actes devant la justice.

Perspectives judiciaires et politiques

L’avenir judiciaire d’Antoine Rajerison reste incertain. Si les charges retenues devaient être confirmées, il pourrait encourir une peine d’emprisonnement ou d’inéligibilité, ce qui le priverait de son mandat et de son influence au sein de l’hémicycle. En attendant, ses partisans appellent à des rassemblements de soutien, tandis que l’opposition dénonce ce qu’elle présente comme une « chasse aux sorcières ».

La décision de la Haute Cour constitutionnelle sur la demande de destitution du président sera scrutée de près. Elle pourrait, selon les analystes, soit apaiser les tensions si elle est rejetée, soit les exacerber si elle est jugée recevable. Dans tous les cas, cette affaire illustre les fractures profondes qui traversent la société malgache, entre une jeunesse en quête de renouveau et un système politique peinant à répondre à ses attentes.