Lutte contre la désertification: «L'agroécologie est devenue l'une des solutions reconnues dans les négociations»

Les sols dégradés couvrent près de 40 % des terres émergées de la planète, menaçant directement la sécurité alimentaire de plus de 3 milliards de personnes. Alo
Les sols dégradés couvrent près de 40 % des terres émergées de la planète, menaçant directement la sécurité alimentaire de plus de 3 milliards de personnes. Alors que la 17e Conférence des parties (COP) sur la désertification se tient du 17 au 28 août en Mongolie, l'agroécologie s'impose progressivement comme une réponse crédible face à ce phénomène. Selon des informations rapportées par RFI, Jean-Luc Chotte, chercheur émérite à l'Institut de recherche et développement (IRD) et président du Comité scientifique français de la désertification, témoigne de cette évolution dans les négociations internationales.
## Une reconnaissance progressive dans les instances internationales
L'agroécologie, longtemps considérée comme une pratique marginale réservée aux mouvements alternatifs, aurait gagné ses lettres de noblesse dans les arènes diplomatiques. D'après les déclarations de Jean-Luc Chotte recueillies par RFI, cette discipline « est devenue l'une des solutions reconnues dans les négociations », marquant un tournant significatif dans la manière dont les États abordent la question de la dégradation des sols. Cette reconnaissance ne serait pas le fruit du hasard, mais le résultat d'années de travaux scientifiques démontrant l'efficacité des pratiques agroécologiques pour restaurer les écosystèmes fragilisés.
La COP désertification, bien que moins médiatisée que ses homologues consacrées au climat et à la biodiversité, constitue pourtant l'une des trois conventions de Rio adoptées lors du sommet de la Terre en 1992. Son rôle dans la coordination des efforts internationaux contre l'avancée des déserts et la dégradation des terres s'avère d'autant plus crucial que les phénomènes climatiques extrêmes se multiplient. Les discussions qui se tiennent actuellement en Mongolie illustreraient cette montée en puissance de l'agroécologie dans les stratégies de lutte contre la désertification.
## Des sols en danger, des vies menacées
Les sols, souvent perçus comme un simple support inerte, garantissent pourtant l'essentiel des fonctions vitales des écosystèmes terrestres. Dans les climats arides, leur dégradation prend le nom de désertification, un processus qui toucherait directement plus de 250 millions de personnes selon les estimations des organisations internationales. Les activités humaines — surexploitation agricole, déforestation, urbanisation incontrôlée — accélèrent considérablement ce phénomène, transformant des terres autrefois productives en étendues stériles.
Le chercheur de l'IRD soulignerait l'urgence d'agir face à cette situation, d'autant plus que les projections démographiques indiquent une pression croissante sur les ressources en terres dans les décennies à venir. L'agroécologie, en favorisant des pratiques respectueuses de la vie des sols — rotation des cultures, agroforesterie, gestion intégrée de la fertilité — offrirait des perspectives concrètes pour inverser cette tendance. Ces méthodes, qui s'appuient sur les savoirs locaux tout en intégrant les avancées scientifiques, permettraient de restaurer la matière organique des sols et leur capacité de rétention en eau.
## Des implications économiques et sociales majeures
Au-delà de la seule dimension environnementale, la lutte contre la désertification revêtirait des enjeux économiques et sociaux considérables. Selon les données évoquées lors des précédentes éditions de la COP, la dégradation des terres coûterait chaque année des milliards de dollars à l'économie mondiale, principalement en pertes de productivité agricole et en coûts d'adaptation. Les populations les plus vulnérables, notamment les communautés rurales des zones arides d'Afrique subsaharienne et d'Asie centrale, subiraient de plein fouet ces conséquences.
L'implication de Jean-Luc Chotte dans les négociations internationales témoignerait de la volonté de la communauté scientifique française de peser dans ces débats. La reconnaissance de l'agroécologie comme solution à part entière pourrait ainsi ouvrir la voie à des financements dédiés et à des politiques publiques plus ambitieuses. Toutefois, des questions subsistent quant aux modalités de mise en œuvre à grande échelle de ces pratiques, ainsi que sur la capacité des États à dépasser les intérêts économiques immédiats au profit d'une gestion durable des sols.
## Vers une intégration renforcée dans les politiques publiques
Les conclusions de cette 17e COP, attendues pour la fin du mois d'août, pourraient marquer une étape supplémentaire dans l'institutionnalisation de l'agroécologie. Les observateurs notent que la tenue de cet événement en Mongolie, pays confronté à une désertification avancée de ses steppes, revêt une portée symbolique forte. Les recommandations issues de ces discussions devraient alimenter les stratégies nationales de lutte contre la désertification, mais aussi nourrir les réflexions menées dans le cadre des autres conventions de Rio.
La trajectoire empruntée par l'agroécologie dans les négociations internationales illustrerait une évolution plus large des approches de développement, où les solutions fondées sur la nature gagnent du terrain face aux approches purement technologiques. Reste à savoir si cette reconnaissance diplomatique se traduira par des engagements financiers à la hauteur des enjeux, alors que les besoins d'investissement pour restaurer les terres dégradées sont estimés à plusieurs centaines de milliards de dollars par an.