Louai Abu Ridi a rejoint sa famille sous blocus en Cisjordanie: «Je ne peux pas laisser les colons voler ma maison»

En Cisjordanie occupée, la situation demeure tendue à Qusra, un village proche de Naplouse, où des colons israéliens continuent d’assiéger trois habitations pal
En Cisjordanie occupée, la situation demeure tendue à Qusra, un village proche de Naplouse, où des colons israéliens continuent d’assiéger trois habitations palestiniennes. Selon des informations rapportées par RFI, les occupants de ces maisons seraient bloqués à l’intérieur depuis plus d’une semaine, sans possibilité de sortir sans risquer d’être confrontés à la violence des assaillants. Louai Abu Ridi, un Palestino-Américain, a réussi à franchir le blocus pour rejoindre sa famille dans l’une de ces maisons et lance désormais un appel pressant à Washington.
### Une réunification sous tension
Louai Abu Ridi, détenteur de la double nationalité américaine et palestinienne, a expliqué avoir utilisé tous les moyens à sa disposition pour pénétrer dans la zone assiégée. « Je ne peux pas laisser les colons voler ma maison », a-t-il déclaré, selon les propos rapportés par RFI. Ce père de famille, qui réside habituellement aux États-Unis, a effectué le voyage jusqu’en Cisjordanie après avoir appris que son domicile familial était la cible d’un siège prolongé. Sa présence sur place vise à la fois à protéger ses proches et à documenter la situation pour alerter les autorités américaines, dont il attend une intervention diplomatique.
Le village de Qusra, situé dans une zone classée sous contrôle israélien selon les accords d’Oslo, est régulièrement le théâtre d’incidents entre colons et habitants palestiniens. Toutefois, l’intensité et la durée du blocus actuel semblent inédites. D’après les témoignages recueillis par RFI, les colons auraient établi un dispositif de surveillance permanent autour des trois maisons, empêchant toute entrée ou sortie, y compris pour l’approvisionnement en nourriture et en médicaments.
### Un appel à l’administration américaine
Louai Abu Ridi a précisé avoir contacté plusieurs représentants américains, tant au sein du Département d’État que du Congrès, sans obtenir pour l’instant de réponse concrète. Il réclame une prise de position officielle de Washington, estimant que sa double nationalité lui confère une protection légitime qui devrait être activée. « Les États-Unis doivent agir, ne serait-ce que pour garantir la sécurité d’un de leurs citoyens », a-t-il insisté, selon RFI. Cette demande intervient dans un contexte où l’administration Biden a réitéré à plusieurs reprises son attachement à la solution à deux États, tout en maintenant un soutien militaire et diplomatique à Israël.
Par ailleurs, cette situation s’inscrit dans une escalade plus large des violences en Cisjordanie. Selon des données publiées par des organisations de défense des droits humains, les attaques de colons contre des villages palestiniens auraient augmenté de manière significative au cours des derniers mois. Qusra, en raison de sa proximité avec plusieurs avant-postes de peuplement, figure parmi les localités les plus exposées. Les habitants décrivent un quotidien marqué par la peur et l’isolement, alors que les forces de sécurité israéliennes, présentes dans la zone, n’interviendraient pas pour mettre fin au siège.
### Une situation humanitaire préoccupante
Le blocus prolongé soulève également des inquiétudes d’ordre humanitaire. Les familles bloquées, dont plusieurs enfants et personnes âgées, disposeraient de réserves limitées. Des organisations non gouvernementales locales auraient tenté d’acheminer des vivres, mais se heurteraient à l’opposition des colons. Louai Abu Ridi a décrit des conditions de vie de plus en plus difficiles, avec des coupures d’électricité et un accès restreint à l’eau potable. Il a appelé la communauté internationale à envoyer des observateurs sur place pour constater la réalité du terrain.
Cette affaire met en lumière les limites du système de protection des civils en Cisjordanie, où les accords internationaux peinent à être appliqués. Alors que les négociations de paix restent au point mort, des incidents comme celui de Qusra illustrent la fragilité du cadre juridique censé protéger les populations locales. La question de la responsabilité des autorités israéliennes dans la gestion des violences des colons pourrait également être soulevée lors des prochaines sessions du Conseil des droits de l’homme des Nations unies.
### Des précédents et des perspectives incertaines
Ce n’est pas la première fois qu’un citoyen américain se retrouve au cœur d’un différend immobilier en Cisjordanie. Des cas similaires ont été documentés par le passé, notamment à Hébron et à Jéricho, où des familles binationales ont dû faire face à des tentatives d’expropriation. Toutefois, l’issue de ces affaires a souvent dépendu de l’engagement des autorités américaines à intervenir directement auprès du gouvernement israélien. Dans le cas présent, l’issue demeure incertaine, d’autant que la période électorale aux États-Unis pourrait limiter la marge de manœuvre diplomatique de l’administration sortante.
Pour l’heure, Louai Abu Ridi maintient sa position sur place, refusant de quitter les lieux tant que le blocus ne sera pas levé. Il espère que la médiatisation de son cas contraindra les parties prenantes à trouver une solution négociée. Les prochains jours seront décisifs, alors que les réserves alimentaires s’amenuisent et que la pression psychologique s’intensifie sur les familles enfermées. La communauté internationale observe avec attention l’évolution de cette situation, qui pourrait servir de test pour la crédibilité des engagements diplomatiques en faveur de la protection des civils en zone occupée.